GUI
torité de son propre évêque, sauf la discipline ecclésiastique ; qu'on laisse aux hommes du peuple et aux fils de l'Église la liberté de suivre leurs lois particulières, sans exiger d'eux plus qu'ils ne doivent, et sans les opprimer; que le comte du lieu, si cela arrivait, leur fasse réparation légale s'il tient à conserver sa dignité; s'il y manque et commet des violences ou les autorise, qu'il soit excommunié. » Or, comme Gui promit librement d'observer de telles conventions, unanimement et semblables à des agneaux restés sans pasteur, ils l'élurent roi et seigneur.
Ainsi, comme il arrive toujours lorsque les élections deviennent fréquentes, les conventions s'allongent , et ce qui est remarquable, c'est de voir les évéques prendre la défense du peuple et de ses droits, non avec distinction de races et de rang, mais en faveur de tous, parce que tous sont fils de l'Eglise. Si les moyens imaginés pour réaliser l'égalité civile n'étaient pas les meilleurs, c'est déjà beaucoup de la trouver proclamée au nom de l'égalité religieuse ; il est beau de rencontrer des constitutions de droits réels, dix siècles avant que la paresse persuadât aux Italiens qu'ils ne pourraient jouir de ce bien qu'en se faisant les plagiaires des Français.
Gui, profitant de la faveur d'Etienne V, se fit ceindre à Rome joi. la couronne d'or; mais le nouveau pape, Formose, préférant un empereur éloigné à des rois voisins et querelleurs, favorisa l'Allemand Arnolf^ que Bérenger avait invité à soutenir ses propres droits sur un royaume dont il lui faisait hommage. Arnolf, comme le seul Carlovingien parmi tant de nouveaux souverains , prétendait faire de la Germanie le centre et l'âme des États détachés de l'héritage de Charlemagne ; puis il comprenait que l'influence germanique serait perdue au delà des Alpes si Bérenger tombait, et surtout si Gui l'emportait avec lesFrancs et les Lombards. Ildescendit donc eu Italie par la vallée de l'Adige, prit Vérone etBrescia; Bergame, qui s'était défendue avec courage, souffrit un pillage affreux, et le gouverneur de Gui, Ambroise, après une résistance héroïque, fut pendu. Milan et Pavie cédèrent bientôt. Les seigneurs d'Italie vinrent lui prêter hommage et solliciter une nouvelle investiture ; mais Arnolf les fit emprisonner jusqu'à ce qu'ils lui jurassent fidélité. La haine de la domination étrangère réunit alors les Italiens qui s'étaient battus entre eux, et leurs efforts communs l'obligèrent à sortir de la Péninsule.
Le péril était à peine passé que la guerre civile se ralluma entre Gui et Bérenger; Lambert, fils et collègue de Gui, proclamé ^94,
218 LAMBERT. ARNOLF.
roi après la mort de son père, assiégea de nouveau Bérenger dans Vérone, Arnolf, sur l'invitation du pape, repassa les Alpes et marcha droit au centre de l'Italie pour abattre les Spolétins , qui semblaient vouloir rétablir la prépondérance lombarde ; il confirma à Bérenger le royaume d'Italie , dont il détacha pourtant les provinces transpadanes , dans lesquelles il installa Gualfred 896, avec le titre de duc de Vérone , et Maginfred avec celui de comte de Milan. Cet arrangement déplut à Bérenger, qui fit alliance avec Adalbert de Toscane et Lambert de Spolète, pour fermer le chemin de Rome à l'ennemi commun ; mais Arnolf renversa tous les obstacles, et, bien que Geltrude, veuve de l'empereur Gui, défendît la cité Léonine , il la prit, entra dans Rome par capitulation, et fit trancher la tête à plusieurs de ses adversaires. Le pape lui ceignit la couronne, et le peuple lui jura obéissance, sanve la f. délité due au pnpe Formose; mais les maladies, qui souvent vengèrent les Italiens, moissonnèrent l'armée d'Arnolf, qui se hâta de retourner en Bavière , inquiété dans sa retraite par les peuples insurgés.
Ratold , son fils, qu'il avait laissé en Lombardie, incapable d'arrêter ce mouvement d'indépendance, se retira lui-mêmte en Germanie par le lac de Côme. Vérone ne résista point à Bérenger, et les Milanais égorgèrent Maginfred, qui, entièrement dévoué aux intérêts de son maître, ne songeait qu'à les opprimer. A Rome, la haine des ultramontains se manifesta dans un procès scandaleux que le nouveau pape, Etienne VI, fit au cadavre de Formose dont le véritable crime, aux yeux du peuple, était d'avoir sacré le monarque allemand; puis, sous le pontificat de Jean IX, un concile confirma l'empereur Lambert, en déclarant barbare et subreptice l'élection d'Arnolf.
Les deux compétiteurs, Lambert et Bérenger, s'apercevant qu'ils avaient tous deux à perdre en recourant aux étrangers^ se partagèrent le royaume ; le second eut la Lombardie entre le Pô et l'Adda, et le premier, le reste avec la couronne impériale. Mais le cours du fleuve ne limitait pas les domaines des grands et du clergé; leurs possessions, qui s'étendaient sur les deux territoires, engendraient des conflits incessants. Lambert se trouva bientôt en lutte avec Adalbert de Toscane , et le fit prisonnier ; mais luimême , quelque temps après, périt assassiné dans les bois de Marengo, de la main, dit-on, de Hugues, fils de Maginfred, autrefois comte de Milan.
Les ducs ou comtes, même danslespays transalpins, dépeçaient