LES HONGROIS
firent pas défaut, et plusieurs fois les ossements troublés des saints leur devinrent funestes : la main d'un Hongrois resta tixée à un autel qu'elle cherchait à dépouiller; l'épée d'un autre, levée pour trancher la tête à un moine, fut réduite en morceaux.
Il ne nous appartient pas de raconter les ravages qu'ils exercèrent dans la Germanie et la France; mais l'Italie, belle et riche encore, même après avoir subi les dévastations et les outrages des étrangers et de ses enfants, excita bientôt leur cupidité, d'autant plus qu'elle leur ouvrait un passage à l'endroit où s'abaissent les Alpes du Frioul. C'est par là qu'ils firent irruption dans la Péninsule, et leur nombre parut immense aux habitants épouvantés ; les villes très-fortes d'Aquilée(i) et de Vérone n'ayant pu les arrêter, ils ravagèrent le pays jusqu'à Brescia. Le roi Bérenger, qui, après avoir dompté ses rivaux, dominait seul sur l'Italie, fit publier le ban de guerre dans la Lombardie, la Toscane, les duchés de Camerino et de Spolète ; après avoir rassemblé une armée trois fois plus nombreuse que celle des ennemis, il marcha contre eux, les défît, et les enveloppa si bien entre l'Adda, la Brenta et les autres fleuves de la haute Lombardie , que, réduits à la dernière extrémité, ils lui firent offrir d'abandonner leur butin et les prisonniers, à la condition qu'on leur permettrait de partir. Bérenger, dans l'espoir de les exterminer, refusa ; alors les Hongrois se battirent avec le courage du désespoir, triomphèrent, et, après avoir dispersé les Italiens mal unis, ils ravagèrent le pays sans obstacle.
Montés sur des chevaux à la course rapide, et dont ils coupaient la crinière pour que l'ennemi ne pût les saisir, ils ne combattaient pas avec ordre, mais en véritables partisans; il était donc impossible à une armée régulière de les atteindre, et dès lors chacun se trouvait contraint de pourvoir à sa propre défense. A leur approche, les gens de la campagne fuyaient sur les hauteurs fortifiées, et l'on construisit alors des murailles autour des villages et des couvents (2). C'est ainsi que les hommes, après s'êtreaffran-
(1) C'est ainsi que s'exprime Luitprand ; mais Aquilée ne s'était pas relevée de ses ruines depuis Attila.
(2) En 912, Bérenger accorde à Risinde, abbesse de Sainte-Marie de la Pusteria à Pavic, xdificandi castella in opportunis locis licentiam, una ctim beriiscis merulorum propugnatis, aggeribus atqice fossatAs , ornnique argumento ad Paganorum insidïas deprimendas. C'est le premier exemple en Italie. Adalbert, évêque de Bergame, obtint aussi de ce roi la permission de fortifier cette ville, memcée maxima Sâevorum Ungarorum in-