‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 152 sur 365 · PROCÈS DE FORMOSE · texte numérisé non relu

PROCÈS DE FORMOSE

renonça à tout droit de souveraineté sur Rome ; mais il est plus probable qu'il ne fit que dispenser le pontife et son peuple de l'hommage qu'ils rendaient à l'empereur. Il ne sut pas, néanmoins, défendre Rome contre les Sarrasins, auxquels le pape dut payer un tribut.

882-84. Martin, dont le règne ne dura que quinze mois, eut pour suc-

cesseur Adrien III, auquel on attribue un décret qui exclut l'empereur de l'élection des pontifes. Il refusa de réintégrer dans la communion des fidèles le patriarche Photius , condamné par son

88». prédécesseur; Etienne V ne céda pas non plus, et, pour justifier sa résistance , il faisait connaître à l'empereur grec les limites respectives de l'autorité pontificale et de la puissance impériale. Ce pape, à son avènement, trouva un si grand vide dans le trésor, la garde-robe, les caves et les greniers, qu'il ne put faire les dons accoutumés , tant les dévastations augmentaient pendant les vacances.

Formose, dépouillé par Jean VIII de l'évéché de Porto, puis rétabli par Martin, fut alors nommé pape. La translation d'un siège à un autre était contraire à l'usage; aussi, après avoir rem-

896. placé , par des moyens illégitimes , Roniface VI , dont le court règne fut annulé, Etienne VI donna un nouveau scandale à l'Église en faisant exhumer le cadavre de Formose pour le juger. Placé sur le trône et revêtu des habits pontificaux , le défunt fut accusé d'avoir abandonné sa première épouse pour une autre, et déclaré coupable ; après ce jugement, on lui trancha la tête et les trois doigts avec lesquels il bénissait, et l'on jeta ses restes dans le Tibre, en déclarant de nulle valeur les ordinations qu'il avait faites. Ces violences déplurent, et les partisans de Formose étranglèrent Etienne , dont les actes furent annulés par Romain, considéré lui-même comme antipape par quelques-uns, qui n'admettent pour légitime que Théodore II.

898. Un concile réuni par Jean IX abolit ce scandaleux procès, dont

gner de ce prince maladif, et il ajoutait : « Vous ne devez recevoir personne « sans notre consentement, parce que celui qui doit être couronné empereur « par nous doit d'abord être élu par nous. » (Labbe, Concil. viii, 103.)

La formule de l'élection de Charles le Chauve, employée par Jean VIII dans les actes du concile de Rome, en 887, est remarquable : « Nous l'a- « vons élu avec justice et nous avons été approuvé par le consentement et le « suffrage des évêques, nos frères, et des autres ministres de la sainte Église « romaine, de l'illustre sénat, de tout le peuple romain et de l'ordre des ci- « toyens; conformément à l'ancienne coutume, nous l'avons solennellement '< élevé à l'empire et décoré du titre d'Auguste. »

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il excommunia les promoteurs, et pardonna aux ecclésiastiques qui s'en étaient mêlés ; il décida en outre que la translation de Formose d'un autre siège à celui des pontifes ne devait pas établir un précédent, et que désormais tout nouveau pape ne serait consacré qu'après l'approbation de l'empereur. Dans un autre concile, à Ravenne, l'empereur Lambert reconnut le privilège de la sainte Église romaine, et lui confirma ses possessions; mais il fut établi que tout laïque ou clerc pourrait se rendre librement auprès de l'empereur pour lui demander des faveurs ou justice. Le pape exposa dans ce concile l'état de misère où se trouvait réduite l'Église romaine, qui ne pouvait suffire à l'entretien du clergé et des pauvres; il avait envoyé couper des arbres pour réparer la basilique de Latran qui tombait en ruines, mais les hommes pervers s'y étaient opposés.

il est certain que, tandis que l'autorité papale, dans Tordre ecclésiastique, avait acquis une grande extension , les seigneurs romains , dont la force s'était accrue à l'intérieur^ l'entravaient par tous les moyens, élevaient au saint-siége leurs créatures, ne souffraient aucun obstacle à leur tyrannie, et, pour mieux dominer, s'entendaient avec les empereurs (l). Heureusement, un parti de barons repoussait l'intervention impériale, non par esprit religieux ou national , mais pour être plus libres dans leur action. Adalbert le Riche, duc de Toscane, était à la tête de ce parti, et Théodora, sa parente, avait acquis une grande influence grâce à l'argent et aux caresses qu'elle prodiguait; elle était secondée d'ailleurs par ses deux filles : l'une, du même nom qu'elle, avait épousé Gratien, consul de Rome ; l'autre, femme d'Albéric, marquis de Camerino et comte de Tusculum , le plus puissant seigneur de la campagne romaine, était cette Marozia dont nous avons déjà parié. Marozia résolut d'élever au pontificat Sergius, 900 son amant, à l'exclusion de Jean IX ; mais elle échoua dans sa tentative , et même après la mort de ce dernier et celle de Renoit IV, g^. Léon V fut préféré. Le Romain Christophe l'ayant jeté en prison, envahit la papauté, dont il fut bientôt dépouillé par Sergius, qui porta le vice et l'adultère sur ce trône où tant de vertus avaient brillé (2).

(1) J'explique dans ce sens les expressions inventum est,nt omnes majores Romai essent impériales, d'Eutrope, prôlre lombard , très-lioslile à la cour romaine.

(2) Le très-religieux Baionius s'écrie : Quam fœdissima Ecclesix /actes , quiim Romx dominarentur potentissimae xque acsordidissimee meretrices,

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Cet outrage, l'Église le devait à l'interveution des seigneurs dans les nominations, et audéchainemeut des passions humaines. Sergius lll livra le château Saint-Ange à ceux qui l'avaient élevé à ce haut rang. Maîtres de Rome, ils auraient pu interrompre cette chaîne de l'épiscopat qui rattache aux apôtres le pontife romain ; mais ils se contentèrent de faire élire qui leur plut , un Anastase 111, moins mauvais que les autres, le Sabin Landon, puis Jean X, l'amant de la jeune Théodora, sœur de Marozia. Il agit mieux, cependant, qu'on n'aurait pu l'attendre de son indigne origine ; pénétré de ses devoirs, de même qu'il battait les Sarrasins à la tète des troupes, il cherchait à soustraire le saint-siége à une tyrannie honteuse, en brisant la funeste alliance des familles seigneuriales.

Cette conduite déplut à Marozia, dont le mariage avec Gui, duc de Toscane, fortifia les liens qui unissaient déjà les deux maisons de Toscane et de Tusculura. Maîtresses de Rome, leur premier soin fut de se débarrasser de l'indocile Jean, auquel Marozia substitua Léon VI, puis Etienne VII, enfin son propre fils Jean XI, qui, s'abandonnant aux penchants d'une jeunesse sans frein , laissait son ambitieuse mère et son frère Albéric diriger les choses profanes et sacrées. Nous avons vu comment cet Albéric, après

qtiartnn arbïtrio nmforenfur sedes, darentur episcopi, et, quod auditu horrendiim et hifandum est, intruderentur in sedem Pétri eantm amasii pseudopontifices, quinon sunt nisi ad consicjnanda tanttim tempora in catologo romanorum pontificum scripti. Ad aiimiin 916, n° 14. Mais peuf-êlre ne croit-il h tant d'iniquités que parce qu'il accepte sans réserve le témoignage de Luitprand , satirique on empiialique. Muratori, qui n'est pas suspect de papisme, trouve qu'on peut lui faire des objections fondées. Depuiscet écrivain, on a découvert lui petit pcënie. De romanis ponli/icibus, qu'un cerlfiin Frodoard écrivit au temps de Jjéon Vil, et dans lequel beaucoup de ces papes sont grandement loués pour leurs vertus. Muratori oppose des arguments assez forts à Baronius, trèsliostile à Sergins. Le latin de son épitaplie n'est pas trop mauvais :,

Liminaquisquis adis Pétri meluenda beati,

Cerne pii Sergi, exuviasque Pétri.

Culmenapostolicœ sedis is, jure paterne

Electus, tenuit ut Tbeodorus ohit.

Pellitur urbe pater, pervadit sacra Jobannes,

Romuleosque grèges dissipât iste lupus.

Exsul erat patria septem volventibus annis,

Post multis populi urbe redit precibus.

Suscipitur papa ; sacrala sede recepta

Gaudet. Amat pastor agmina cuncta simul. Hic invasores sanctorum lalce subegit

Romanœ ecclesise judiciisque patruni.

JEAN XII. OTHON LE GRAND. f35

avoir repoussé Hugues de Provence , roi d'Italie , s'était rendu maître de Rome; ayant emprisonné Jean, il le contraignit à envoyer des légats à Constantinople demander le patriarcat pour son fils Théophylacte, à peine âgé de quinze ans, avec concession du pallium pour lui et ses successeurs à perpétuité. Après la mort de Jean, quatre papes, Léon VII, Etienne VIII, Martin II, Agapet II, furent successivement élus par Albéric; mais, quand Oc- 936*6. tavien, sou fils, à peine âgé de dix-huit ans, monta sur le siège pontifical sous le nom de Jean XII , l'autorité papale sortit de l'oppression ; Jean se trouva le plus puissant seigneur de l'Italie moyenne, dont il ranima les factions, et puis il appela Othon 936en Italie.

La Germanie s'était détachée du reste de l'héritage de Charlemagne, et la faiblesse des rois qui la gouvernèrent fut cause qu'elle perdit même la couronne impériale. Après l'extinction de la race des Carlovingiens, elle fut divisée en plusieurs duchés , deforce presque égale, d'où l'élection tirait indifféremment le roi, le premier entre ses égaux , et qui n'était puissant qu'autant qu'il avait du caractère, de l'habileté, du courage. Ces qualités distinguaient Othon de Saxe, qui fit toujours la guerre, mais jamais par ambition ; i^ne chercha point à enrichir sa famille par les fiefs, et, après avoir relevé la Germanie de son avilissement, il contribua puissamment à la placer au premier rang parmi les nations modernes.

Nous ne citerons, de ses victoires, que celle qu'il remporta contre les Hongrois, dont les bandes, pendant un siècle, avaient ravagé la Germanie , la France, l'Italie, et auxquels ses prédécesseurs n'avaient su opposer que de lâches tributs. Othon les défit entièrement sur le Lech, et fortifia contre eux le duché d'Austrie ( Autriche) ; ils se fixèrent alors sur le bas Danube, se convertirent au christianisme, et devinrent une solide barrière contre d'autres barbares. L'Italie même fut désormais garantie contre leurs incursions.

La belle Adélaïde, veuve du roi Lothaire, qui s'était échappée de la tour de Garda pour se réfugier dans le château de Canossa, invita Othon à venir la protéger ; comptant sur les intelligences qu'on lui avait ménagées, il franchit les Alpes avec peu de soldats, surprit Pavie, où il appela Adélaïde, dont il s'éprit et qu'il épousa. Après s'être fait couronner roi, il partit, laissant à Conrad, duc de Franconie et de Lorraine^ le soin de soumettre Bérenger II. Ce roi n'avait opposé aucune résistance à Othon , soit

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