JEAN XII. OTHON LE GRAND
qu'il redoutât sa trop grande puissance , soit à cause de sa gratitude pour les bienfaits qu'il en avait reçus ; il se laissa même persuader de lui faire hommage de son royaume. Dans ce but, il se présenta devant lui à Augsbourg, et Othon, après l'avoir fait attendre trois jours, lui ordonna de revenir l'année suivante ; en effet, il lui remit le sceptre, d'or en signe d'investiture du royaume d'Italie , amoindri toutefois d'Aquilée et de Vérone , clefs des Alpes. Bérenger dut en outre se reconnaître comme feudataire du roi de Germanie , et c'est ainsi qu'un étranger sacrifiait l'indépendance italienne.
Cette rigueur fut considérée par Conrad de Franconie, auquel Othon avait promis de traiter honorablement son ennemi s'il lui rendait hommage, comme un outrage personnel ; d'accord avec Ludolphe, fils d'Othon , il en vint donc à une inimitié déclarée , qui le détourna longtemps de l'Italie. Quant à Béreqger, il se rendait odieux par les châtiments qu'il infligeait à ceux qui lui avaient été défavorables et par l'augmentation des impôts ; il dépouillait les églises pour acheter la paix des Hongrois , nommait et destituait capricieusement les évêques, dont il exigeait des otages pour garantie de leur fidélité. Othon fut appelé par ces prélats et Jean XII ; arrivé à Milan, iJ prgnonça la déchéance de Bérenger, qui, après s'être longtemps défendu à Montefeltro, fut contraint de céder; on l'envoya mourir à Bamberg avec Villa, 966. sa méchante femme, qui s'était réfugiée avec ses richesses dans l'ile d'Orta (1). Azzo, qui depuis longtemps était assiégé à Canossa pour y avoir donné asile à la belle Adélaïde , reçut le titre de marquis, et devint la souche d'une race illustre. L'historien Luitprand, autrefois secrétaire de Bérenger, et qui s'était retiré à la cour de Saxe, obtint l'évêché de Crémone.
Après avoir été couronné roi par l'archevêque de Milan, assisté de ses suffragants, Othon se dirigea vers Bome, où il envoya cette formule de serment : « A toi, seigneur pape Jean , « moi , le roi Othon, je fais jurer et promettre par le Père , le Fils « et le Saint-Esprit, par ce bois de la croix et par ces reliques « des saints, que si, avec la permission de Dieu, je viens à Bome, « j'élèverai de toutmon pouvoir l'Église romaine et toi, son chef. " Jamais, par ma volonté, par mes conseils, par mon cousente-
(1) Durant ce siège, Guillaume, qui fut plus tard abbé de Dijon, naquit dans l'île d'Orta ; dans l'histoire monastique d'alors , il est très-renommé pour ses vertus, comme fondateur de plusieurs couvents, et comme réformateur d'un plus grand nombre.