OTHON II ET III
solenoeile du royaume, il conféra des fiefs et punit les seigneurs déloyaux. Puis, lorsqu'il eut donné à l'Église, non la paix, mais une trêve, il se mit eu mesure d'enlever aux Grecs leurs possessions dans la basse Italie. En effet, il s'empara de Naples, de Salerne et de Tarente; mais les empereurs grecs, Basile II et 98», Constantin IX, après avoir vainement essayé, par des ambassades, de le détourner de cette expédition, appelèrent à leurs secours les Arabes de Sicile etd' frique, qui, sous la conduite de Boulcassin, le défirent à Besentello et lui tuèrent un jirand 993. nombre de soldats. Otbon, pour échapper à la mort, fut obligé de se rendre prisonnier sur une galère grecque ; puis, saisissant une occasion favorable, il s'élance dans la mer et se sauve à la nage. Pour laver cette honte, il réunit à Vérone la diète d'Allemagne et d'Italie, où il fit élire roi son fils Othon 111, et publia plusieurs lois qui furent ajoutées à celles des Lombards; mais, comme l'abus du serinent prenait une grande extension, et que les remèdes étaient impuissants, il établit que, toutes les fois qu'il s'élèverait une contestation sur un document, elle serait décidée par le duel.
Le climat de l'Italie punissait ses envahisseurs ; aussi chaque 1 f) 1 seigneur avait-il, parmi son bagage de campagne, une chaudière! ' '
destinée à faire bouillir ses os, afin qu'ils fussent transportes en] • '
Allemagne (l). |
Othon, comme tous les empereurs saxons, mourut en Italie, et J
ne laissa qu'un enfant de trois ans. L'Allemagne fut bientôt ^
bouleversée ; mais Théophanie, mère d'Othon, et Adélaïde, sa belle-mère, oubliant dans le danger commun leurs rivalités ambitieuses, accoururent d'Italie, et parvinrent à conserver le trône à cet enfant, qui fut reconnu roi et empereur. Les seigneurs italiens, profitant de sa jeunesse et de ses longues absences, auraient pu en nommer un autre et s'affranchir de toute dépendance étrangère, mais ils étaient retenus par le pouvoir croissant des communes. Othon vint trois fois en Italie, et, comme Théophanie l'avait élevé à préférer la civilisation classique à celle d'Allemagne, il se proposait, dit on, de faire de Bome le siège de
(1) ScinuDT, Hist. des Allemands, liv. lu, p. 423. Le cadavre d'Henri VII, mort à Buonconveiito, lutTuit à Suvereto pour en transporter les os à Pise. ( Rer. it. Script, tome xv, Chr. Pis.) Après la bataille de Montecatino, les cadavres des capitaines qui avaient (it^ri dans la lutte subirent la même opération au ciiâtean de Bngs'ano, et leurs os furent envoyés à Pise. Ler.Mi, Diario Sanminïatese.
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l'empire; mais, si les Allemands lui faisaient un crime de cette idée, les Romains étaient loin de lui en savoir gré.
A la mort d'Othon le Grand, les factieux de Rome avaient relevé la tête. Crescentius, fils de la jeune Théodora,de la famille des comtes de Tuseulum, arrêta Benoit VI, le lit étrangler, et lui substitua par force le diacre Francon, qui voulut s'appeler Boniface VIII; mais ce pape, au bout d'un mois, fut chassé par une autre faction, qui soutenait Douus II, et la guerre civile continua. Othon II, supplié par la faction de Tuseulum, de provoquer un nouveau choix, essaya de le faire tomber sur Majolus, abbé de Cluny, saint homme envoyé d'autres fois pour étouffer les scandales romains ; mais celui-ci refusa par humilité , et Benoit VII, de la famille des comtes de Tuseulum, neveu du
973. tyran A Ibéric, fut élu en présence des commissaires impériaux ( 1 ) . Après sa mort, Othon choisit Pierre de Canepanova, évêque
983. de Pavie et chancelier du royaume dTtalie, qui prit le nom de Jean XIV; mais la faction de Boniface et de Crescentius, qui avait repris des forces, le renferma dans le château Saint-Ange, où il mourut de faim, livra son cadavre aux insultes de la populace, et rappela Boniface, qui, mort quelques mois après, fut lui-même trainé dans les rues et laissé sans sépulture.
985. Crescentius, maître absolu de Rome, contraignit le docte et
vertueux Jean XV à s'enfuir en Toscane, d'où il fit prier Othon III de venir réprimer les barons. Crescentius, effrayé de cette démarche, se réconcilia avec le pape , et se rendit auprès de lui avec le sénat pour lui demander pardon ; mais il domina toujours en réalité, et cette usurpation produisit de graves désordres, contre lesquels tonnait Gerbert, abbé de Bobbio , pape depuis, qui les attribuait à la sujétion de l'Église (2).
Othon III s'était mis en route pour réintégrer le pape ; mais,
996. ayant appris sa mort, il résolut, afin de remédier à la corruption italienne, d'élire un pape allemand, qui fut son cousin Brunon, jeuue homme de vingt-quatre ans, fils du duc de Franconie et de la marquise de Vérone. Il prit le nom de Grégoire V, et cou-
(1) Si ce n'est pas le même que Benoît VI, qu'on aurait cru mort en prison. Au milieu de ces désordres, il est très-diflicile d'établir la série des papes.
Rome alors comptait quarante monastères d'hommes, vingt de femmes, tous appartenant à l'ordre des bénédictins, et soixante églises avec des chanoines.
(2) Non dubium est ut romana ecclesia, qiuc mater et caput ecclesiarum est, per tyrannUîem dehilitetur. Ap. Baronus, ad ann. 992.
CRESCENTIUS. 24rS
ronnaOthon; puis, dit-on, il établit que le roi d'Allemagne serait choisi par sept électeurs, et qu'il deviendrait, par ce fait même, roi d'Italie et empereur des Romains. Crescentius, cité pour rendre compte de ses excès de pouvoir, ne fut condamné qu'à l'exil, grâce à l'intercession du pape; mais Othon eut à peine quitté l'Italie qu'il revint furieux, chassa le pape, dépouillé 997 de tout, et fit élire le Calabrais Jean Philogathe, déjà évêque de Plaisance et grand intrigant. Tous les deux se mirent sous la protection de l'empereur de Constantinople, auquel ils se proposaient de transférer la suprématie de TOccident. Prières, excommunication , tout fut inutile ; enfin Othon revint avec Grégoire V, les arrêta, fit trancher la tête à Crescentius avec douze chefs, et leurs cadavres furent suspendus à des créneaux. L'antipape perdit les yeux, les oreilles, le nez, et fut traîné dans les rues de Rome au milieu des outrages de la populace, bien que Nil us, saint abbé et fondateur du monastère de Grottaferrata, intercédât pour lui, et menaçât de la colère divine le pape, qui mourut bientôt en effet.
Crescentius était un homme turbulent, arbitraire, violateur des choses qu'on regardait comme les plus sacrées. Mais, -< dans ces siècles malheureux où l'on avait peur du diable , » comme le regrette Charles Botta, il semble que les rois ne se croyaient point autorisés à faire pendre les factieux, même dans la chaleur d'une révolte. Othon fut donc saisi de remords du supplice de Crescentius, et courut s'en confesser à saint Romuald, fondateur de l'ordre des Camaldules, qui lui enjoignit , pour pénitence, d'aller nu-pieds de Rome au sanctuaire du mont Gargan. Pris en route d'une dévotion extraordinaire pour saint Barthélémy, il supplia les Bénéventins de lui céder ses reliques; ceux-ci, n'osant pas les lui refuser et ne voulant pas s'en priver, lui donnèrent à la place celles de saint Paulin. Quand il découvrit la tromperie, il en fut si offensé qu'il tint leur ville assiégée pendant plusieurs jours. De retour à Rome, il la trouva en guerre ouverte avec les habitants de Tivoli, qui, par haine contre lui, avaient massacré un de ses ministres ; il conduisit alors ses machines de siège contre cette ville, résolu de la livrer au fer et aux flammes. Mais saint Romuald vient le trouver, et l'amène à se contenter d'une réparation : les citoyens, après s'être présentés devant lui nus et en se flagellant, abattirent une partie des murailles et lui remirent, avec des otages, le meurtrier de son ministre ; le saint obtint même de la mère de la victime la vie du coupable. Peu de temps