‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 161 sur 365 · LE ROI ARDOUIN · texte numérisé non relu

LE ROI ARDOUIN

après, nous trouvons Othon àRavenne, retiré dans un monastère de saint Apollinaire, où, tout occupé déjeunes et de psalmodies, il portait le eilice et donnait sur une couche de papyrus en expiation de ses péchés. Tels étaient ces empereurs allemands.

La vengeance couvait dans le cœur des Italiens ; les Romains insurgés massacrèrent un grand nombre de ses partisans , et faillirent le prendre lui-même. Théodora (l), veuve de Crescentius, étant parvenue, par ses caresses et ses charmes, à gagner son affection ou du moins sa confiance, l'amena, malgré l'opposition des comtes de Tusculum, à donner la préfecture de Rome à son fils Jean ; puis, saisissant une occasion favorable, elle l'empoisonna. Mais peut-être Othon fut-il victime du climat de la Campanie; quoi qu'il en soit, il mourut à vingt-deux ans, et Crescentius, comme son père, domina dans Rome.

Les seigneursitaliens se crurent affranchis du serment de fidélité qu'ils avaient prêté, en recevant les fiefs, à la race d'Othon, et refusèrent de rendre hommage au nouveau roi, Henri II de Ravière.

Ardouin, né d'une famille franque venue en Italie au temps des Carlovingiens, et qui avait grandi sous les Othons, dominait, de Turin, tous les comtés de la rive gauche du Pô entre Verceil et Saluées. Othon l'avait nommé comte de toute la Lombardie; enfin, mis au ban de l'empire, il s'était maintenu par la force. A la mort d'Othon, il se fit proclamer roi, en gagnant quelques évêquespar des privilèges et des régales, en infligeant à d'autres, ceux de Verceil et de Brescia par exemple, la mort ou de mauvais traitements; il prit même le dernier par les cheveux et le jeta à terre. Comme Ardouin s'était fait couronner par l'évêque de Pavie, Arnolf, archevêque de Milan, lui devint hostile, bien qu'il fût accablé de ses protestations amicales, et, soutenu par un grand nombre de partisans et de vassaux, il dispersa ses troupes ; puis, tant en son nom personnel qu'au nom de l'archevêque de Ravenne, des évêques de Modène, Vérone, Verceil, Crémone, Plaisance, Brescia, Côme, de dix dignitaires ecclésiastiques et du duc de Toscane , le seul laïque, il appela Henri II en Italie.

Othon, père du pape Grégoire V, et fils de Conrad, duc de Franconie, était alors marquis de Vérone, c'est-à-dire de la marche

(1) Et non Stéphanie, uom inventé par le Milanais Arnolf, comme aussi l'histoire de l'empoisonnement.

LE ROI ARDOUlfr. HENRI TI. 247

Trévisane; il jouissait d'un si grand crédit qu'il avait été question de le nommer roi de Germanie, titre qu'il refusa par humilité, en favorisant Henri. Ardouin, bien servi par ses espions, apprit qu'Othon était envoyé par Henri en Italie, où Frédéne, archevêque de Ravenne, et le marquis Théobald devaient joindre leurs forces aux siennes; il courut donc au passage des Alpes, occupé par les hommes de l'évêquede Vérone, s'en empara, et, s'étant avancé jusqu'à Trente, il dispersa les Allemands; mais les peuples de la Carinthie leur ouvrirent une autre issue par le Trévisan, d'où Henri, en suivant les rives de la Brenta, pénétra en Italie. Les Italiens, qui attendaient le résultat pour se prononcer, accoururent alors en foule sous ses drapeaux, et Ardouin se trouva abandonné.

Henri fut couronné dans la cathédrale de Saint Michel de Pavie ; mais, ce jour même, la brutalité de ses Allemands excita un soulèvement; assiégé dans son palais, il n'échappa au péril qu'en sautant par une fenêtre, ce qui le rendit boiteux. Son armée, dont le camp était hors des murs, pénétra de vive force dans la ville, qu'elle mit à feu et à sang. Pavie, dès lors, pour se venger, favorisa plus que jamais Ardouin, qui ressaisit le pouvoir et le défendit contre Henri ; tous les deux enfin s'arrogeaient les attributions de l'autorité royale. Ardouin, pendant l'absence de son rival, prit de vive force Verceil, Novare, Côme, ruina d'au- ': très places, et se vengea de ceux qu'il appelait perfides (i). il arrêta des comtes et des marquis pour châtier leurs excès ; mais il dut les renvoyer avec de nouvelles largesses (2). Henri, ayan^ | repassé les Alpes à la tète d'une armée considérable, se fit couronner à Rome avec la reine Cunégonde, et reçut même l'hommage de la famille de Crescentius, qui cédait à la nécessité. Le saint rdl était malheureux dans ses couronnements; car, dans la métropdle encore, ses Allemands, api-ès s'être livrés aux excès de la table, engagèrent avec les Romains une lutte qui leur coûta beaucoup de morts et de prisonniers. Aussitôt qu'il fut parti, Ardouin sortit de la forteresse qui lui servait d'abri, saccagea de

(f) Arduinus juxta passe ultionemexercet in perfidos. Arndlph., Hist. Med., lib. i, c. 16.

(5) Marchiones et episcopos, duces et comités, nec non etiam ahbates, quorum prava erant itinern, corrigendo mnlfttm emendnvif. Marchiones antnn italici regni sna coUiditate cnpiens, et in custodio ponens, quorum nonnulil juga lapsi , altos vero, post correctionem, ditatos muneribus dimisit. Chron. Novar.

H mai.

4rjlu.

Page 1