GUERRE PRIVÉE
tation du droit ecclésiastique : grand pas vers la restauration de la prérogative royale.
Le jugement rendu, comment le faire exécuter, lorsque le condamné retournait dan^ sou château , défendu par de fortes murailles et des gens d'armes à sa dévotion ? Par la guerre , le seigneur qui avait prononcé la sentence, le plaignant et parfois même les juges rassemblaient leurs hommes pour le contraindre par la force a l'obéissance. Ainsi rien n'assurait l'exécution du jugement , dont l'équité, du reste, trouvait une faible garantie dans ie système des pairs , ignorants du droit, étraugers aux intérêts les uns des autres , et choisis arbitrairement par le seigneur.
La justice ordinaire n'inspirait donc pas de confiance , et l'on préférait recourir à des expédients plus conformes aux mœurs de cette époque; ainsi les duels et les guerres privées étaient la conséquence presque nécessaire de la forme sociale. Le clroil du poing était regarde comme aussi précieux que le pouvoir qu'ont les rois modernes de faire la guerre au nom de la nation. La représaille , au moyen de laquelle l'homme d'un fief, lésé par celui d'un autre , pouvait en tirer vengeauceou rendre la pareille à tout membre de la famille de l'offenseur, était reconnue comme un droit. La coutume , la loi et 1 Eglise s'efforçaient de régulariser et de modérer ce droit , en exigeant qu'on signifiât les hostilités quelque tempsavant la lutte, qu'on eut recours a quelques moyensde conciliation, enfin qu'on observât la trêve de Dieu.
Lorsque toute propriété fut devenue fief ou sous-fief, toute magistrature inamovible et héréditaire, chaque duc, comte, marquis ou haut baron fut considéré comme roi de sa propre terre , dont les habitants, soit pour la guerre, soit pour la paix, devaient obéir a tous ses ordres. Le seigneur ne payait aucun impôt, et n'était pas tenu d accepter ia composition pour les offenses qu'il avait reçues ; mais il les vengeait par une guerre privée, qu'il pouvait même faire a son suzerain.
Habitues a des gouverneiiients dont tous les actes sont déterminés par de hautes considérations , à des lois fixes , uniformes dans tout l'Etat, à l' égalité de citoyens sous un chef, nous pouvons difficilement nous former une idée exacte d'une société bizarremeut enchevêtrée, ou l'on voit autant deseigoeurs que d'individus ayant ia force et la volonté de I être; où les lois n'obligent que ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas résister, et \arient d'homme à homme, de terre à terre. Nous sommes donc obligé,