CHAROES DES VASSAUX. OBLIGATIONS BIZARRES
soit un œuf, soit une rave, soit un pain sur un chariot tiré par quatre paires de bœufs, ou de présenter un fétu de paille. Les marchands de poisson qui passaient sur le fief de Saint-Remi, dans l'évêché d'Aoste , étaient obIi!.ïés d'offrir de leur denrée aux châtelains, sinon on la retenait trois jours, rigueur équivalant à sa destruction, ou bien on coupait les sangles de leurs chevaux. La famille Trivier de Chambéry était tenue de donner une béte de somme de la valeur de trente gros sous au comte de Savoie toutes les fois qu'il descendait en armes dans la Lombardie. Jacques Morelli de Suse devait fournir un lit complet à son suzerain lorsqu'il couchait dans cette ville. Dans le royaume de iNaples , tout vassal, en renouvelant son hommage, payait \e jus fapeti, comme un prix du tapis qu'on étendait devant lui. D'autres étaient contraints de courir la quiniaine^ avec des lances de bois; ou d'aller, une fois chaque année, trouver le feudataire, mais en faisant deux pas en avant et un en arrière ; ou de verser un seau d'eau devant sa porte, ou bien encore une mesure de millet à la volaille de sa basse-cour. Vn vassal avait pour toute redevance un lapin à donner ; mais il fallait qu'il eût l'oreille droite blanche et la gauche noire. N'en trouvait-il pas de cette espèce, ou doutait on qu'il fût teint, un long procès commençait; les jugements et les expertises se multipliaient jusqu'à ce que l'animal mourût ou que son poil tombât. On ne saurait dire, en effet, avec quel soin rigoureux se conservaient ces stigmates de servitude. Il était dressé acte, en présence de nombreux témoins, des engagements contractés ; puis, si l'on se trouvait en défaut pour le temps fixé ou les conditions de la prestation, un procès s'engageait qui parfois dépouillait de son lief le vassal peu ponctuel.
Quelques-unes decesobligations se sont conservées jusqu'à nos jours en Italie, notamment sur les terres ecclésiastiques : le vassal tenait l'étrier à l'évéque lorsqu'il montait à cheval, ou portait devant lui le gonfalon dans les cérémonies, ou la croix dans les processions, ou des branches d'olivier le jour des Rameaux, ou bien il devait arroser les rues que traversait la procession. Pour attester le haut domaine des papes sur les Deux-Siciles, de grandes solennités avaient encore lieu à Rome vers la fin du siècle dernier : un membre de la famille Colonna. qui devenait pour ce jour grand connétable du royaume, présentait au pontife, au nom du roi de Naples, une haquenée ayant sur la tète un calice avec des billets de la banque napolitaine, que le pape prenait; le peuple se pressait en foule dans les places des Saints-Apôtres et de Venise,