‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 18 sur 365 · JUGEMENTS DE DIEU · texte numérisé non relu

JUGEMENTS DE DIEU

sacrée par les miracles au moyen desquels la vérité fut confirmée daos l'Ancien et le Nouveau-Testament. Ainsi l'homme vint à prétendre que Dieu, toutes les fois qu'on l'invoquait, faisait un miracle pour délivrer l'innocence , puisqu'il ne devait pas souffrir le triomphe du méchant; lorsqu'il avait parlé par les faits, la société restait convaincue. Tantôt les deux adversaires devaient tenir les bras levés pendant la durée d'une messe ou d'un office, et celui qui les laissait retomber de fatigue perdait sa cause ; tantôt ils mangeaient ensemble un morceau de pain et de fromage bénits , dans la persuasion qu'il s'arrêterait au gosier du coupable. D'autres fois les prévenus, et surtout les femmes accusées de sortilège , étaient jetés dans une rivière et tenus pour coupables s'ils surnageaient. Les épreuves par l'eau et le fer rouge étaient plus fréquentes : on mettait une boule dans une chaudière bouillante, et l'accusé devait l'en retirer avec la main nue; ou bien il maniait un fer rouge, ou marchait nu-pieds sur des barres de fer rougies; on lui attachait autour des pieds ou des bras des bandes marquées d'un sceau qu'on enlevait trois jours après, et, si aucune lésion ne se montrait , il était renvoyé absous.

Quelquefois, au milieu d'une grande solennité, ou allumait deux bûchers rapprochés l'un de l'autre ; les adversaires ou les champions les traversaient, et l'on donnait raison à celui qui en sortait sans brûlure. Charlemagne ordonna dans son testament de décider par le jugement de la croix toute contestation qui surviendrait entre ses fils. Les habitants de Vérone voulant reconstruire les murailles de leur ville pour la mettre à l'abri des incursions des Hongrois , une dispute s'éleva pour savoir si le clergé devait en faire un tiers ou un quart; un champion, qui tint les bras levés pendant qu'on lisait la passion selon saint Mathieu, donna gain de cause aux ecclésiastiques. Jean, dit Igné, et le prêtre Liprand convainquirent de simonie les archevêques de Florence et de Milan, en passant intacts à travers les flammes de deux bûchers. Les reliques, soumises plusieurs fois à cette

cratères étroits et profonds , remplis d'eau sulfureuse qui jaillissait. Lorsqu'un individu était accusé de vol ou d'autre chose , il écrivait son serment sur une tablette , qu'on jetait dans l'eau ; si elle surnageait, il était absous, sinon on le précipitait dans le cratère. Parfois l'accusateur lisait le serment écrit sur la tablette, et l'accusé, couronné de guirlandes, la tunique détachée, et sa main agitant un rameau, le répétait mot à mot, en touchant le bord du cratère ; s'il disait la vérité, il était sauvé ; sinon, on le jetait dans l'abîrne, ou il perdait la vue. (Diodore de Sic, m. 89; Aristote, Mir. anse. 38.)

3ti DUEL JUDICIAIRE. PEINES-

épreuve, furent toujours épargnées par le feu, comme il arriva des missels ambrosiens lorsque Charlemagne voulait abroger ce rite. Ces épreuves durèrent pendant tout le moyen âge; l'Église les consacrait par des prières ou des cérémonies religieuses, et, malgré la désapprobation de quelques individus, elles s'accordaient si bien avec l'époque qu'il fut très-difticile de les abolir.

Le duel, autre manière de substituer des formes légales à la vengeance personnelle, en soumettant l'offensé à certaines règles dans sa lutte contre l'offenseur, fut encore bien plus difficile à extirper. Les codes s'occupèrent longuement de cette transformation de l'inimitié privée, pour déterminer les personnes qui pouvaient proposer le duel ou l'accepter, les cas où il était permis et les règles qu'on devait observer. Les femmes, les enfants et les prêtres étaient dispensés du combat singulier ; des champions les remplaçaient à prix d'argent , méprisés par les lois et l'opinion, tandis qu'on entourait d'estime celui qui acceptait cette mission par générosité. Le courage étant la première vertu, la lâcheté devait dénoter un caractère pervers; cependantThéodoric, ou Cassiodore en son nom, écrivait aux habitants de la Pannonie : « Que sert à l'homme d'avoir la langue, s'il défend sa cause ff à main armée? Où sera la paix, si l'on combat au milieu de « la civilisation? Imitez nos Goths, qui ont appris à pratiquer la cf guerre au dehors, et la modestie au dedans (l). » Les Lombards admirent le jugement du duel, et Luitprand, bien qu'il le trouvât absurde, n'osa point le défendre, comme trop enraciné dans les usages de sa nation (2).

Lorsque la féodalité rompit les primitives associations de tribus, le système des conqmrgateurs disparut, et Ton vit se répandre le duel judiciaire, mieux approprié au genre de vie d'individus toujours armés; l'Eglise ne put jamais réussir à détruire ce droit de la force. En 962, Othou-le- Grand, attendu la facilité des parjures, consulta le concile romain pour savoir s'il ne vaudrait pas mieux recourir plus souvent au duel judiciaire ; le pontife n'ayant rien décidé, cet empereur, en 967, proposa à la diète lombarde, siégeant à Vérone, de considérer comme cas de duel le faux en écriture, toute contestation sur l'investiture d'un fonds, l'attestation qu'on avait souffert un vol de plus de six sous , ou souscrit par force une obligation concernant une terre, le fait de nier un

(1) Variai'. ,ii\, 24.

(2) RoTH. 198, 203, 214, 231 ; Luitp. vi, 64 ; Giumoald, 7.

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