LES ESCLAVES
vitude. Quant au sort des esclaves, si nombreux et simisérables, il avait subi une amélioration. Employés au service d'un maître ou attachés à la glèbe, ils n'avaient, sous la domination romaine, aucun refuge contre l'oppression ; ils ne pouvaient ni contracter, ni poursuivre en justice, ni tester. S'ils prenaient la fuite, on les revendiquait comme une propriété, et, à ce titre, ils étaient vendus , échangés, anéantis. Il n'était plus possible de traiter avec ce mépris la nature humaine depuis que le christianisme avait imprimé à chacun le sceau de l'égalité et l'obligation de la moralité. Mais les grandes iniquités, enracinées depuis longtemps, ne sauraient se détruire par de brusques remèdes : si l'on avait proclamé l'émancipation immédiate , on aurait bouleversé ce qu'on appelle l'ordre social, qui, même au milieu de beaucoup d'abus, offre toujours quelque bien ; on aurait excité une insurrection soudaine, amené le massacre des maîtres et fini par rendre plus malheureux les esclaves, qui , étrangers aux sentiments de la dignité personnelle et aux avantages de la liberté, supportaient moins tristement une condition dans laquelle ils étaient nés. Eu effet, Libanius affirmait que le sort de l'esclave était préférable à celui de quelques hommes libres; car, disait-il, il pouvait dormir tranquillement, puisque son maître pourvoyait à tous ses besoins, tandis que l'homme libre passait la nuit à travailler sans parvenir à conjurer la faim (l). Le Code Justinien, qui défend à l'esclave de refuser l'affranchissement, prouve qu'alors, comme aujourd'hui dans le nord de l'Europe, ils redoutaient une liberté qui les jetait dans la misère (2).
Une multitude d'esclaves avaient péri dans les premières invasions , et la fin des conquêtes avait tari la source qui pouvait en fournir de nouveaux ; ceux qui restaient étaient pauvres, malheureux, et, par conséquent, chers à l'Église, qui leur avait donné, avec le nom de chrétien, la personnalité, les droits naturels, la responsabilité morale, une famille. Ainsi la servitude n'était plus un état de personne, mais un lien de sujétion , et, bien que les esclaves fussent encore les hommes d'une terre ou d'un maitre, ils avaient fait un grand pas dans la voie du progrès social. L'Église ouvrit aussi pour eux des hospices et des lieux de refuge (3). La prohibition des jeux de gladiateurs supprima un
(1) Vol. I, p. 115, éd. Morel.
(2) Livre VII, tit. 2.
(3) Le Code Just., liv. vu, titre (i, et la Novelle x\ii, cli. 12, déclarent iiiST. OFS n'Ar.. — T. IV. 18