TRAFIC DES ESCLAVES
Les Lombards enlevaient des enfants de familles libres pour les vendre aux marchands de cette ville, ce que Luitprand assimile à l'assassinat (1). On raconte, à la louange du pape Zacharie, que, les Vénitiens ayant acheté sur son territoire des troupes d'esclaves pour les expédier en Afrique, il les racheta et les mit en liberté. A Ravenne,en 783, deux personnages de haute juridiction abusaient de leur position, non-seulement pour dépouiller les veuves et les orphelins, mais encore pour les vendre aux infidèles (2). Les juifs exerçaient aussi ce commerce, et les légendes populaires qui les accusent de tuer les enfants viennent peut-être de leur habitude de les voler et d'en faire des eunuques. Charlemagne combattit ces abus. Arigise, prince de Bénévent , fit une loi qui punissait avec la plus grande sévérité l'enlèvement des hommes pour les vendre aux infidèles. Sicard renouvela cette prohibition, mais seulement à l'égard des Lombards libres; ces défenses, néanmoins, produisirent peu de résultats (3).
H)Loi, V, 19.
(2) In venalitate hominum ad paganas venumdantes gentes. (Fantczzi, Momim. ravenn., tome V, dipl. 19.)
(3) La valeur des esclaves était proportionnée à leur capacité. Selon des chartes des archives de Saint -Ambroise de Milan, un esclave, en 721, est vendu trois sous d'or; en 723, une femme vend un enfant 12 sous d'or; en 807, Toton vend deu\ enfants 30 sous d'argent. Un enfant, en 955, est évalué autant qu'un fonds de 15 perches qn'un marchand nommé Valso cédait à Anspald, abbé de Saint-Ambroise.
ruMACALLi, Délie istituzioni diplom., n, 520.
Il existe, dans les archives diplomatiques de Florence, un acte de vente d'une esclave avec son enfant , en date du 15 mai 763, que nous rapportons comme exemple :
In Cfnisli omnipotentis nomlne, régnantes domini 7iosfri Deslderio et Adelgis, prxcellent . regibus, anno regni eorum septhno et quinto, quintadecimo die tnensis magii, ind. prima, scripsi ego Aboald notarlus rogatus ab Candidiis, viro honesto et vinditore, ipso prœsente , michique dictante, et sabler 7nanus suas signu7n sanctcc crucis facientes, et testis q7ii subscrivcrenf aut signa fucerent, ipse rogavit.
Constat me prœnominatus Candidus venditor vindedisse et vindedimtis vobis Audeperl et Baroncello germanis emptoribus, vindedinms vobis muliere ttna nomine Boniperga qui Teudisada, nnacum infantulo suo parbulo, cujus adhuc dr. nomen dederit, quos in infinitum vobis pro ancilla et servo vindedinms possidendum quatenus amodo in vestra suprascriptorum Audepert ei Baroncello vel heredum vestrorum maneat potestatc, et recipimus pretium nos qui supra Candidus renditor a vobis emptoribus pro suprascriptamuliere nomine Boniperga qui Teudisada, îtna cum filio suo parbulo, inter bobes et auro inadpretiato sol. viginti et uno, finitum pretium; et inter eis bono anima convinet in ea ratione,
2"8 Lti> COLON a.
Les anciennes conquêtes établissaient de profondes distinctions de classes, que le temps, les révolutions, la supériorité numérique des vaincus ne pouvaient effacer. Dans la féodalité, au contraire, les distinctions étaient modifiées par la nature même de son système; en effet, les vainqueurs se trouvaient dispersés parmi les vaincus, et rapprochés continuellement par des habitudes communes d'existence, par les possessions, par le besoin de se défendre dans une société orageuse. La plupart des esclaves vivaient sur les alleux libres des anciens maîtres ou des ahrimans. Or ces propriétaires, quand le pouvoir royal devint trop faible pour les défendre contre les vexations de leurs ^oisins, toml)èrent dans un état misérable, qui les força de se placer sous la dépendance de quelque seigneur. Parfois encore, ne pouvant satisfaire à l'hériban ou payer les lourdes amendes encourues pour certains délits, ils se voyaient dépouillés de leur fonds, qui était
ut si qn'is amodo nos qui supra venditor vel heredes nostros aut aliquis homn conirn hnnc vindifioncm nostrnm qunndoqiie ire pra'siimpserimtis, le minime ab omne homiue defensnre poiuerimus,duplum prelium ad rem meliorntam, nos qiioqite ve)iditor vel heredes nostris vobis emploribus vel ad heredes veslros reddiluri prnmittimus.
Aclum Christiregno, men'se el indichone siiprascripta/clici/er.
Signiim f manus Candido v. h. vcndiloris qui hune carlulam Jierï rogavit.
Ego Perideus testis rogalus f. Ego Adualdus leslis rogahis f .
Signumj manus Magnefridi acior leslis.
Ego q. s. Aboald nnlarius postradila complevi et emisi.
Lupi rapporte la vente faite en 1004 par Henri, comte d'Alinenno, vivant sous la loi lombanle, à un certain Signorello de Crème, d'une servante nommée Manra, natione Ilaihv, pour trente sous d'argent, tout compris : Quœsuprascripla anvlla cum omnibus restimenticulis ejus in integrum a presen/i die in tua el cui lu dederis luisque heredibus persistai pôlestaie, jure proprulario nomine hubcndum el faciendum exinde quicquid vôlucris.
En 924, Adaibert, évêqne de Bergame, donne aux chanoines de Saint-Vincent, de pertinenliùus meis famulum ununi nomine Gis qui et liuso
vocalur, cum uxore sua Gnriverga el filio suo Pelro, una cum veslimenlola, el peculinriolum eorum, in ipsam canonicam pisloreniesse, el aliud servilium quoi rninislri ipsius canonice jusserinl, ad ipsos sacerdotes faliendum; el pervenial a die présente in jus et poleslatem ipsorum fralrum, propler remediuni el salutem corporisel animas nostrse.
En 976, le prévôt de Saint-Alexamlre échange un esclave contre un autre, endonnaul de surplus huit perches de terre. {Cod. bergam., ii, 665, .iô7 )
Dans le même ouvrage , on trouve différentes permissions données parle maître, surtout par des évêqiies, à des esclaves, de vendre ou d'échanger leurs possessions. Ib., 59, 211, 261, 277, 559...
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donné en fief à un homme riche; les alleux, à cette époque, commencent donc à disparaître.
Dès que la souveraineté fut unie à la propriété, les colons dépendirent des propriétaires, même pour les matières politiques; ils n'eurent d'autre supérieur que le feudataire , et, par suite, se virent exposés aux caprices de sa volonté orgueilleuse, car il oubliait qu'il reste aux opprimés une puissance formidable, celle du nombre. Les campagnards y eurent souvent recours, et les documents historiques sont remplis de soulèvements dans lesquels, il est vrai, faute d'union et de discipline, ils succombaient sous la force compacte et agiierrie ; mais ils avaient fait entendre le cri de la liberté et discouru sur leurs droits, mots d'une influence terrible.
Dans l'effervescence de l'association, ou sous le poids de l'oppression qui suivait la défaite, les colons se rapprochaient des esclaves et se fortifiaient par le nombre; leur condition, toutefois, se conservait distincte par le droit important de ne pouvoir être vendus selon le caprice du seigneur, et de rester mailn s d'euxmêmes, lorsqu'ils avaient satisfait à leurs obligations. Beaucoup, néanmoins, dans ces époques de tyrannie, furent entraînés par la faim à vendre leur liberté; beaucoup s'otfraient aux églises afin d'en être protégés, et d'autres devenaient esclaves, parce qu'ils se trouvaient dans l'impuissance d'acquitter les charges qu'on leur imposait.
Les esclaves, dans le morcellement de la souveraineté, se trouvèrent rapprochés du maître, qui contracta avt c eux les liens de la domesticité, et considéra comme son avantage propre celui des gens attachés à la glèbe ; car leur mort diminuait la valeur de son fief, et le faisait descendre dans une condition inférieui-e à celle des fiefs rivaux. Lorsqu'un serf était maltraité par son seigneur, il n'avait qu'à franchir la haie ou le fossé du domaii c pour se trouver sur les terres d'un ennemi de son maître, qui l'accueillait volontiers, qui peut-être l'avait excité à fuir par S( s promesses et se l'attachait par des concessions. Au milieu du douzième siècle, tous les colons abandonnèrent Mont-Cassin, et l'abbé dut faire de larges conditions pour s'en procurer d'autres (l). Les serfs des seigneurs de Chiaramonte en Sicile repoussèrent par les armes leur oppression excessive. Les habitants d'A-
(1) Gattola, ad Hisf. Abaliœ cassinensis accessiones, part, i, p. 75.