COMTES DES VILLES ET DE LA CAMPAGNE
fut gouverneur de la marche de Spolète, et lieutenant d'Othon pour toute l'Italie. Othon lui-même, dit-on , créa le marquisat de Montferratpour son gendre Alérame; il donna à son frère, Henri de Bavière , celui de Vérone et du Frioul, qui plus tard fut uni au comté du Tyrol et au duché de Carinthie ; car il était de l'intérêt des rois d'Allemagne que les deux versants des Alpes se trouvassent dans les mains d'un seul.
La Lorabardie portait le nom de marquisat de Milan ; mais ce n'était là peut-être qu'un simple titre, qui d'ailleurs ne suspendait point ledroit des comtes, c'est-à-dire des juges des différentes cités. Venaient ensuite les immenses domaines des marquis de Toscane, puis le patrimoine de Saint-Pierre. Les villes à l'orient du Latium, dai)s l'ancien duché de Spolète, entre le Musone et le Tiferno , et au nord-ouest de la Toscane, de Ferrare à Pesaro, constituaient autant de comtés , souvent administrés par des évêques. On appela marche d'Ancône celle de Ferrao et Camerino, ou bien marche de Guarnerio, peut-être à cause d'un certain Guarnerio qui en fut investi par Henri IV. Le prince de Bénévent pouvait se comparer à un roi; à côté de lui s'élevaient l'abbé de Farfa dans la Sabine, et celui de Mont-Cassin, qui plus tard porta le titre de premier baron du royaume de Naples.
Outre les comtes des villes, la campagne était partagée entre des comtes ruraux. Ainsi on trouvait dans le Milanais les comtés de la Burgaria, sur les rives du Tessin ; de la Martesana et de la Bazana, entre le Lambro etl'Adda; du Seprio entre l'Adda etleTe.ssin, dont les comtes étaient investis par le roi. Lecco, comté rural, fut occupé pendant quatre générations par une famille salique qui s'éteignit vers l'an 975 (1). Plus haut, dans les Alpes Rhétiques et Lépontines, on rencontrait les comtés de Bormio, au fond de la Valteline ; de Chiavenna, au pied de la Spluga , passage vers l'Allemagne; de Bellinzona, possédé par la maison de Saxe, au débouché de la Léventine, qui mettait en communication avec les Helvètes, aujourd'hui les Suisses.
Parmi les hauts personnages de l'Italie supérieure, l'archevêque de Milan occupait le premier rang. Ce dignitaire continuait à recevoir un grand lustre du nom de saint Ambroise ; il avait pour suffragants les évêques de Pavie, Lodi, Crémone, Brescia, Bergame, Mantoue, Verceil, Novare, Tortone, Casai, Asti, Mondovi, Acqui, Turin, Alexandrie, Yigevano, Ivrée, Alba, Savone,
(t)Li:pi, Cod. Berfjam., ii, 145, 241, 321.
ARCHEYÉQUES DE MILAN. ^01
Gênes, Ventimiglia, Albenga (l). Fier de cette puissance, il se résignait avec peine à recounaitre la supériorité de Rome, d'autant plus qu'il avait quatre-vingt mille sequins de revenu, et jouissait comme primat de prérogatives rituelles qui en faisaient presque un autre pape. Son arrogance était encouragée par les désordres de Rome et la prétention des empereurs qui voulaient nommer des évêques et des pontifes; aussi les prélats, choisis dans des familles seigneuriales, intriguaient à la cour, faisaient la guerre, exerçaient une juridiction séculière.
Angilbert de Pusterla, un de ces archevêques, fit don à l'église gjg, de Saint-Ambroise d'un devant d'autel qui entourait toute la table, avec des sujets à bas-relief; la partie de devant était un tissu d'or, mêlé de pierreries et d'émail, tandis que l'argent brillait dans les trois autres : remarquable chef-d'œuvre , fait par un certain Volvino, et qui coûta quatre-vingt mille sequins. Anspert de Riassonno agrandit les murailles delà ville, afin de sog. pouvoir y comprendre le quartier du grand monastère; il fonda l'église de Saint-Satyre avec un hospice, et fit bâtir devant la basilique de Saint-Ambroise une cour quadrangulaire entourée d'un portique à arcades arrondies : c'est le plus beau travail architectonique depuis l'époque romaine. Landolfe de Carcano obtint la pleine juridiction de comte dans la ville et sur une étendue de trois milles autour des murailles: il nommait les magistrats, et leur conférait l'investiture par la remise de l'épée. Les feudataires s'armèrent contre lui ; mais, leur tentative ayant échoué , ils acceptèrent de la mense épiscopale des fiefs, qu'ils ajoutèrent à leurs biens patrimoniaux et à ceux qu'ils tenaient en fief du roi.
Le roi Henri II ayant nommé évêque d'Asti Oldéric, frère du marquis de Suse, le nouvel archevêque, Arnolfe d'Arsago, dont ce diocèse dépendait, refusa de le consacrer comme élu illégalement. Oldéric se rendit à Rome , où le pontife , séduit par ses raisons et son argent, lui donna la consécration. Arnolfe, prétendant que cette innovation constituait une violation deseontumes ambrosiennes, réunit un synode et excommunia Oldéric; puis, comme prince, il saisit l'épée, assiégea Asti, et força cet évêque et son frère de comparaître à Milan nu-pieds. Le marquis et l'évêque , l'un portant un chien , et l'autre un livre , durent ensuite se présenter à la basilique de Saint-Ambroise, confesser
(1) Côme dépendait du patriarche d'Aquilée. Crème n'avait pas encore d'ôvtïchc.