Mtr.HEVÊQUES DE MILAN
leur faute et offrir une grande croix, d'or; après cette réparation , l'évêque reprit sesinsii^nes, et Arnolfe fêta les deux frères, lois. Héribert de Cantù fut encore plus fameux ; sa constance et sa ré-
solution le faisaient respecter dans toute l'Italie. Lorsqu'un individu recourait à lui pour se plaindre d'un duc ou d'un marquis dont il avait reçu quelque dommage, il envoyait son bâton pastoral, et le faisait planter là même où le débat s'élevait ; et personne n'osait se permettre de violence, jusqu'à ce que l'affaire fût décidée selon foute justice (i). Héribert, se détachant du parti italien, alla trouver Conrad leSalique eu Allemagne pour l'exhorter à se rendre en l'Italie, en lui promettant la couronne. Il fut imité par un grand nombre de barons, que !e roi renvoya chargés de • présents ; toutefois il ne put s'entendre avec les Pavesans , qui voulaient bien se résigner à reconstruire le palais impérial, mais non dans la ville, comme le désirait Conrad.
Le roi , pour récompenser Héribert, auquel il devait surtout la couronne, et qui, pendant quelques jours, l'avait traité avec magnificence, lui et toute sa cour, l'investit du comté de Lodi. Dans ces temps où les pouvoirs ecclésiastiques et laïques étaient fii mal définis, l'archevêque prétendit avoir le droit de nommer l'évêque de Lodi ; mais cette église, jalouse de conserver la libre élection de son pasteur, refusa le prélat choisi par Héribert, qui, pour se venger, ravagea le territoire lodigian.
Nous avons dit que Landolfe , lorsqu'il devint comte, avait distrait des biens de la riche mense épiscopale de Milan pour les donner en fief à des seigneurs du comté, qui déjà tenaient des fiefs du roi. De là naissait une complication d'hommages et de devoirs : les feudataires se montraient dévoués au César pour se soustraire à la dépendance de l'archevêque, qui, de son côté, pi'éteudait en faire exclusivement ses hommes liges. Les capitaines ou grands vassaux cédèrent, dans l'espérance de pouvoir dominer les autres avec l'appui d'Héribert : mais les petits vassaux ne souffrirent pas qu'on leur enlevât cette indépendance dont ils étaient fiers ; ils se liguèrent entre eux, puis avec les hommes libres de Milan, qui, grâce à l'immunité, se trouvaient soumis à la juridiction épiscopale , et livrèrent une bataille sanglante. Vaincus par Héribert, archevêque, gouverneur et général , ils
(1) L^NDULPHUS Semou, H, 29. En Fiance même, l'arclievêque de Reims C'tail le premier parmi k's douze pairs du royaume; l'arclievècpie de Cantorbéry, en Angleterre, est à la tôle des pairs; celui de Mayence pouvait convo- (|uer la diète pendant la vacance de l'empire.
CONRAD LE S'-LIQUE KN ITALIE. SO.'i
quittèrent leurs foyers ; mais, forts par le nombre , ils s'entendirent avec les milices des comtés, surtout avec les Comasques et les Lodigians, et, firmant une moita ou ligue contre l'archevê- <208, que et les capitaines , ils les défirent à Campomalo , entre Milan et Lodi, bien qu'Héribert fût aidé par d'autres évêques (l).
L'archevêque et les capitaines, pour combattre les hommes libres et les petits vassaux qui étaient le nerf des armées, ne pouvaient employer que des serfs et des artisans étrangers à l'art de la guerre. Afin que cette lovée subite pûttenir tète à la noblesse, exercée depuis l'enfance au maniement des armes , l'archevêque inventa le carroccio^ grand char richement orné et traîné par des bœufs, sur lequel ou arborait la croix et le gonfalon ; avant la bataille, il servait d'autel pour le sacrifice de la messe, et, pendant la mêlée, de prétoire et d'ambulance. La perte de cette arche d'alliance étant réputée la plus grande infamie, les soldats se pressaient autour d'elle, au lieu de combattre par bandes désordonnées ; ils avaient toujours là un point de ralliement. Le carroccio réglait la marche ou la retraite, et l'on obtenait ainsi, parmi toutes ces volontés sans lien, de l'ensemble dans la défense comme dans l'attaque. Héribert vainquit alors les vavasseurs ; mais, comme ceux-ci se groupaient autour de la noblesse du comté et ne cessaient pas leurs attaques, il eut recours, selon l'habitude, au déplorable expédient d'appeler Conrad.
Ce fut au milieu de tant de mouvements que ce roi descendit ,^27 en rifalie, précédé, selon la coutume, d'officiers qui demandaient \ aux villes l'hommage avec le /o(Zrwm, la paratica et le mansio- \ nnticum : ces contributions, qui étaient dues à la caisse royale, consistaient , la première, dans les vivres destinés au roi et à la cour; la seconde, dans une certaine somme d'argent pour réparer les routes et les ponts ; la troisième, dans le logement de l'armée et des courtisans.
Conrad, apportant moins la guerre que le massacre, brûla les châteaux et les églises de Pavie avec les citoyens qui s'y étaient réfugiés, coupa les vignes, et fit A^autres prouesses, selon le langage de son historien Wippon ; il commit les mêmes ravages sur \? marquisat de Toscane et d'autres seigneuries limitrophes. Il se rendit ensuite à Ravenne, où il régna avec une grande puissance, ce qui veut dire qu'à la suite des rixes qui survinrent entre les citoyens et ses soldats , il se baigna dans le sang ; enfin, touché
(1) Oldéric, évêque d'Asti, y périt.