LES NORMANDS
l'église des Apôtres à Rome, et criaient au sacrilège contre ceux qui osaient les troubler dans leur pèlerinage; mais , bien armés sous leur modeste tunique, ils étaient prêts à combattre au besoin, et à voler quand ils le pouvaient. Parfois l'aventurier normand rencontrait sur son chemin quelque châtelaine à épouser, un duché à occuper, et n'avait aucun souci de ses fautes, dont il était sûr d'obtenir l'absolution au bout de son pèlerinage ; souvent, faute de mieux, il faisait le commerce de reliques, d'autant plus estimées qu'elles venaient de plus loin relies servaient à accroître le crédit d'une église , ou donnaient de la confiance au baron , qui les plaçait sous sa jaque démailles, lorsqu'il allait s'apposter pour attendre un rival.
Autrefois Hasting, le roi de la mer, et Biôrn, fils de Lodbrok, héros fameux dans les chants du Nord , s'étaient proposé , après la prise de Paris, de saccager la capitale du monde chrétien. *^s- Après avoir réuni cent barques , pillé dans la traversée les côtes d'Espagne, et touché aux rivages de la Mauritaine et des Ba- }(67. léares, ils arrivèrent à une ville italienne , entourée de murailles étrusques, flanquées de tours. Dans leur ignorance, ils la prirent pour Rome; mais avertis que c'était Luni, ils ravagèrent les environs et se remirent en route à l'aventure. Ayant rencontré un pèlerin, ils lui demandèrent des renseignements sur la meilleure direction qu'ils devaient suivre : « Voyez-vous, leur répoudit- « il, ces chaussures ferrées que je porte sur mon dos"? Elles sont «' tout à fait usées, et celles que j'ai aux pieds ne valent guère « mieux ; or les unes et les autres étaient neuves à mon départ « de Rome, et, decette ville jusqu'ici, j'ai marché toujours, tou- « jours, » Effrayés de ce long trajet, ils rebroussèrent chemin. Ainsi s'exprime une chronique ; mais d'autres traditions du Mord disent que, prenant Luni pour Rome, ils firent demander à celte ville un refuge et des rafraîchissements parce que leur chef brûlait du désir d'être baptisé et de se reposer. L'evèque et le comte leur offrirent tout le nécessaire ; Hasting reçut le baptême, mais ses compagnons ne furent pas admis dans la ville. Au bout de quelques jours, le néophyte tombe malade , et manifeste le désir de léguer son riche butin à l'Église , pourvu qu'on lui accorde une sépulture en terre sainte. En effet, lorsque les gémissements ont annoncé sa mort, il est transporté dans la cathédrale au milieu d'une grande procession ; mais là, il s'élance du cercueil tout en armes, et, secondé par les siens, tue l'évêque et tous les assistants. Maîtres de la ville , les Normands s'aperçoivent que ce