‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 210 sur 365 · ROGER EN SICILE · texte numérisé non relu

ROGER EN SICILE

ploits, et les Normands se dispersent; mais, dans une époque rapprochée, ses petits-fils, la croix sur la poitrine, iront effrayer Constantinople et les musulmans.

Robert avait conféré à Roger, son plus jeune frère, le titre de '0^2 comte de Sicile, mais sans lui donner les moyens de la conquérir, persuadé que son courage et un cheval devaient lui suffire pour atteindre ce but. Roger vivait de pillage et dévalisait les voyageurs, surtout ceux que des affaires de commerce attiraient à Amalfi (1). Sa femme, à laquelle il ne put constituer une dot, lui préparait ses modestes repas , et souvent tous les deux ne possédaient qu'un seul manteau pour sortir ; son unique cheval ayant péri dans une bataille, il prit la selle sur ses épaules et s'enfuit. Telle fut la souche des futurs rois de Naples. Avec l'audace propre à sa nation, Robert passa en Sicile sous le prétexte <06< de délivrer les chrétiens de la servitude musulmane (2).

Sous Etienne, l'inepte successeur du brave et avare Maniokis, les Arabes s'étaient relevés des nombreuses défaites que ce général leur avait fait éprouver ; ils étaient même rentrés dans la possession de toutes les forteresses qu'ils avaient perdues, à l'exception de Messine, qui résistait encore. Toutes les forces arabes furent employées à faire le siège de cette ville; mais Catalque Ambuste, qui en était le commandant, les surprit, tua dans sa propre tente Aboulafar leur général, et fit un riche butin. Etienne ne sut pas profiter de ce retour de fortune, et, non content de tout reperdre, ils'enfuiten Calabre.

Mais les Sarrasins eux-mêmes s'affaiblissaient par leurs propres dissensions. Deux émirs s'étant disputé la domination , succombèrent tous les deux, et la Sicile resta divisée en diverses petites seigneuries : Abd-Allah eut Trapani, Marsala, Mazzara, Sciacca; Ali ben-JNaamh, Castrogiovanni, Castronovo,Girgenti ; Ben-Thé-

(1) Malaterra (liv. i. ch. 26) raconte sans ombre de blâme que Roger, ayant appris que des marchands devaient allerd'Amalfi à Melfi, non minimum gavisus , equnm insiliens , cum octo tantum mililibxix mercatoribus occurit, captosque Scaleam duxit , omniaque quae secum hahebant diripiens, ipsos etiam redimerefecit. Hac pecunia roboratus, largus distributor centtimsibi milites alligavit.

(2) Terra Sicilix, terra Saracenoruin, Iiabitacîilum nequitix et infi delitatis, sepulerum quoque gentis nostri generis et sanguinis... Ego cum exercitibus militum meorvmfortiter laboravi ad hoc opus Dei pcriiciendum, videlicct ad acquirendamterramSicilix. Diplôme de 1091 dans Rocco PiRUo, Sicilia sacra, tom. 1. p. 520-21.

;j2H HOGKR en SICILE.

manh, Syracuse et Catane, etc. Tous ces chefs étaient ennemis les uns des autres, et tous ravageaient l'île à l'envi.

Thémanh avait épousé Maimouna, sœur d'Aliben-Naamh ; mais, un jour qu'il était ivre, il lui fit ouvrir les veines. La victime finit par guérir, et se réfugia auprès de son frère, qui assaillit et déposséda son beau-frère. Thémanh s'enfuit sur le continent et poussa Roger à faire la conquête de l'ile. L'aventurier l'écouta volontiers, et, franchissant le détroit, il planta sur Messine la croix, qu'on n'y voyait plus depuis deux cents ans. Au siège de Traina, dans la vallée de Demona au pied de l'Etna, ses trois cents compagnons résistèrent à toutes les forces de l'île; trente 1063. mille ennemis, à la Journée de Teramo, furent défaits par cent trente-six chrétiens, et Roger assura que saint George, patron des guerriers, avait combattu avec eux; il réserva pour saint Pierre les étendards ennemis et quatre chameaux, et reçut en échange, du pape Alexandre II, la bannière de saint Pierre.

Les Pisans faisaient alors un grand commerce en Sicile et surtout à Palerme. Mécontents des Arabes, ils armèrent une flotte considérable, vinrent briser la chaîne du port, et pénétrèrent dans la ville, dont ils ne purent s'emparer à cause du grand nombre de musulmans accourus; mais ils emportèrent en triomphe les morceaux de la chaîne. Six navires richement chargés étaient ton)bts en leur pouvoir, ils en brûlèrent cinq, et conduisirent l'autre dans leur patrie, où leur immense butin servit àconstruire la cathédrale de Pise.

Roger, pendant vingt ans, fit des efforts opiniâtres pour enlever la Sicile aux Sarrasins, aux Grecs, aux indigènes. La reddition de Palerme marque l'époque où la race des Beni-Kelb fut dépossédée. Ben- Avert occupait encore Syracuse et Noto ; Roger l'assaillit par mer et par terre, le défit et le tua. Après un siège terrible, il prit encore Syracuse, puis Girgenti, Castrogiovanni, et enfin Butera et Noto.

Il put alorrf se dire maître de toute l'île, dont il investit son frère Robert, sauf Palerme et Messine qu'il garda pour lui. Poursuivant le cours de ses victoires, il assaillit Malte, imposa un tribut aux musulmans, et les contraignit à relâcher les prisonniers chrétiens. Sa famille et les églises reçurent de lui de grands biens ; il en distribua d'autres à ses compagnons , introduisant ainsi la féodalité dans la Sicile, et les évèques furent rétablis dans les diocèses. Lue foule de riches musulmans quittèrent le pays. Roger laissa à ceux qui restèrent leur culte et leurs propriétés, mais avec

défense d'avoir des boutiques, des moulins, des fours, des bmns publics; il les admit dans son armée, et les Arabes formaient la moitié des troupes qui, en 1096, assiégèrent Amalfi révoltée. Les inscriptions et la monnaie portaient encore des ç?iractères arabes.

Page 1