Q SUPRÉMATIE DES PAPES. FAUSSES DÉCRÉTALES
des papes. Divers de caractère, de passions , de sentiments , de capacité;, ils se transmirent de l'un à l'autre une volonté constante dans les choses d'un ordre supérieur. Quant aux affaires mondaines, ils suivirent une politique flottante comme les hommes eux-mêmes. De là, dans les premières, une puissance irrésistible, tandis que, dans les autres, ils se défendent à peine contre l'ennemi le plus faible. Des barons et des rois ambitieux ou des peuples révoltés leur enlevaient leurs possessions et jusqu'à la liberté. Leur voix, néanmoins , continuait à retentir, redoutable et vénérée, dans les contrées les plus lointaines, et les peuples se réjouissaient de voir une puissance s'élever au-dessus des grands pour faire obstacle à leur despotisme, qui n'est possible que là où les rois se persuadent qu'il n'existe aucune autorité supérieure à la leur.
Les restrictions apportées au pouvoir des métropolitains, la collation d'un grand nombre de bénéfices transférée à Rome, les couvents et les biens de paroisses soustraits aux ordinaires, les prétentions des chanoines favorisées, toutes ces mesures avaient agrandi l'autorité ecclésiastique des papes, qui fut enfm consolidée par les fausses décrétaies. Furent-elles inventées par les papes pour en faire la base de leur suprématie? ou bien l'auteur se proposa-t-il de suppléer au manque d'un code ecclésiastique conforme aux besoins du temps, en recueillant d'anciens titres, illégitimes eux-mêmes? Faut-il croire encore qu'il transforma en véritables décrétaies certaines décisions auxquelles faisait allusion le pontifical romain, ou qu'il les tira d'historiens; de Pères de l'Église et de collections antérieures? Les érudits n'ont pas encore résolu la question ; ce qui est certain , c'est qu'à la renaissance de la critique, les cardinaux Baronius et Bellarmin, sans parler d'autres écrivains aussi pieux qu'éclairés, n'hésitèrent pas à les déclarer fausses. Cependant, à leur première apparition, elles furent trouvées si conformes aux principes et aux institutions de l'Eglise que le plus grand nombre les accueillit sans examen ; les synodes et les papes les citèrent, d'autres compilateurs les rapportèrent comme authentiques , et leur autorité légitima la suprématie papale.
Mais, comme l'autorité séculière avait des prétentions non moins exagérées, il était impossible de prévenir un choc entre ces deux puissances. L'Église avait toujours \eillé avec un soin jaloux à ce que l'élection des prélats restât libre, et fût le résultat du mérite, non des sollicitations , des tumultes ou d'un marché.