ORDRES MONASTIQUES
ans. Ridolfe, le quatrième prieur, bâtit dans la vallée le couvent de FoDtebuona, dont les moines devaient pourvoir à la frugale nourriture des ermites de la montagne ; cette congrégation, approuvée par Alexandre II, devint plus tard aussi riche qu'elle <672 avait été pauvre dans l'origine.
Un noble de Florence avait péri dans une des querelles si fréquentes parmi les citoyens, et tous les membres de sa famille se croyaient obligés de le venger. Le meurtrier vivait donc dans des transes continuelles ; un jour, il rencontra dans un sentier, où il était impossible de l'éviter, un des parents de sa victime du nom de JeanGualbert; se regardant comme perdu, il se jeta à terre, les bras étendus, en implorant miséricorde. Jean, vénérant la croix que sa posture représentait, lui pardonna ; puis, entraîné par le sentiment de tendresse que sa bonne action lui inspirait, il entra dans l'église de San-Miniato, où il crut voir un crucifix s'incliner, comme pour le remercier d'avoir pardonné au souvenir de la croix. Touché de ce miracle, il abandonne le monde, qui offrait à sa jeunesse tous les attraits du plaisir, et, malgré son père, il coupe ses cheveux et revêt l'habit de moine. Afin de jouir d'une plus grande solitude, il s'établit à Vallombreuse dans les Apennins, remet en vigueur, dans sa rigidité primitive, la règle de Saint-Benoit, donne à ses moines un vêtement de grosse laine blanche et brune, et, chose nouvelle, s'entoure de frères de condition distinguée, qui avaient la permission de parler, lorsqu'ils vaquaient aux travaux extérieurs.
Léon de Lucques, qui, bien qu'abbé de la Gava, allait faire du bois dans les forêts et apportait à Salerne de lourds fagots pour les vendre au bénéfice des pauvres, réprimanda souvent le prince Gisolfe pour son avarice et sa cruauté ; mais . le trouvant incorrigible, il lui prédit qu'il serait dépossédé par Robert Guiscard. Plus d'une fois, il se présenta dans Iss prisons, et, sans que personne osât s'y opposer, il rendit à la liberté ceux que le prince avait condamnés à mort.
Jean Gualbert, saint Nil, ermite de Calabre, et beaucoup d'autres de cette époque opérèrent une foule de conversions miraculeuses; mais la voix de l'exemple de quelques saints personnages n'exerçait qu'une influence partielle. Pour guérir des plaies gangrenées, il fallait que le remède descendit de la chaire élevée sur laquelle les rois et les peuples fixaient les regards; .or le siège pontifical était couvert de tant de souillures que les em-
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pereurs y trouvaient un prétexte pour nommer leurs créatures,
perpétuant ainsi les élections illégales.
Gerbert, moine de l'Auvergne, puis abbé de Bobbio, était versé dans les mathématiques, dont il voulait que l'enseignement accompagnât la dialectique, afin d'accroitre la force et la pénétration des intelligences. Il introduisit ou étendit l'usage des chiffres arabes, rassembla des livres avec un grand soin, et dota Magdebourg d'une horloge peut-ètreà balancier ; dans sa chambre on voyait des astrolabes, des sphères, des caractères étranges et tout l'attirail des astrologues et des magiciens. Il fut donc confondu avec cette classe d'hommes , et l'on crut qu'il avait fait un pacte avec le diable, qui lui révélait ces belles découvertes et les moyens de parvenir à la suprême dignité. Ces moyens étaient une grande persévérance et un savoir supérieur à celui de ses contemporains. Lorsqu'il eut quitté l'archevêché de Reims, 1003-12. Othon III, son élève, le nomma archevêque de Ravenne, puis le fit pape sous le nom de Sylvestre II (l).
Sou pontificat ne dura que quatre ans. Après lui, le préfet de Rome et la faction des comtes de Tusculum élurent successivement Jean XVII, Jean XVIII, Sergius IV et Benoit VIlI, un de ces comtes qui, peu digne comme pape, sut du moins, par son habileté guerrière, expulser de Luni les Sarrasins. La force et l'or lui donnèrent pour successeur son frère Romain, encore 1024. laïque, consul et sénateur de Rome, qui prit le nom de Jean XIX, et vendit les dignités ecclésiastiques pour rentrer dans ses fonds. 1033. Après sa mort, la même faction de Tusculum fit élire un de ses neveux, Théophylacte, âgé de douze ans, qui déshonora par sa dépravation le nom de Benoît IX. Chassé deux fois par l'indignation publique et remplacé par Sylvestre III, il recouvra deux fois la tiare au moyen de la force impériale ; il la vendit à Jean XX, et l'argent qu'il tira de ce marché lui servit à solder des gens qui l'aidèrent à la reprendre. L'archiprêtre Gratien, qui était intervenu comme conciliateur, manœuvra si bien, sans épargner l'argent, qu'il obtint pour lui le pontificat, et se nomma 104». Grégoire VI. Trois papes siégèrent alors en même temps, qui ne
(l) La donation de renipereur Otiion an pape Sylvestre, qu'on dit avoir été trouvée à Assise en 1139, est considérée comme fausse par divers écrivains, et ilernièremenl parWilmoBs, Ann. de l'empire sous Otton III, Berlin, ISio ; mais Hock et Pertz, Momm. legum, tome II. p. 162, la tiennent pou»' authentique.
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songeaient nullement à gouverner l'Eglise, mais à s'en partager les revenus.
Henri III, invité à mettre fin à ces scandales, convoqua un concile à Sutri, où Sylvestre III et Jean XX furent condamnés comme intrus; Grégoire, confessant qu'il avait obtenu le bâton pastoral par des moyens réprouvés, le déposa et se retira dans l'abbaye de Cluny. L'empereur fit élire Suger, évêque de Bamberg, qui prit le nom de Clément II et couronna Henri; il se proposait d'extirper la simonie qui dominait partout , mais il <W6. mourut au bout d'un an.
Benoit IX revient alors (1); mais Henri envoie à Rome Poppon, évéque de Brixen, qui ne siège que peu de jours, sous le nom de Damase II. La diète, réunie a Worms, choisit Brunou , évêque de Toul. Ainsi, pour éviter des élections doubles et bon- io4g. teuses, on croyait nécessaire que les rois donnassent des chefs à l'Église, choisis de préférence parmi les Allemands, moins corrompus, et d'ailleurs étrangers aux factions Brunon avait cherché à se soustraire à cette haute fonction, au point de faire une confession publique de ses péchés; puis, amené à l'accepter, il voulut, eu se rendant à Rome, consulter Hildebrand, moine de Cluny, qui jouissait d'une grande réputation de savoir et de vertu. Ce moine lui remontra l'indignité d'une élection laïque, et lui persuada d'échanger l'habit pontifical contre celui de pèlerin, jusqu'à ce que le peuple et le clergé de Rome eussent procédé librement à sa nomination.
Tant que les églises se vendraient, tant que les dignités seraient obtenues à prix d'argent ou par la brigue, tant que la corruption de ceux qui les occupaient les entraînerait plutôt vers les princes qui en trafiquaient que vers les papes réformateurs des abus, devait-on espérer que les évèques pussent recouvrer l'indépendance d'autorité qu'ils avaient abdiquée pour acquérir le droit de satisfaire leurs passions? L'Eglise s'était dépravée en se sécularisant; elle avait besoin de revenir à ses vrais principes, de raffermir le sacerdoce et le monachisme, d'instituer un censeur, affranchi de tout pouvoir temporel, qui jugeât les méchants quel que fût leur rang. Or, comme le pape pouvait seul réunir ces
(1) Bennone dit le plus grand mal de Benoît IX ; cependant il est prouvé que, sur les conseils de Bartliélemy, abbé de Grottaferrata, il renonça au pontifi( at, prit l'habit de moine, et mourut plein de repentir. Au milieu «le toutes ces misères , l'exagération peut-être se trouve chez les partisans aussi bien que chez les détracteurs des papes.