‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 217 sur 365 · HILDEBRAND · texte numérisé non relu

HILDEBRAND

conditions, il fallait soustraire son élection aux laïques, dégager les prêtres du lien féodal, et, pour cela, les isoler de la famille. L'homme qui entreprendrait de rompre la triple chaîne de la terre, de la famille, de l'autorité temporelle , qui attachait le clergé à la société, devait s'attendre à une lutte terrible avec les rois, dont la puissance s'amoindrirait; avec les prêtres, qui trouveraient un obstacle à satisfaire leurs passions; enfin, avec la force des habitudes. Cet homme ne pouvait être qu'un héros, et, dans une époque malheureuse, il faut appliquer à la conduite du héros une mesure différente de celle qui sert à l'homme dans des temps paisibles.

1015. Hildebrand, natif de Soana en Toscane, avait été élevé dans

le monastère de Cluny ; son érudition dans la littérature profane et sacrée, ses mœurs irréprochables, un cœur droit, une intelligence qui concevait avec maturité, une fermeté prudente dans l'exécution, ne tardèrent pas à le signaler à l'attention publique. Révolté de la corruption universelle, il vit qu'il ne pourrait corriger le monde qu'en réformant l'Eglise, qui en était la tête; actif, vigilant, d'un caractère indomptable, s'appuyant toujours sur l'ancienne tradition et sur le vœu du peuple, il médita sur les moyens de réprimer les abus^ lorsque les pontifes le choisirent pour leur conseiller. Les infamies que la papauté venait de traverser le convainquirent que tout le mal venait de ce que la dignité suprême restait abandonnée à l'élection intéressée ou corrompue des laïques; mais, comme on ne pouvait abattre d'un coup la prétention des empereurs, il commença par remédier aux nominations royales en les soumettant à la réélection du clergé et du peuple. Dans ce but, il conseilla à Brunon d'entrer à Rome en pèlerin, et de réclamer les suffrages de ceux qui, seuls, avaient le droit de les donner.

4049. Brunon, qui fut Léon IX, le fit, en annonçant la résolution de déposer les évêques simoniaques; mais il trouva le mal si commun qu'il fut contraint de se relâcher de sa rigueur, et d'imposer seulement quarante jours de pénitence aux coupables.

1035. Après sa mort, Henri III nomma le moine Gébard , son con-

seiller, homme d'une vertu exemplaire^, qui prit le nom de Victor II; par lui-même et avec le concours d'Hildebrand, il s'occupa de réformei' la discipline. Lorsqu'il eut cessé de vivre, une faction, lasse de tant de papes allemands, porta au siège pontifical Etienne IX, très-jaloux de la discipline, et qui, au moment de mourir, après huit mois de règne, pria de ne pas élire

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son successeur avant le retour cl'Hildebrand, alors en Germanie. Néanmoins Grégoire, comte de Tusculum, fit proclamer à main armée, sous le nom de BenoîtX, l'inepte Jean, évêquede Velletri. *^^^ Hildebrand, convaincu que le pape d'uue faction serait pire encore que le pape d'un empereur, s'unit aux grands, à Pierre Damienet à d'autres cardinaux, pour demander à l'impératrice Agnès un autre pontife, qui fut Gérard, évêquede Florence. Hildebrand, qui apporta sa nomination, eut soin de le faire réélire dans un synode assemblé à Sienne, où il prit le nom de Nicolas II; puis, afin d'empêcher le retour des élections tumultueuses, il détermina le nouveau pontife à retirer au roi et au peuple le droit de nomination^ pour le confier à un concile de cardinauxévêquesetde cardinaux-prêtres (i), sauf l'approbation du clergé et l'honneur dû à l'empereur.

Les grands, blessés de se voir enlever un privilège si lucratif, envoyèrent demander un pape au nouvel empereur Henri IV ; les prélats lombards, convoqués à Bâle par ce prince, abolirent la constitution de Nicolas, et décidèrent que le pontife serait choisi dans le paradis d'Italie^ comme ils appelaient la Lombardie, afin qu'il eût des entrailles paternelles pour compatir à la fragilité humaine ; ils élurent donc Cadolaùs, évêque de Parme, qui se fit appeler Honorius II (2). Le nouveau pontife vint prendre possession de sa dignité à main armée, et s'allia même avec la faction de Tusculum; mais Hildebrand avait déjà fait proclamer par les cardinaux Anselme de Baggio, évêque de Lucques, sous le nom d'Alexandre II. Le schisme se convertit en guerre civile ; le pape légitime fut d'abord vaincu, puis finit par triompher. Annon, archevêque de Cologne et tuteur d'Henri IV, ne le reconnut qu'au bout de plusieurs années ; Cadolaùs, longtemps soutenu dans le château Saint-Ange par Cencio, dont il avait

(1) Les cnY(\ina\\\-évêques étaient ceux d'Ostie, de Porto et Santa Rufina, d'Alhe, (le la Sabine, de Tusculum et de Préneste, vicaires du pape en tant que patiiarclic de Saint-Jean de Latran. Les cardinaux-^re7res étaient les curés attachi's aux quatre églises patriarcales de Rome. Des cardinaux-c?/acres présidaient aux établissements de charité.

(?) L.\BBE, Concil., tom. ix, p. 1155. — Romcv, Nicolao papa defuncto, Romani coronam et alla munera Henrico régi iransmiserunt, eumque pro eligendo summo pondfice interpellavertint . Qui ad se convocatis omnibus Italix episcopis, generalique conventu Basilex hahito, eidem impositacorona, patricius romamis appellatus est. Deinde, cmn conwnini omnium consilio, parmensem episcopum sumnias romanx ecclesicc elegit pontiflcem. (Hermann. Contract.)

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