‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 218 sur 365 · Î HILDEBRAND · texte numérisé non relu

Î HILDEBRAND

acheté les services, parvint à s'enfuir, mais sans jamais renoncer à ses prétentions. Un concile, réuni à Mantoue, déclara légitime l'élection d'Alexandre. -

Exerçant une aussi grande puissance, révéré comme maitre et seigneur par les papes eux-mêmes, Hildebrand aurait pu occuper le siège pontifical, s'il l'eût ambitionné; mais enfin, pendant qu'on célébrait les obsèques d'Alexandre, la foule envahit tumultueusement la basilique de Latran, et, d'une voix unanime, le proclama pape par volonté de Saint-Pierre. Hildebrand accourut à la chaire pour apaiser ce désordre, mais en vain ; les cris ne cessèrent que lorsque les cardinaux eurent annoncé la nomination de l'élu du peuple et de l'apôtre. Alors la pompe du nouveau pontife et les acclamations de la foule se mêlèrent d'une manière étrange à l'appareil funèbre et au cortège du défunt.

Cette nomination,ouire qu'elle prévenait l'intervention et l'opposition probable de l'empereur, assurait aux cardinaux le privilège électoral qu'on leur contestait ; Hildebrand, néanmoins, informa l'empereur de son élection, mais en le priant de le soulager de ce fardeau, parce que, lui disait-il, il était peu disposé à tolérer ses excès. Malgré ce défi, Henri, ne trouvant aucune trace de simonie dans sa promotion, ne put refuser son assentiment. Alors, sous le nom de Grégoire VU, il entreprend de combattre la simonie et l'incontinence qui, depuis des siècles, souillaient l'épouse du Christ : il trouve que la force prévaut partout, et il veut que la pensée domine partout ; il trouve le pontificat très-faible, l'empire très-fort, et il se propose de soumettre celui-ci à celui-là, comme l'âme commande au corps, comme l'intelligence dirige le bras. Il parcourut l'Italie afin de se concilier les prélats vertueux ; indulgent lorsqu'il trouvait de la docilité, inflexible envers les pécheurs endurcis , il faisait revivre l'ancienne discipline. Embrassant dans sa sollicitude la chrétienté entière, il se multipliait, au moyen de légats , dans les contrées où il ne pouvait se transporter lui-même. Une négligeait pas les détails du palais ni ceux de la cellule, et tous les évêques, d'après ses ordres, durent enseigner les arts libéraux dans leurs églises; il n'était point arrêté par la crainte de se faire des ennemis, parce qu'il se propoposait dans tout cela , non la gloire humaine, mais le salut des âmes.

Les riches, depuis que le sacerdoce et les prélatures étaient devenus leur partage, proclamaient qu'il ue fallait point acheter les avantages de ces fonctions par les abstinences du célibat, et

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que la possession des bénéfices ne devait pas enlever les joies de la famille; ils voulaient enfin qu'on rendit héréditaires les dignités, les évèchés, la papauté, et qu'on introduisit même dans l'Eglise le principe absurde des charges perpétuelles, qu'elle avait toujours repoussé.

Tel était le but qu'on se proposait d'atteindre, et déjà, dans plusieurs diocèses, on trouvait admis le mariage des prêtres, que la prudence, le décorum, la liberté nécessaire au clergé, avaient fait proscrire. Aussi, lorsque Grégoire somma les prêtres de respecter la prohibition de l'Église, on allégua la coutume de quelques diocèses, des privilèges spéciaux, des liens de famille déjà contractés, et ce fut une lamentation générale dans l'Église d'Occidetit.

Le clergé delà haute Italie s'était corrompu de bonne heure, et déjà, au temps des Lombards, Paul Diacre déplorait qu'on ne fréquentât plus Saint-Jean de Monza, à cause de ses prêtres coupables de concubinage et desimonie. Dans les environs de Brescia, eu 790, un moine se mit à prédire la fin prochaine du monde, amenée, disait-il, par la dépravation des moines; jouant le rôle de prophète, il distribua ses partisans en chœurs d'anges, conduits par des archanges, et se déchaina contre les moines, qu'il maltraitait : il fut puni de mort (l). A Milan les mœurs s'étaient perverties en proportion de la puissance et des richesses du clergé; le concile dePavie avait en vain voulu interdire le mariage aux prêtres, qui prétendaient s'appuyer sur une autorisation de saint Ambroise. La Lombardie donnait encore le spectacle d'une simonie scandaleuse, et, dès l'année 820 , le pape Pascal reprochait à l'Eglise milanaise dn trafiquer des ordres sacrés. Ce clergé, à cause de ses mœurs relâchées et par ambition, se montrait hostile au saint-siége, et, pendant deux siècles, i! en resta presque séparé, prétendant que l'Église de saint Ambroise n'était pas inférieure à celle de saint Pierre. Guido de Velate, nommé archevêque de Milan par la faveur du roi et contrairement au privilège du chapitre (2), vendait les charges,

(1) RiDOLF. NoTERii, Hist. rcv. Brix., p. 17.

(5) Arnolfe dit que, dans lo royaume d'Italie , lorsqu'urt évêché était vacant, le roi, sur l'invitation du clergé et du peuple, nommait le successeur; mais à Milan un des clianoines de la cathédrale succédait au métropolitain péfunt : Vêtus fuit ifalici regni condilio, persévérons nsqne in hodiernum diem , ut , defunctis ecclesiarum prxsulibux, rex yrovideat successores italicos, a clero et populo decibiliter invitatus. Prisca Media-

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laissait à d'autres les fonctions de son ministère, tandis qu'il consumait son temps et ses revenus en parties de chasse et en exercices guerriers. Le haut clergé le favorisait pour avoir le droit de l'imiter; mais le clergé inférieur et le peuple se scandalisaient de ses désordres, et tel était le dégoût qu'il inspirait qu'un jour, comme il célébrait l'office, ils le laissèrent tout seul à l'autel.

A la tête des censeurs les plus rigides se trouvait Anselme de Baggio, prêtre de l'église métropolitaine ; Guido le fit donc nommer par l'empereur à l'évêché de Lucques. Mais Anselme n'oublia point sa patrie ; ayant appris que Guido avait promu au diaconat sept personnes indignes, il courut à Milan, où il se concerta avec Landolfe, Gotta et Ariald d'Alzate, qui figuraient parmi les principaux réformateurs ; ils commencèrent alors à élever la voix, au péril de leur vie, et furent d'autant plus écoutés que les vices du clergé apparaissaient plus évidents. Deux factions se formèrent bientôt dans le diocèse : l'une, composée du haut clergé avec ses parents riches ou nobles, soutenus par de nombreux vassaux, et qui prirent le nom de Nicolaïstes ; l'autre, dite des Patarins, ne comptait que des pauvres et des hommes du peuple, mais elle était forte par la bonté de sa cause et la faveur de la multitude. On en vint même aux armes; mais, lorsqu'une voix a proclamé une vérité, est-il possible d'en étouffer le son? Rome soutint les Patarins, que menaçait le fer des grands et qu'excommuniaient les synodes provinciaux.

Pierre Damien et Anselme de Baggio, légats du pape en Lombardie, démontrèrent au clergé que sa prétention de ne pas dépendre de Rome était illégitime, et ramenèrent l'Église milanaise à son ancienne soumission. Dans un concile tenu à Rome, l'archevêque de Milan occupa le premier rang, et reçut du pape l'anneau, par lequel, jusqu'alors, les rois d'Italie lui avaient donné l'investiture. On laissa Guido dans son poste, afin de ne pas effrayer, en le déposant, ceux que souillaient le même péché. Les moines coupables furent condamnés à jeûner au pain et à l'eau pendant cinq ans, deux jours par semaine , et trois aux carêmes de Pâques et de Saint-Jean; les plus coupables encoururent cette peine pour sept ans, outre le jeûne des vendredis, leur vie durant. Pour l'archevêque, la même pénitence fut de

laniconsuetudoesf, ut, decedente melropolitano,'unus ex majovis ecclesige prœcipuis cardinalibus, guos vacant ordinarios, sticcedere debeat. (Hist. Med. m).

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cent ans, mais il pouvait s'en rachètera prix d'argent; il devait en outre promettre d'envoyer tous les prêtres concubinaires en pèlerinage à Rome ou à Saint-Martin de Tours, et d'aller luimême à Saint-Jacques de Galice et au Saint-Sépulcre (1). Le succès des légats fut aussi complet dans le reste de la Lombardie.

Peu satisfait de ces ménagements, et s'apercevant d'ailleurs que leurs adversaires ne dissimulaient que par nécessité, Ariald et Landolfe ranimèrent l'opposition. Landolfe, qui ne tarda point à mourir, fut remplacé par le frère Herlembald, encore plus résolu que lui, et qui, de retour d'un pèlerinage en terre sainte, avait réchauffé son zèle en visitant le seuil sacré des Apôtres, où le pape le nomma goufalonier de l'église.

Anselme deBaggio, nommé pape sous le nom d'Alexandre II, favorisa puissamment le parti des zélés; Herlembald, de son côté, gagnait le peuple et les jeunes gens, et, à la tête d'hommes armés, arrachait des autels les prêtres concubinaires, courant de Milan à Rome, afin d'y puiser des encouragements et de la force. Le clergé^ pour se venger, excitait l'orgueil patriotique contre Rome, et les nobles défendaient à main armée leurs parents et leurs créatures; de là, chaque jour, des rixes sanglantes, et les mêmes scènes se reproduisaient dans d'autres villes, avec les scandales qui en étaient la cause première.

Ariald fut massacré avec d'horribles raffinements. Le sang exaspère les haines : Guide et les siens sont chassés; il vend sa dignité à un certain Godefroy, qui , d'accord avec les évêques et les capitaines de Lombardie , se rend, avec l'anneau et le bâton pastoral, auprès du roi de Germanie, et lui propose d'exterminer les Patarins moyennant l'investiture de l'archevêché. L'empereur, désireux d'humilier le pape et ses adhérents , accède à sa demande, etGodefroy se dispose à s'emparer du siège; mais Herlembald prend les armes , et, resté maître de la ville après un pillage et un incendie, il gouverne, assisté d'un conseil de trente personnes, et confisque les biens de tout prêtre qui ne peut faire le serment, avec douze témoins, de n'avoir pas eu de commerce avec les femmes. Un grand nombre d'individus , qui ne voulurent pas supporter cette tyrannie d'un nouveau genre , s'expatrièrent; on en vint encore aux mains plusieurs fois, et, durant ces luttes, les uns et les autres apprenaient à se gouverner sans comte ni arche-

(1) Pétri Damiani Opusc. V.

34() HERLEMBALD.

vêque, en véritable république. Les princes et les bouffons exerçaient leur humeur railleuse sur ces divorces involontaires des prêtres. Les nobles, rentrés dans la ville, s'efforcent de discréditer les Patarins, et, pourflatter le peuple, ils lui proposent une confédération dans le but d'assurer l'intégrité de l'Église milanaise.

1071. Après la mort de Guido, Herlembald fait élire archevêque un

jeune homme nommé Atton La faction contraire se lève en armes, attaque le prélat, qui ne peut sauver sa personne qu'en montant dans la chaire pour annoncer son abdication ; mais Rome le reconnaît et frappe Godefroy d'excommunication. Herlembald continuait de poursuivre les concubinaires, lorsque les nobles reprirent les armes et le tuèrent : le peuple l'honora comme martyr. Le comte Everard, envoyé par Henri, bien qu'excommunié, réunit les seigneurs lombards à Roncaglia, les remercia d'avoir tué Herlembald, proscrivit les Patarins, et lit élire un nouvel archevêque : ainsi trois personnes portaient ce titre. Mais lepeuple, qui souffrait de la corruption du clergé, le voyait avec indignation dissiper dans un luxe coupable les richesses données à l'Église pour le soulagement des pauvres ; accoutumé d'ailleurs, par l'exemple des rigueurs claustrales, à considérer le célibatcomme une perfection, il soutint vigoureusement le pape qui l'imposait, maltraitait les récalcitrants, les repoussait des autels ou s'éloignait de leurs sacrifices. Le célibat prévalut donc , après un siècle de luttes ; affranchissant les prêtres des liens de la famille , il assurait au pontife une milice dévouée, toujours attentive à consolider sa puissance ; en outre, il empêchait que les dignités fussent transmises par héritage, au lieu d'être attribuées au mérite, et que les biens légués à l'Église comme le patrimoine des indigents devinssent des propriétés de famille.

Le patriarche d' Aquilée, depuis la question des Trois Chapitres, était resté longtemps à la tête de tous les évêques qui repoussaient les décisions du pontife; enfin il céda lui-même, et, lorsqu'il reçut le pallium , il dut prêter un serment qui s'étendit

^^'''o. aux autres métropolitains et aux évêques nommés directement par Rome : par ce serment ils contractaient l'obligation, à l'exemple des vassaux envers le seigneur, de rester fidèles au pontife , de ne faire aucune trame contre lui et de ne pas révéler ses secrets; de défendre de tout leur pouvoir la suprématie romaine et les droits de saint Pierre, d'assister aux synodes convoqués par le pontife, de recevoir honorablement ses légats, de ne pas communiquer avec les personnes excommuniées par lui.

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