GOUVERNEMENT DE GRÉGOIRE VII
Plus tard , ils furent tenus de visiter Rome tous les trois ans , ou d'y envoyer quelqu'un, pour rendre compte de l'administration de leur diocèse ; d'observer les constitutions et les ordres apostoliques, de n'aliéner aucune propriété de la mense sans le consentement du saint-père.
Après avoir rendu au clergé l'autorité qu'il doit à la vertu , il fallait raffermir son indépendance en écartant la pierre de scandale, c'est-à-dire le droit que les seigneurs laïques s'arrogeaient d'investir les prélats par la crosse et l'anneau, occasion de simonie et d'élections indignes. « Eh quoi ! s'écriait le pape, la plus mi- « sérable femme peut choisir son époux selon les lois de son pays, n et l'épouse de Dieu, comme une vileesclave, doit recevoir le sien « de la main d'autrui? » Fort de sa propre volonté et des suffrages du peuple, sur lesquels il s'appuya dans tous ses actes (i), et qui furent la source où il puisa la force de surmonter tant d'obstacles, il défendit aux ecclésiastiques de recevoir de la main d'un laïque l'investiture des bénéfices, sous peine de destitution, et aux laïques de la donner, sous peine d'excommunication.
Selon le droit politique, toute la supériorité du chef de l'Etat sur ses vassaux provenait de l'inféodation; enlever aux seigneurs le droit d'investir les prélats, c'était donc soustraire ceux-ci à la dépendance de ceux-là, et soumettre au pontife peut-être un tiers des possessions de toute la chrétienté. L'Église renonçaitelle aux biens et aux droits pour lesquels se donnait l'investiture, elle restait dépouillée de toute autorité temporelle et dépendante des princes , comme aujourd'hui le clergé protestant. Les Conservait-elle, au contraire, sans avoir besoin de demander à chaque vacance la confirmation séculière, non-seulement elle devenait indépendante, mais elle pouvait étendre sa puissance jusqu'à faire des princes ses vassaux.
Grégoire ne reculait pas devant ces conséquences ; car, voulant régénérer la société à l'aide du christianisme, il ne croyait pas pouvoir atteindre ce but tant que larchaire de saint Pierre ne serait point élevée au-dessus du trône des rois. Il fallait donc, pour être logique , qu'il s'immisçât dans les affaires temporelles
(1) Que l'abaissement des évêques of des prélats fût agréable an peuple, c'est ce qu'atteste Henri IV -.Redores sancfcv Ecclesiœ, videlwet arclnepiscopos, episcopos,presbyleros, sicut servospedibus luis calcasfl, in quorum conculcatione tibi favorem ab ore vitlgi comparasti. M.\nsi, Concil. XX. 471.