GRÉGOIRE VII ET HENRI IV
et le gouvernement des peuples : aux uns il défendit de faire le trafic des esclaves; aux autres il reprocha leurs vices; il excommunia des rois hostiles à ses projets , et d'autres furent obligés de continuer à l'Eglise romaine cet hommage que leurs prédécesseurs lui avaient rendu en récompense de sa protection. Des hommes étaient-ils réduits par les barons à la condition de bétes de somme, il cherchait, par tous les moyens possibles, à les relever de leur dégradation. Dans tous ses actes, rien pour son avantage personnel , tout pour l'Église. Sévère pour les autres comme envers lui-même , d'une foi inébranlable dans ce qu'il croyait être le dessein de la Providence, il se donne lui-même comme un habitant des régions où ne pénètrent jamais ni les nuages de la peur, ni les ombres du doute. D'autres papes avaient gémi, exhorté, négocié, transigé ; Grégoire commande , pousse l'audace jusqu'aux dernières limites,veut que la puissance papale n'ait d'autres bornes que la volonté de Dieu et la conscience, et, pour corriger les abus, il se place au-dessus des rois, intéressés à les conserver.
S'il eût rencontré des rois dignes de ce nom, il pouvait régénérer l'Église et le monde ; mais, au contraire, il dut lutter contre des princes méchants , et, pour résister à leurs artifices, il fut contraint d'avoir recours aux armes que lui offraient son temps et sa position.
Le trône de Germanie était alors occupé par Henri IV , roi au berceau, orphelin [à six ans. Il avait puisé dans son éducation une idée exorbitante du pouvoir royal et le mépris de la discipline ecclésiastique; à vingt-cinq ans, il joignit à la tyrannie des goûts dépravés. II maltraita sa femme, et son libertinage, qui flétrit même ses sœurs , portait le déshonneur dans les familles les plus respectables. Il blessa dans leurs droits les plus précieux les Saxons, qui, unissant leurs plaintes à celles de tant d'autres , s'adressèrent au pontife comme étant le pouvoir répressif du vice et de la tyrannie, l'appui de tout effort contre les abus ; ils l'exhortaient à déposer cet indigne monarque, en vertu d'un droit dont nous n'examinons pas la justice, mais qui était reconnu à cette époque, non-seulement par le droit canonique, mais encore par le droit civil des Allemands. Grégoire , déjà mécontent de cet empereur qui trafiquait publiquement des dignités ecclésiastiques et s'entourait de personnes excommuniées, le somma de venir se justifier à Rome devant un concile. Henri, plus irrité qu'effrayé, lui répondit par une déposition.
Voilà donc deux puissances qui menacent de se détruire réci-