COMTESSE MATHILDE. 3S
et celui du droit civil par Trnérius, qui , par ses soins, ouvrit à Bologne la première école de lois. Elle embellissait tant de grandeur par son iiumilité,etsasouscription était MathildaDei gratia si quid est.
Mathilde montra un dévouement particulier à Grégoire Vil, et si Bennon, grand ennemi de ce pape, a tenté de dénigrer cette amitié, aucun témoignage contemporain ni le concile de Worms n'autorisent ses accusations; l'histoire la montre éprise, non du pape, mais de la papauté , à laquelle elle resta fidèle pendant six pontificats (l).
DanslechâteaudeGanossa,qui,ausudde Reggio, s'élèveinexpugnable au milieu des sombres vallons de l' Apennin, séjour alors de tant de civilisation, aujourd'hui ruine déserte et presque ignorée, Grégoire se réfugia auprès de Mathilde lorsqu'il craignit
monasteriis quse in nostris possessionibus consHtuta sunt, et religiosis viris qui in Deofamulantur, si in necessitatibus viscera pietalis recludamus, quomodo charitas Dei eritin nobisl Ideo ego Mathilda, Del gratin, si quid sum, pro mercedeet remédia animx meae parentumque nieorum, etc.
Les Memorie délia gran confessa Matilde de François-Marie Fiorentini ( 1615) sont une des meilleures sources de l'Iiistoire de ce siècle, surtout avec les notes et les documents dont les a euricliis Jean Dominique Mausi dans l'édition de Lucques 1756.
(1) Donnizone dit, liv. n, ch. 1 :
Pertres tenuit jam raenses Gregoriuin papam, cui servit ut altéra Martha. Auribus intentis capiebat sedula mentis Cuncla Patris dicta, seuChrisfi verba Maria. Propria Clavlgero sua subdidit omnia Pelro; Janitor est cœli suus hères; ipseque Pétri, Accipiens scriplum de cunctis Papa benignus.
Grégoire lui écrivait : In veritate vobis loquimur, quod in nullis terrarum principibus tiitius quant in vestra nobilitate confidimus, quoniam hoc verba, hoc piae devo'ionis sttidia, hoc fidei veslrx prseclara nos conslantia docuerunt. Les lettres que ce pape lui adressait sont comme celles de François de Sales à madame de Cliantal ; en voici un fragment • « Je vous écris, liile chérie de saint Pierre, pour juslilier votre foi sur « l'efficacité du saint sacrement de l'eucliaristie ; ce s )at la les trésors et « les dons que vous avez requi> de moi, au lieu d'or et de pierreries, au nom « de votre père qui est le prince des cieux, bien que vous eussiez pu les ob- « tenir d'un prêtre plus di-^iie de moi. Je ne vous parlerai point de la mère « de Dieu, à lacjuelie je vous ai recommandée d'une manière spéciale et vous » recomminde sans cesse, jusqu'à ce que nous parvenions à jouir de sa vue... « Plus elle surpasse les autres mères en bonté et en sainteté, plus elle les « surpasse en clémence... Cessez donc de pécher, el, prosternée deTant « elle, versez les larmes d'un ctieur contrit et humilié. » {Episf., vu, 'il.)
356 HENRI IV A GANOSSA.
que la fureur des Lombards ne rallumât la colère dans l'àme découragée de Henri IV ; mais ce prince fit intervenir Mathilde elle-même, Adélaïde de Suse, le marquis Azzo et d'autres grands personnages d'Italie pour être relevé de l'excommunication qui menaçait de lui faire perdre la couronne.
Le pape voulaitune réparation éclatante de méfaits éclatants,afin qu'elle effrayât les orgueilleux , et donnât satisfaciion aux faibles qui avaient imploré son assistance. Il exigea donc qu'il vînt à lui en habit de pénitent et lui remît la couronne, comme indigne de la porter ; Henri, après avoir déposé son vêtement royal avec la chaussure , s'être couvert de l'habit ordinaire des pénitents , put entrer dans la seconde enceinte du château pour y attendre la décision du pontife. Les cellules du château étaient alors occupées par les évèques d'Allemagne, venus pour subir leur pénitence, et les seigneurs lombards, soumis au régime du pain et de Teau, attendaient dans les vallées environnantes. Henri resta trois jours exposé aux intempéries du mois de janvier; après ce délai, Grégoire l'admit en sa présence et lui donna l'absolution, à la condition qu'il se présenterait devant l'assemblée des princes allemands et se soumettrait à la décision du pape, quelle qu'elle fût; dans l'intervalle, il ne devait Jouir ni de l'autorité, ni des revenus, ni des insignes de la royauté. Lorsqu'il eut promis et donné caution, Grégoire prit l'hostie consacrée, et, faisant appel au jugement de Dieu s'il était coupable des crimes dont on l'avait accusé, il en mangea une moitié, et offrit l'autre à Henri pour qu'il l'imitât s'il se sentait innocent. Pouvoir de la conscience ! Henri recule devant un acte qui aurait résolu toute question , et se soustrait au jugement de Dieu. C'est ainsi que fut affaibhe cette omnipotence impériale que l'ancienne Rome avait imposée au monde.
ISotre siècle, idolâtre de la force, s'est agenouille devant le brutal insulteur d'un pape suppliant ; il est juste qu'il soit humilié par le spectacle d'un empereur, violateur des constitutions, suppliant un pape protecteur des droits des peuples.
Mais il manquait à cette humiliation le mérite expiatoire; car ce prince menaçait et fléchissait, promettait et mentait. Il s'attira donc le mépris des Italiens , qui, à son retour, lui fermèrent les portes de leurs villes, et agitèrent la question de le déposer pour lui substituer Conrad, sonfils Henri, furieux, et cédant aux instigations de Gnlbert, archevêque de Ravenne et l'ennemi perpétuel de Rome, se jeta, avec sa précipitation habituelle , dans les rangs des ennemis du pape et chercha même à le prendre ;