‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 226 sur 365 · FIN DE GRÉGOIRE VII · texte numérisé non relu

FIN DE GRÉGOIRE VII

le roi offrit le pain à l'areiievêque, et reçut la communion de ses mains (1).

Les Lombards continuèrent à dévaster les terres de la comtesse Mathilde. Lucques, après avoir expulsé l'évêque Anselme qui avait écrit en faveur de Grégoire VU, le remplaça par un fauteur de l'empire et se révolta contre Mathilde; mais les citadelles de Canossa, de Bibianello, de Carpineta, de Monte Baranzone, de Montebello et d'autres, dont les hauteurs de Modène et de Reggio étaient semées, lui offraient des retraites inaccessibles. Sous les murs de la forteresse de Sorbora, dans le Modénais , elle remporta une victoire signalée et fit prisonniers l'évêque de Parme, six capitaines, cent gens d'armes et plus de cinq cents cavaliers.

Henri, sur ces entrefaites, avait conduit à Rome son antipape ; mais les maladies, et la résistance des Romains, aussi hostiles à sa cause que les Lombards lui étaient favorables, l'empêchèrent de s'en emparer. 11 eut alors recours à la corruption ; pour gagner .les seigneurs et surtout les évèques, il prodigua cent quarante mille écus d'or et cent pièces d'écarlate que l'empereur de Constantinople lui avait envoyées pour le décidera faire la guerre à Robert Guiscard; enlin, après trois ans d'efforts, il fut reçu à Rome , où il se fit consacrer par Clément III, tandis que Grégoire était emprisonné dans le château Saint-Ange. « Rome, que « tu es misérable I s'écrie Godefroy Malaterra; tes lois sont « pleines de fausseté. Toute vilenie domine en toi, et la luxure et « l'avarice, mais aucune foi, aucun ordre; la peste simoniaque « règne partout, et tout se vend. L'ordre sacré tombe en ruine à « cause de toi, qui jadis lis sa splendeur ; non contente d'un pape, « tu veux double tiare, et l'argent te fait changer de foi. Pendant ■ qu'un pontife est sur le siège, tu maltraites l'autre; mais, si le « premier tombe, tu rappelles le second, et tu menaces l'un par « l'autre; c'est ainsi que tu remplis tes besaces (i). »

(1) MuRATORj, Anedoct., tome u, p. 328; Martène. De ant. Ecoles, rit., tome II, V. 2. Tel était le rite habituel.

(2) Leges luiE deprayata; plenœ fal.sitatil)us. In te cuncta prava virent, luxus, avarilia, Fifles nulla, duIIus ordo. Pestis simoniaca

Gravât omnes tines tuos. Cuncta sunl venalia. Per te ruit sacer Ordo, a (jua priinuin prodiit. NoD sufficit papa anus; binis gaudes iufulis. Fidestua solidatur sumplibus exhibitis

FIN DE GRÉGOIRE Vil. 359

Nous avons dit de quelle manière les Normands étaient devenus les vassaux du saint-siége; Robert Guiscard fut employé par Nicolas II pour ruiner Palestrina, Tusculum, Nomento , Galeria, et mettre fin à la longue tyrannie qu'exerçaient les comtes de Tusculum. Mais, plus tard, entraîné par l'ambition, il n'épargna point les terres pontificales, et fut excommunié. Peu soucieux des moyens, pourvu qu'il parvint à se consolider, il avait entretenu des intelligences avec le roi Henri; mais, en même temps, il épiait l'occasion de rendre au pontife quelque service signalé II assiégeait Durazzo, lorsqu'il apprit l'outrage fait à Grégoire; abandonnant son entreprise, il accourut en Italie et vint à Rome avec une poignée de braves Normands et des Sarrasins de Sicile; puis, brûlant et pillant comme l'aurait fait Henri lui-même, il délivra Grégoire et le rétablit dans le palais de Latran. Ce pontife, après avoir excommunié Henri et l'antipape, se dirigea vers le midi, escorté par une armée. En route, il chercha des consolations sur la tombe de saint Renoit au mont Cassin, comparant sa vie orageuse à cette tranquilité solitaire ; il prédit à Didier, abbé du monastère , qu'il serait son successeur, et lui représenta la réconciliation comme nécessaire après la lutte. Mais son cœur était déchiré par le spectacle de trop de misères : il trouvait en révolte ses propres citoyens, lui qui avait soulevé tant de peuples contre les souverains ; il était expulsé de son siège , lui qui avait renversé tant d'évéques du leur; il voyait déchirée cette Église dont il avait cherché, par tant d'efforts, à réunir tous les membres ; ses nombreux amis l'abandonnaient, et la cause en laquelle il n'avait jamais cessé d'avoir foi déclinait chaque jour. Il mourut en s'écriant : « J'ai aimé la justice et haï l'iniquité ; voilà pourquoi je meurs en exil ! » '°*^'

Il avait écrit peu auparavant à Alphonse de Castille : « La « haine de mes ennemis et les jugements iniques sur mon « compte proviennent , non de torts que je leur aurais faits , « mais de ce que j'ai soutenu la vérité et me suis opposé à l'in- « justice. Il m'eût été facile d'en faire mes serviteurs, et d'en «' obtenir des dons plus riches encore que mes prédécesseurs, si « j'avais préféré taire la vérité et dissimuler leur iniquité; mais, « outre la brièveté de la vie et le mépris que méritent les biens

Dum slat iste, puisas illum ; hoc cessante, revocas; Illo Utum minitaris. Sic impies luarsupia.

(Lib. III. c. 38.)

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