HENRI IV
« de ce monde, j'ai considéré que nul n'a été digne du nom « d'évêque qu'en souffrant pour la justice ; j'ai donc résolu de " m'attirer l'inimitié des méchants en obéissant à Dieu, plutôt « que de ra'exposer à sa colère en leur plaisant par des injus- « tices. » Ainsi il prévoyait les haines d'une postérité idolâtre de la force , qui appelle arrogance le courage qu'il déploya pour abattre l'orgueil des rois (1).
Peu de temps après Grégoire , mouraient aussi Robert Guiscard et Guillaume de Normandie, nouvel anticésar; il semblait donc que Henri triomphait de tous ses ennemis , d'autant plus que, corrigé par l'âge et l'adversité, il devenait modéré et se conciliait les princes d'Allemagne. On voulait donner pour successeur à Grégoire Vil Didier, abbé de Mont-Cassin, qui avait déployé beaucoup de prudence et de vertu dans les temps malheureux qu'on venait de traverser ; il résista une année entière à toutes les instances , jusqu'à ce que , vaincu par les larmes des cardinaux, et par les promesses des seigneurs romains qui s'engagèrent à le soutenir contre les Impériaux , il accepta sous le nom
I08C. de Victor III. Aidé par Mathilde , il ne tarda point à recouvrer Rome; mais il ne put se maintenir contre l'antipape armé que par la force des armes , et mourut bientôt. Un concile, assemblé à Terracine sous les auspices de la comtesse Mathilde, nomma le
i08g-89. Français Urbain II, chaud partisan des idées de Grégoire et capable de les soutenir. Sur les conseils de ce pape, la comtesse Mathilde , vainement recherchée par Robert, fils de Guillaume le conquérant d'Angleterre, épousa Guelfell, fils du duc deBavière, ennemi de l'empire. Henri, irrité de ce mariage, occupa tous les châteaux de Mathilde en Lorraine ; puis, traversant les Alpes, il entra dans Mantoue par trahison, ravagea ses autres possessions du Ferrarais, du Brescian, du Modénais, et la somma de reconnaître son pape Clément. Mais la comtesse, regardant comme un
(1) Grégoire VII fut sanctifié par Benoît XIII on 1719; l'empereur sacristain Josepli II fit retranciier son nom des calendriers autrichiens. Il n'est pas d'injures qu'on n'ait prodiguées à ce pontife; mais, en revanclie, il a été comblé d'éloges, surtout par les modernes, même protestants, et spécialement par Voigt, dans sa Vie de Grégoire. Guizot le compare à Cliarlemagne et au c/.ar Pierre, ces réformateurs par le despotisme. Steplien (dans VEdinburgh rcviein ) le proclame le plus noble génie qui eût régné à Rome depuis Jules César, et, bien que, conmie protestant, il déteste son but, il reconnaît qu'il fût « favorable et peut-être nécessaire au progrès du cbrislianisme et de la ciTilisation. » Lamennais l'appelait le grand patriarche du libéralisme.