ENLÈVEMENT DES VÉNITIENNES
Connaissant le luxe des Arabes, les Vénitiens leur achetaient les produits de leurs fabriques, et s'efforçaient de les inoiter; comme ils ne pouvaient spéculer sur leurs terres, ils achetaient des troupeaux, qu'ils envoyaient paître dans le Frioul et l'Istrie; ils prenaient à ferme les impôts d'autres pays, afin d'enlever cet avantage à leurs concurrents. Quant aux salines du littoral, ils les exploitaient pour leur compte , ou bien ils eu achetaient le produit, comme ils accaparaient encore le sel minéral d'Allemagne et de Croatie; ils contraignirent iin roi de Hongrie à fermer ses salines, et malheur à quiconque faisait usage du sel étranger.
Les villes de la côte illyrique appartenaient à l'empire grec, qui, selon son habitude à l'égard des pays lointains, les laissait s'armer et s'administrer elles mêmes. Leur situation devint périlleuse lorsque les Croates et d'autres peuples établis dans la Dalmatie eurent accru leurs forces. Parmi ces peuples les Narentins principalement s'étaient adonnés à la piraterie ; du rivage où Trieste s'éleva plus tard, ils troublaient le commerce des Vénitiens, s'aventuraient jusqu'au milieu de leurs îles, et tentèrent même une
933. entreprise audacieuse. Le jour de la Chandeleur, les Vénitiens avaient coutume de célébrer le mariage des familles principales dans la grande église située sur l'Ile de Castello , avec ce cortège de réjouissances et de luxe qui accompagne d'ordinaire de pareilles solennités. Les pirates se mirent à l'affût , et , lorsque tous les gens de la fête furent réunis, ils les assaillirent, enlevant les femmes et les présents. Une douleur générale accueillit la nouvelle de cet attentat; mais le doge, Pierre Candiano, dont le père était mort en combattant les Narentins, excita les citoyens à la vengeance, arma à la hâte tous les navires qu'il put , rejoignit les ravisseurs dans les lagunes de Caorle , et leur reprit les femmes avec le butin.
Candiano, pour venger cette insulte, fit une guerre à mort aux corsaires de l'Istrie; les communes illyriques se liguèrent même entre elles pour les exterminer, et recherchèrent le patronage de la république vénitienne, à laquelle elles promirent de rendre hommage et de marcher sous ses bannières. La flotte la plus puis-
9-7 santé que Venise eût encore armée alla recevoir l'hommage de la célèbre Pola, de Parenzo, de Trieste, deCapod'Istria, de Pirano et d'autres villes de la côte , puis de Zara en Dalmatie, des places jusqu'à Raguse, et des iles. Lésina et Curzola préférèrent s'allier avec les INarentins; les Vénitiens s'armèrent donc contre elles, et détruisirent l'asile des Narentins.