LES DOGES
capitaine , qu'on choisissait parmi les familles originaires , entraient dans l'appartement du doge, lui renouvelaient le témoignage de leur antique dévouement, le priaient de continuer à les protéger, de maintenir leurs privilèges, et lui baisaient la main et la joue ; puis le doge leur donnait un banquet avec service d'argent, et les convives pouvaient emporter les reliefs de la table, outre le cadeau de plusieurs sortes de dragées et d'un œillet.
La féodalité ne pouvait prendre racine dans un gouvernement qui n'avait pas de territoire ; le haut clergé était choisi parmi les nobles, qui dès lors ne furent pas eu lutte avec les ecclésiastiques. Saint-Marc fut synonyme d'État, ce qui donnait à celui-ci un aspect religieux ; le service public n'entraînait pas la sujétion à un autre homme, mais une obligation envers ce saint, et plus d'un doge déposa la cornette pour finir dans un monastère une vie usée au service de Saint-Marc.
Pierre Candiano III s'était associé son fils, lequel conspira contre lui ; mais le peuple soutint le père et chassa le fils, qui, protégé par Bérenger II, marcha contre sa patrie, ce dont le père mourut 939. de douleur. Le peuple, oublieux, choisit ce fils, qui se montra cruel au dedans, brave et vigoureux au dehors, habile même dans sa politique avec les empereurs d'Orient et d'Occident; il défendit aux Vénitiens de faire le commerce d'esclaves avec les Sarrasins, et d'apporter de l'ettres à Constantinople autrement qu'après avoir passé par Venise. Après avoir répudié sa femme Jeanne, qu'il contraignit à prendre le voile, comme son fils dut se faire prêtre, il épousa Guaidrade, sœur du fameux Hugues, marquis de Toscane, qui lui apporta , avec un cortège de reine, une riche dot de biens-fonds et de serfs. Pour défendre ces domaines , il soudoya des bandes étrangères, et, fier de leur appui, il commença à traiter avec mépris la noblesse vénitienne, à chercher querelle aux voisins ; il prit un château des Ferrarais, fit dévaster Oderzo, et poursuivit cette carrière de violences. Les Vénitiens , las de souffrir, l'assaillirent, et, comme il se défendait avec ses mercenaires, ils mirent le feu au palais ducal sur les conseils de Pierre Orseolo. La flamme gagna les églises voisines de Saint-Marc , de Saint-Théodore , de Sainte-Marie Zobenico et plus de trois cents maisons ; le doge reçut la mort avec un de ses fils.
Il fut remplacé par Orseolo, le conseiller mal inspiré du peuple, et pourtant homme d'une grande piété, qui se dévoua tout entier à la tâche de réparer les dommages, refit le palais et la basilique Marciana, et se montra zélé pour la justice. Néanmoins, sentant