LES LOGES
franchies du joug des Croates, et Pareuzo, Pola, Ansei'o, Veglia, Arbe, Trau, Spalatro, Gurzola, Lésina, Raguse et d'autres, qui, tout en conservant leurs propres lois, reçurent de Venise un podestat. Le titre de duc de Dalmatie par la grâce de Dieu fut ajouté à celui de doge.
Des terres, des dîmes, des pêches, des chasses, étaient affectées à l'entretien du doge, qui portait un riche costume , avait une foule de serviteurs, et dont les louanges étaient chantées à l'église. Il intronisait les prélats, bénissait le peuple , nommait les avoués des églises du domaine public , et jugeait les procès ou bien envoyait des commissaires pour les juger; mais, d'un côté, son pouvoir était contenu par l'aristocratie, et de l'autre, par le peuple encore mobile et prompt à la révolte. Déjà douze doges avaient été élus, fils du doge vivant, tant on craignait que cette dignité, comme il arrivait dans le système féodal du continent, ne devînt héréditaire, Néaumoios Otlion Orseolo, successeur de Pierre, fut chassé par le peuple, et l'on établit que nul doge ne pourrait s'associer aucun parent ni désigner sou successeur. L'autorité du doge fut restreinte par l'obligation de ne délibérer qu'avec deux tribuns; puis on lui enleva la nomination des juges, en instituant le magistrat del Proprio. Le doge cependant était encore élu par tout le peuple, ce qui occasionnait de fréquentes séditions parmi les aspirants.
Venise ne se ressentit nullement de la guerre des investitures, puisque le doge ne les conférait pas : il nommait le primicier et les chapelains de Saint Marc; le peuple et le cierge continuaient à élire les évêques. Le patriarche, créé plus tard, recevait son 11*31tement de l'État ; il restait donc étranger aux prétentions féodales des prélats du continent. Les terribles incendies dont elle soutffrit fournirent à Venise l'occasion de montrer, par des constructions belles et solides, combien le commerce l'avait enrichie, d'autant plus qu'elle n'avait ni mines, ni bétail, ni vin, ni d'autres productions. En effet, ayant accru le nombre de ses navires, soit pour son commerce, soit pour sa protection, Venise se trouva maîtresse de la Méditerranée. Ses constitutions et ses lois avaient pour objet la prospérité mercantile ; elle attirait lesétrangers par des privilèges, parla sécurité qu'elle leur offrait, par une bonne monnaie et une prompte justice. Le doge pouvait être négociant , et, dans quelques traités, on trouve stipulée l'exemption de tous droits pour ses marchandises; mais plus tard il fut établi qu'il liquiderait ses comptes en montant sur le trône.