‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 243 sur 365 · GÊNES. PISE · texte numérisé non relu

GÊNES. PISE

galères étaient petites et manœuvrées par des rames courtes; aussi, quand ils voulaient diriger une expédition contre des villes de l'intérieur, ils tiraient la galère sur le rivage, et les voiles servaient pour le campement, les bancs pour donner Tescalade, les rameurs pour construire et mouvoir les machines de guerre.

La superbe Gènes, au pied de stériles montagnes, baignée par une mer peu poissonneuse, était obligée de chercher dans la navigation ses moyens d'existence. Déjà, à la fin du neuvième siècle, elle savait se protéger elle-même, avec un gouvernement simple, propre à garantir les franchises du peuple, à l'attacher à sa patrie et aux affaires. Les nobles jouissaient de privilèges essentiels; néanmoins, ils étaient élus par le peuple de même que le parlement, qui délibérait sur les intérêts communs et recevait les comptes rendus par les magistrats sortants. Le commerce en grand était fait par les nobles, les cadets peut-être des familles qui avaient des fiefs sur la rivière. Or, comme les Génois étaient obligés de lutter sans cesse contre les musulmans, et de défendre contre eux ou de leur enlever les échelles du Levant, ils joignaient la profession des armes à celle de marchands. Quiconque pouvait mettre dans les banques de gros capitaux obtenait la considération ; dès lors, la distinction de races nobles et ignobles disparaissait, et les citoyens se divisaient plutôt en compagnies, tribus ou maîtrises. On n'y pouvait entrer qu'après avoir prêté le serment d'usage, et celui qui n'en faisait pas partie aspirait en vain aux charges publiques , dont la nomination leur était réservée. La noblesse ne s'y fondait donc pas sur les terres, mais sur les banques, la navigation, le crédit, les magistratures continuées.

Son commerce actif dans le Levant faisait de Gênes la rivale de Venise; sa situation maritime la mit bientôt en lutte avec Pise. Cette ville, déjà renommée pour son commerce à l'époque des Romains, conserva quelque indépendance même sous les Lombards, puisque Grégoire le Grand se plaignait des pirateries exercées par les Pisans contre les sujets de l'empire, et qu'il exhortait ce peuple avec Sovana de Maremma à soutenir l'empereur Maurice. Plus tard, elle fut peut-être soumise au duc de Lucqi>es, qui, au temps de Charlemagne, était chargé de protéger les côtes contre les courses des Grecs. Othon II, quand il voulut guerroyer contre les Grecs de Calabre et de Sicile, envoya demander des secours aux Pisans. On raconte que ses messagers étaient sept barons de l'empire, qui, après la mort d'Othon, s'é-

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tablirent à Pise, et devinrent la souche des sept familles des Visconti, Godimari, Orlandi , Verehionesi , Gualandi, Lanfranchi, Sismondi ; quelques-uns ajoutent les Caetani et les Ripafratta : ces familles formèrent une noblesse distincte de l'indigène. Les marquis de Toscane résidaient alternativement dans cette ville et à Lucques ; de là, une jalousie et, par suite, une guerre en 1003, qui est la première entre deux villes d'Italie dont il soit fait mentiou. Pise remporta la victoire à l'Aqualunga.

lùitre la ville et la mer s'étend une plaine dont la pente est si faible qu'il s'y forme des marais rouverts de roseaux ; puis l'Arno, qui coulait alors auprès de ses murailles et qui maintenant la traverse, n'est pas un fleuve suffisant pour lui servir de port, comme la Tamise pour Londres, l'Escaut pour Anvers, le Tage pour Lisbonne. Elle fut donc obligée de s'en créer un, qu on appela Porto Pisano, à douze milles de la ville et voisin de Livourne, en face de i'écueil dit la Meloria, rendu fameux par de sanglantes batailles.

Pise avait des relations avec les Grecs de la Calabre, un comptoir dans les ports principaux de cette province, et recevait dans le sien des marchands de pays très-éloignés (l). Avec les richesses acquises par le négoce, elle rendait fertiles le delta desséché de l'Arno et les rivages de la mer Tyrrhénienne. Les nobles des collines, du val de Nievole àl'Ombrone, lui demandèrent le droit de cité ; ceux qui pouvaient se soustraire à la domination des marquis de Toscane accouraient dans seS murs ; de grands seigneurs avaient des palais dans son enceinte et des châteaux aux environs, et la noblesse exerçait sou intelligence en gouvernant la patrie et les pays lointains. Pise fut, en général, favorable aux empereurs : partialité qui devient, pour ainsi dire, le caractère de son histoire.

De la côte, dont elle était maîtresse depuis S^erici jusqu'à Piombino, à l'exception de quelques châteaux de seigneurs, elle jetait des regards de convoitise sur la Corse et la Sardaigne. Cette île, considérée autrefois comme un des greniers de Rome, fut envahie tour à tour par des Vandales, des Goths et des

(1) Donnizone se plaint que la comtesse Béatiix ait été ensevelie à Pise, parce qu'il y a dans cette ville {grande al'llueiice de païens, Turcs, Africains, Chaldeens :

Qui pprgit Pisas, videt illa monstra marina :

Ha?c urijs Pa^aiiis, Turcliis, Libycis, quoqiie Parthis

Sordida ; Chaldifii sua lustrant litora tetri.

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