PISE. LA SARDAIGNE
Grecs; enfin Mugheid al-Ameri, roi maure, y établit une bande de corsaires, tandis que les montagnards abritaient au milieu des rochers les croyances et les mœuis nationales, qu'ils ont conservées jusqu'à nos jours. Le voisinage des corsaires maures occasionnait de grands dommages à Pise, qui, excitée par le pape, en paix avec Gênes et secourue par les naturels, força le roi maure à se retirer en Afrique. Chaque année, Mugheid al-Araeri faisait une tentative pour recouvrer l'ile; les Pisans résolurent alors d'attaquer les côtes barbaresques, prirent Boue, et, après avoir menacé Carthage, l'obligèrent à demander la paix. L'indomptable vieillard, aidé par des auxiliaires venus d'Espagne, recommença la lutte, égorgeâtes garnisons pisanes, et se rendit maître de la Sardaigne entière, Cagliari excepté. Les citoyens de Pise se décourageaient devant un ennemi toujours renaissant ; mais les nobles se préparèrent au dernier effort Aidés par Gênes , par les Malaspina, marquis de Lunigiana, par Centilio, comte de Mutica en Espagne, ils armèrent une flotte dont le commandement fut confié au plébéien Gualduccio ; les troupes débarquèrent, battirent les Maures et firent prisonnier Mugheid al- Ameri, qui mourut à Pise dans les fers.
L'ile entière appartint alors aux chrétiens, qui se la partagèrent : les Génois eurent AIghero; le comte de Mutica, Sassari; les Malaspina, les montagnes ; les Gherardeschi, le détroit de Cagliari; les Sismondi, Ogiiastra ; les Sardi, Arborea; les Cajetani, Oriserto. Bientôt ces mêmes seigneurs s'affranchirent de toute dépendance envers la métropole, et cinq d'entre eux, principalement, dominèrent avec le titre de juges ou de rois de Cagliari, Sassari, Logodoro, Arborea, Ogiiastra.
Ces faits, et plus encore leurs détails, ne sont pas très-certains ; cependant ils vivent dans de vieilles traditions, parmi lesquelles on trouve que, au moment où les Pisans faisaient voile sur la Sardaigne, Mugheid al-Ameri tenta de surprendre leur ville, et qu'il était déjà maître de la rive gauche de l'Arno, lorsqu'une certaine Cinzica, de la famille des Sismondi, appela le peuple aux armes et repoussa l'ennemi. Le fait valut le nom de Cinzica au quartier situé au delà de l'Arno, et fut l'origine de la fête du Pont, bataille qui se livrait sur le pont de l'Arno, feinte dans l'intention, mais qui souvent devenait trop réelle.
Les Pisans assaillirent de nouveau les Arabes de Sicile. Ayant trouvé dans le port de Palerme ^ix navires chargés, ils en brûlèrent cinq, et conduisirent l'autre dans leur patrie avec de riches