LA. SARDAIGNE
dcpoiiilles , qui leur servirent pour construire leur merveilleuse cathédrale (l).
Lorsque la plèbe dévote, à la Pàque de, 1113, accourait à Pise pour recevoir la bénédiction, l'archevêque Pierre fit apporter une croix, et dépeignit avec des paroles d'une grande force les cruautés exercées par les Barbaresques dans leurs courses, et surtout par Nazaradech, roi de Majorque, dont les bagnes, disaiton, renfermaient vingt mille chrétiens; il exhorta les citoyens à s'armer pour rendre ces frères malheureux à la liberté, à la religion du Christ. Les premiers qui répondirent à cet appel furent les vieillards, dont les souvenirs étaient encore pleins des autres victoires remportées sur les Sarrasins; les jeunes gens les secondèrent, et douze citoyens, choisis pour diriger l'expédition, mirent à la voile avec les secours de Rome et de Lucques, outre le légat pontifical. Egarés dans leur route, ils crurent néanmoins qu'ils avaient abordé aux Baléares, et commencèrent à dévaster; mais, découvrant enfin qu'ils se trouvaient sur les côtes de la Catalogne, ils suspendirent leurs ravages et sollicitèrent le concours de Raymond, comte de Barcelone, de Guillaume de Montpellier, d'Emeric de Narbonne, avec lesquels ils s'emparè-
(1) L'événement est attesté par celte inscription qu'on lit sur la cathédrale :
Anne quo Christus de Virgine nalus, abillo Transierant mille decies sex tresquesubinde. Pisaiii cives, celebri virtute poteutes, Istius ecclesiœ primordia dantur iuisse Anno quo Siculas est stolus factus ad oras, Quod simul multa cum classe profecli Omnes majores, medii, pariterque minores Intendere viam primam sub sorte Panonnum Intrantes, rupta poitus pugnando catena.
Sex capiunt magnas naves, opibusque repletas, Unam vendentes, reliquas prius igné cremantes; Quo pretio niuros constat bos esse levalos. Post bine digressi parum, terraque politi, Qua fluvii cursum mare sentit solis ad ortum, Mox equitum turba, pedilum comitante caterva, Armis accingunt sese, classemque relinquunt, Invadunt bostes contra sine more furentes. Sed prior incursus mutans discrimina casus, Islos viclores, illos dédit esse fugaces, Quos cives isti ferienles vulnere tristi Plurima pro porlis straverunt millia morti : Conversique cilo tentoria litore ligunt, fgnibus et ferro vasiantes omiiia rircum : Victores victis sic fada cœde reiiclis, IncoluiBCS multo Pisam rediere triumplio.
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rentd'Iviça et de Majorque, où ils firent un grand butin, emmenant le roi et la reine, qu'ils baptisèrent.
Les chroniques de Florence, qui respirent la jalousie municipale, racontent que les Pisans, dans la crainte que leur ville ne fût molestée par les citoyens de Lucques pendant leur expédition, prièrent les Florentins de veiller à sa sûreté. Vainqueurs, ils demandèrent aux gardiens de leur ville ce qu'ils désiraient, comme récompense, parmi les dépouilles de Majorque, et leur offrirent les portes de bronze ou deux colonnes de porphyre. Les florentins préférèrent les colonnes, et les Pisans les leur envoyèrent revêtues d'écarlate; mais on dit qu'avant de les expédier, ils les détériorèrent en les faisant passer parles flammes (l). Ce sont les colonnes que l'on voit encore à la porte du beau Saint- Jean.
Les Génois, mécontents du partage de la Sardaigne, refusaient de s'en éloigner, et les Pisans durent les expulser les armes à la main. Ce fut une source de jalousies et de rancunes, qui éclatèrent ensuite au sujet de la possession de la Corse, île très-importante pour le bois de construction, la poix, le goudron, et parce qu'elle assurait le commerce de la mer occidentale. Elle était tombée sous la domination des Vandales, puis des Goths, dont le roi Théodoric l'avait dotée d'institutions, créant même exprès pour elle un comte, afin que ses habitants ne fussent pas obligés de venir plaider sur le continent. Les Lombards, dépourvus de marine, n'avaient pas songé à la soumettre; la Corse resta donc sans opposition sous l'autorité des empereurs grecs, qui l'écrasèrent sous le poids d'une administration détestable, d'autant plus que les persécutions religieuses aggravaient les inconvénients d'un pouvoir éloigné. Elle fut ensuite envahie par les Arabes, de la domination desquels est encore un témoignage vivant le Maure avec les yeux bandés qui figure dans ses armoiries. Selon la tradition, un Colonna de Rome l'aurait enlevée aux infidèles et gouvernée comme roi. Il est certain qu'elle fut, comme tous les pays d'alors, partagée entre divers seigneurs sur lesquels les Pisans voulaient avoir le haut domaine pour renforcer leur parti. Les Génois l'ambitionnaient aussi comme une compensation ou un contrepoids à la Sardaigne; mais les petits seigneurs de l'île, qui supportaient avec impatience la domination de cités marchandes, préféraient le pape, que Ton cousidé-
(1) RicoRDANO Malaspim, cli. 76 ; Jean Villani, liv. IV, ch. 31.
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