‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 251 sur 365 · PÈLERINAGES EN TERRE SAINTE · texte numérisé non relu

PÈLERINAGES EN TERRE SAINTE

Les pénitences publiques étaient souvent converties en pèlerinages, ce qui déplaisait a Charleraague, parce qu'il voyait dans cet échange une occasion de faire des dupes ; il lui semblait que les coupables, au lieu de vagabonder nus et chargés de fer, rachèteraient beaucoup mieux leurs péchés en restant dans un même lieu pour travailler, servir et faire les pénitences canoniques (1). On ne tint pas compte de son avis; au contraire, on vit se multiplier les pèlerinages, qui se dirigeaient surtout vers les lieux de la Palestine où s'étaient accomplis les grands mystères de l'attente et de la rédemption. Là, chaque glèbe portait la trace d'un patriarche ou d'un apôtre ; les récits de la première enfance comme les études de l'âge mûr étaient pleins des noms de ces lieux. Les cantiques de Salomon , les lamentations de Jérémie, les malédictions d'Isaïe, les instructions de l'Evangile, les rendaient familiers et chers comme une seconde patrie. Les hommes accouraient en foule pour visiter la Palestine dès les premiers temps du christianisme , mais surtout depuis la conversion des peuples germains, passionnés pour les courses lointaines et aventureuses , entraînés par l'ardeur d'un zèle récent.

En 850, un diacre de Spolète, meurtrier involontaire de son frère, se rendit à Rome pour recevoir la pénitence de son crime ; il fut envoyé aux lieux saints, les bras et le cou chargés de chaînes de fer, jusqu'à ce qu'il obtint son pardon. Daufer, noble de Bénévent, pour avoir tué Grimoald, prince de Bénévent, ût le voyage de Jérusalem en portant dans la bouche une pierre assez grosse, qu'il n'ôtait que pour manger (2). Nous avons vu les concubinaires de Milan condamnés à faire ce pèlerinage, et Herlembald aller chercher en Palestine le courage de les combattre. Grégoire VII imposa pour pénitence à Oncio, qui l'avait emprisonné, de visiter la terre sainte. Ou prétend que plusieurs Vénitiens, à l'exhortation de Sergius IV, se transportèrent à Jérusalem vers l'an 1009; l'un d'eux, Gérard Sagredo, y trouva la mort et la sépulture. Son fils hérita de son nom et de sa piété; devenu moine et prieur de Saint Georges Majeur, il voulut visiter le saint sépulcre ; mais une tempête le jeta sur un rivage inconnu, où un moine lui persuada d'aller plutôt convertir la Hongrie. En effet, il lit une grande moisson dans ce pays, où il obtint un

(1) Baix'ze, Capitulaires, iiv. iV, Append.

(2) Antiq. M. JE., w. 328; et Anomym. Salrenit , 42.

F£L£BINiL&£S £N TERRE SAINTE. 391

évêché, puis le martyre; depuis cette époque, il est vénéré en Hoiifirie et à Venise sous le nom de saint Gérard (1).

L'an 1000, deux pèlerins, à leur retour de la Palestine, surpris par un miracle, s'arrêtèrent dans la vallée du Tibre, et bâtirent un oratoire où ils déposèrent des reliques ; c'est la dévotion pour ces restes sacrés qui donna naissance à la ville de Sansepolcro. Le monastère de San-Vito, dans le Lodi<;ian , fut construit, en 1030, par un certain Hildérad de Comazzo, noble et vivant sous la loi ripuaire ; il s'exprime ainsi : « Ayant commis un grave « méfait, je pensai l'expier par un pèlerinage outre-mer; mais le « pontife, auquel je me confessai, trouvant la pénitence légère, « m'ordonna de visiter trois fois le saint sépulcre et cent sanc- « tuaires, nu-pieds, sans cheval ni bâton, sans m'approcher de « ma femme, sans manger de viandes et sans rester le jour où « j'aurais passé la nuit. Incapable de supporter une telle péni- « tence, je tombai à ses genoux en le suppliant de l'alléger; at- « tendri par ma prière, le pape m'ordonna de fonder ce monas- « tère et de lui offrir la dime de tous mes biens (2). » Or ces biens, outre plusieurs droits lucratifs, comprenaient 4, 464 perches, et le monastère, chaque année, fournissait un denier d'or au saint sépulcre.

Des caravanes de dévots partaient tous les ans de l'Europe entière, mais surtout de l'Italie et de Rome. Après avoir communié et reçu les bénédictions exprimées par des prières qui sont encore dans le rituel , ils endossaient la robe de bure , prenaient le bourdon, un chapeau à larges bords, attachaient un bissac sur le dos, et s'en allaient outre-mer, d'où ils rapportaient des palmes et des coquilles, qu'ils déposaient à leur retour, avec solennité, dans l'église de leur pays.

Raymond de Plaisance, ayant perdu dans le commerce toute sa fortune, résolut d'accompagner une de ces bandes. Mais sa mère ne voulut pas se séparer de lui ; après avoir entendu ensemble la messe solennelle du pèleiinage et r<çu le bourdon avec la besace, ils se mirent enroule. Leurs dévotions terminées, ils revenaient sur un navire, lorsque Raymond tomba gravement malade. Les marins voulaient le jeter à la mer, dans la crainte que sa mort ne portât malheur au navire; mais sa mère les détourna de ce projet, et il guérit. Lorsqu'ils furent débarqués, la mère tomba

(1) CicoGNA, Iscrizioni «cwe^e, tome V.

(2) GiDLiNi, Memorie milanesi, part, ui, p. 500.

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