PÈLERINAGES EN TERRE SAINTE
malade son tour, et mourut. Raymond retourna seul à Plaisance, où il déposa le rameau sacré, qui lui valut le surnom de Palmier.
Les pèlerins, qui, de toute l'Europe, se rendaient dans la Palestine, avaient coutume de traverser l'Italie, au grand avantage des villes maritimes; en effet, outre les bénéfices du transport, elles gagnaient encore dans les foires que les caravanes des musulmans tenaient à Jérusalem , une des villes sacrées même dans la révélation de Mahomet , et notamment sur le Calvaire le jour de l'Exaltation de la croix. Les navires trouvaient encore dans les ports de Syrie des occasions d'utiles échanges.
La piété faisait un devoir de secourir les dévots : on fondait des hospices pour eux ; Bernard de Mentone en bâtit deux sur le grand et le petit Saint-Bernard ; un autre s'élevait sur le mont Cenis, Venise , dans le dixième siècle, avait pour leur usage un hospice à la Giudecca, puis, dans le siècle suivant, à Sainte-Hélène, à Saints-Pierre-et-Paul de Castello, à Saint-Clément.
Les pèlerins avaient dû souvent recourir aux armes pour se défendre. Lorsque le furieux calife d'Egypte, HakemBamrillah, lOH. persécuta les chrétiens de Syrie, le pape Sylvestre II exhorta les Italiens à les protéger, et les Génois unis aux Pisans firent des courses dans ces parages. La mort de Hakem suspendit les menaces. Les Italiens convinrent de payer un tribut au nouveau calife Daher Ledinillah, pour vivre en sûreté dans la Palestine; les Araalfitains obtinrent de lui l'autorisation de construire, près de l'église de Saint-Jean, un hôpital pour les voyageurs d'Occident, avec une riche dotation qu'ils envoyaient d'Europe chaque année. Telle est l'origine des Hospitaliers de Saint-Jean, qui ont existé jusqu'à notre époque sous le nom de chevaliers de Malte.
Nous avons déjà raconté comment les musulmans avaient occupé la côte septentrionale de l'Afrique, pour envahir ensuite la Sicile et l'Italie méridionale, en faisant des courses continuelles sur la Méditerranée, au grand dommage des navires et du littoral ; de quelle manière Jean XIV et les Pisans s'étaient conduits contre eux, et comment enfin, battus par les Normands, ils avaient nonseulement renoncé à la domination de l'Italie, mais s'étaient vus en Sicile réduits à une condition servile.
Dans d'autres lieux, néanmoins, les menaces des musulmans recommencèrent avec plus de violence, non-seulement contre la terre sainte, mais contre toute l'Europe, lorsque de nouvelles hordes septentrionales ranimèrent la fureur des partisans du pro-
PIERRE l'ermite. 393
phète; je veux parler des Turcs Seldjoucides, qui, après avoir eu- ,o-g valii la Syrie , y massacrèrent les chrétiens et les musulmans , également coupables à leurs yeux de croire qu'un Dieu s'incarnât. On sentit alors le besoin de prévenir le danger en assaillant l'ennemi ; Grégoire YII invita les chrétiens à prendre les armes, afin d'aller combattre pour le Christ, en proposant de les conduire lui-même aussitôt qu'il aurait dompté ses adversaires (l). C'est donc à lui qu'appartient la première idée des croisades , et, chose remarquable, il ne cite même pas le saint sépulcre, nom qui faisait naître alors l'émotion, comme il devint plus tard un prétexte. Le motif qu'il invoque, c'est le besoin d'étendre le royaume du Christ, de repousser l'islam, de rendre à l'empire les provinces que lui ont enlevées les Seldjoucides, de le réunira l'Église latine comme le promettait l'empereur Michel Parapinax, d'établir dans l'Arménie la domination des chrétiens et de repousser les Turcs dans les déserts de la Tartarie. Victor III continua ces exhortations dans son bref pontifical ; puis, après avoir tenu un concile avec les évèques et les cardinaux, il réunit de toutes les contrées d'Italie une armée chrétienne, à laquelle il donna l'étendard de saint Pierre et des indulgences plénières (2). Dans cette expédition, le rôle principal fut joué par les Génois et les Pisans, qui envahirent les côtes d'Afrique, dont les dépouilles leur servirent à embellir les églises de leur patrie.
Le cri de la guerre sainte en Italie n'était donc pas nouveau , lorsqu'un certain Pierre, ermite d'Amiens, se rendit en pèlerinage à Jérusalem. Touché des souffrances dont les infidèles accablaient la population chrétienne et les dévots étrangers, il parcourut l'Italie et l'Europe, invitant au nom de Dieu les peuples à délivrer la Palestine de la honte de la servitude étrangère. Dans une époque où prédominait le sentiment religieux, cet appel fut entendu ; toute la chrétienté s'agita au cri de Dieu le veut, et l'on commença les expéditions connues sous le nom de croisades. Le
(i) Speramus etiam ut,pacatis Normannis, iranseamus Constantinopo- Uni in adjutorium Christianorum. Epist. ii, 37. Cinquante mille clirétiens, disait- il, étaient prêts pour cette expédition.
(2) Msluabat ingenti desiderio Victor cipostolicus qualïter Saracenorum in Africa commorantium confunderet algue contereret infidclitalem. Unde concilio' cum episcopis et cardinalibus habito , de omnibus fere Italiispopulia Christianorum exercitum congregans, alquevexillum beati Pétri npostoli illis conlradens, snb remissione omnium peccatorum, contra Saracenos in Africa commorantes direxit. (Petrvs Dixconls, lil). m, cil. 69.)