‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 254 sur 365 · PREMIÈRE CROISADE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CROISADE

l'antipape Guilbert, qui dut s'enfermer dans le château Saint- Ange. Arrivés dans la Fouille au moment où la saison n'était plus favorable pour le trajet, ils y attendirent le printemps.

Amalfl s'était révoltée contre Roger, duc de la Fouille, qui, pour la dompter, implora les secours de sou oncle Roger, comte de Sicile. Celui-ci rassemble un grand nombre de Sarrasins de l'île (1), les joint à ses troupes et à une grosse flotte, et vient assiéger la ville. Mais, dans ce moment, le bruit de l'arrivée des chrétiens commence à se répandre, et tout à coup le cri de Dieu le veut retentit parmi les assiégeants; la haine se réveille contre les infidèles, et s'employer contre les chrétiens semble une iniquité. Roémond, prince de Tarente et frère du duc Roger, prend la croix dans l'espoir de faire quelque acquisition en Asie, où il avait déjà combattu les Grecs, et une foule d'individus se disposent à traverser la mer ; c'est ainsi que s'éteint la colère fratricide, et Amalli conserve sa liberté.

Les croisés passèrent en Épire ; mais les Grecs (qui du reste se montrèrent toujours tiedes , souvent perfides dans une guerre invoquée par eux et tout à leur avantage) prirent ombrage de l'arrivée de ces Normands, leurs ennemis naguère, et, par suite, l'occasion d'en venir aux maius ne se fit pas attendre. Boémond les battit, s'empara de plusieurs contrées et parut dans le palais de Constantinople avec une telle fierté qu'Alexis Comnène ne trouva point de meilleur expédient que de l'appeler auprès de lui, de lui laisser prendre toutes les richesses qu'il voudrait , et de le renvoyer sous ta seule condition d'en recevoir l'hommage.

Il n'entre pas dans notre sujet de raconter cette entreprise, la première qui se fit au nom de toute la chrétienté, et la plus magnifique dans ses résultats, puisqu'elle empêcha l'Europe de devenir musulmane. Nous dirons seulement que les Italiens ne s'y jetèrent point avec la même ardeur que les autres peuples; car, d'un côté (comme les Espagnols), ils n'avaient pas besoin de chercher hors de leur patrie la guerre contre les infidèles, et, de l'autre, ils faisaient un commerce actif en Syrie. Néanmoins Foulques, qui a chanté ces événements, dit que, des rives de TAdige, de l'Éridan, du Tibre , de la IMagra , du Vulturne , du Crustumino, il partit une grande foule, Ligures, Italiens (Lombards?) Toscans, Sabins, Ombriens, Lucaniens, Calabrais, Sa-

(1) Godefroy Malatena parle (le 20,000; c'est une exagération.

Page 1