LES ASSISES DU JÉRUSALEM
d'autres lils , la couronne de Jérusalem reviendrait à Roger, l'enfant de son premiermari. Après ces conditions, Adélaïdese rendit avec son riche trésor en terre sainte, où elle fut acoueillie au milieu de fêtes splendides; mais, quelque temps après, Baudouin, étant tombé gravement malade, lui avoua qu'il avait une autre épouse, et la nouvelle reine fut renvoyée sans ses richesses. Roger, son fils, en fut si indigné qu'il ne voulut jamais secourir les croisés, bien qu'il les sût dans le plus grand besoin .
Gomme un fait qui, par comparaison, peut jeter quelque lumière sur les ordres féodaux que nous avons trouvés en Italie, nous rappellerons que les seigneurs établis en terre sainte choisirent plusieurs hommes sages pour rechercher et savoir des gens des diverses terres qui étaient là les usages de leurs villes ; et tout ce que les personnes, élues à cet effet, ont pu savoir et apprendre, ils le firent mettre par écrit. Rotharis avait écrit les coutumes antérieures de son peuple. Du travail ordonné par les seigneurs sortit le code dit des Assises , et qui ne resta point étranger aux Italiens ; en effet, il fut en vigueur dans leurs nombreuses possessions du Levant, et notamment à Candie, colonie des Vénitiens, qui, pour l'usage de cette ile, le firent traduire en leur dialecte, et l'appliquèrent comme loi commune.
Les Assises, comme tous les codes et statuts du moyen âge, s'occupaient surtout de rendre la justice, et, dans ce but, il y avait deux cours séculières. Le roi était chef de la haute cour, devant laquelle se débattaient les causes entre la couronne et les barons , et des barons entre eux ou avec leurs sujets et vassaux. Les Assises , en conséquence, traitent longuement des droits féodaux, des divers modes de posséder, d'investir, d'exproprier, et surtout des jugements par le duel ; leur étude est donc nécessaire pour bien connaitre le système féodal. Un vicomte, nommé par le roi, présidait à la seconde cour, qui jugeait les causes entre bourgeois, marchands , personnes libres, sujets indigènes ou esclaves, c'est-à-dire entre les individus qui n'étaient ni investis de fiefs, ni chevaliers, ni soldats. Ces tribunaux admettaient aussi leâ preuves et les témoignages ; souvent on recourait au duel , et plus encore aux épreuves du fer rougi, de l'eau, etc.
La corruption pénétra bientôt dans le royaume de Jérusalem. Les musulmans se renforcèrent ; le généreux Saladin les ramena contre la cité, sainte aussi pour eux, et l'Europe apprit bientôt que Dieu avait perdu son patrimoine terrestre, et que Jérusalem avec le saint sépulcre était de nouveau la proie des chiens. Tous
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402 BIVEBSES CROISADES.
les peuples, pour qui elle était comme ur.e patrie commune, poussèrentdes gémissements, et demandèrent à l'envi des armes. Tan- <'*9- dis que Richard Cœur de lion , roi d'Angleterre, Philippe-Auguste de France, Frédéric Barberousse d'Allemagne, faisaient des préparatifs, Gênes, Pise, Venise, oubliant momentanément leurs querelles, accouraient, sous la conduite des archevêques de Pise et de Ravenne, au secours de Ptolémaïs assiégée. Plaisance y envoya six cents guerriers , Crémone un gros navire, les Bolonais deux mille hommes (i). Les Génois envoyaient des ambassadeurs à toutes les puissances, et offraient à Richard d'Angleterre des logements dans leur ville, un asile dans leur port et tous les navires de transport dont il aurait besoin; il agréa l'offre. Bientôt, combattant à leurs côtés en Palestine, il apprit a estimer leur courage, et adopta comme eux, pour bannière navale, la croix rouge sur champ blanc et samt Georges pour patron.
Tyr fut sauvée par le secours des Italiens; mais les discordes renaquirent bientôt, et les chrétiens combattirent entre eux, de sorte que Conrad , marquis de Tyr, dut obliger les Génois à se retirer. Les rois croisés eux-mêmes ne tardèrent pas, à la suite H93. de contestations , à prendre les armes les uns contre les autres, et la troisième expédition eut une issue malheureuse.
A la quatrième , l'ardeur religieuse était si tiède qu'il fallut offrir de l'argent pour que le peuple s'armât, et l'empereur Henri VI promettait trente onces d'or à quiconque se croiserait ; mais ce monarque songeait moins à recouvrer la terre sainte qu'à s'assurer par les armes des fidèles le royaume de laPouille, comme nous le verrons plus tard.
Les croisades, par le mouvement de la population entière, par le mélange des idées, par l'exaltation des esprits, exercèrent une influeuee générale ; à ce titre, elles nous intéressent beaucoup plus que les faits particuliers. Pendant deux siècles, on regarda comme une dette, contractée par tous envers le Christ, de prendre les armes de croisé : les villes envoyaient une foule de braves :
(1) Gliirardacci (livre m) prétend connaître les noms des principaux croisés de Bologne : Orso Caccianemici, Mino et Faccio Galluci, Schiappa Garisendi, Guido Giilfoni, IMerie Asineili, Guattero Maccagnami, Prendiporte Preudiporli , Giandonato Malavolli, Particone Caslelli, Bacellieio Bacellieri, Torello Torelli, Uherto Glii^ilieri, Barthélémy Cailn)nesi, Aiteniisio Arteinisi, Nicolas Rodaldi, Albert Tencarari, Testa Gozzadini , Albert Bianclietti, Albero Magarolti, Pierre Ligapassari, Jean Sempliciali , Denis Maranesi , Ludovico Masini. Il cite aussi ceux de la croisade de 1218.