‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 257 sur 365 · AUTRES CROISADES. LA CHEVALERIE · texte numérisé non relu

AUTRES CROISADES. LA CHEVALERIE

le prince , au moyen d'emprunts garantis par ses domaines, se procurait de grandes sommes d'argent; l'ecclésiastique engageait ses bénéfices, et le baron aliénait ses fiefs; le poète en attendait un laurier non périssable, et le moine , la palme de la persévérance dans la foi; la jeune fille, le vieillard, la religieuse, ne s'effrayaient pas devant des dangers si divers.

Les croisés étaient exempts des péages ; les nobles , dans les contrats de mariage, se réservaient la liberté de se croiser. Une femme pouvait empêcher son mari de s'enfermer dans un couvent, mais non de prendre la croix ( l ), quand même il lui laisserait des enfants. Si quelqu'un ne savait comment échapper à un ennemi mortel, il se croisait; quiconque voulait obtenir de l'Église le pardon de ses fautes en faisait autant. Les riches et les grands croyaient acquérir du mérite, lorsqu'ils partageaient avec les gens les plus infimes toutes les incommodités des croisades. Des milliers d'individus juraient de ne pas revenir dans leur patrie avant d'avoir délivré la terre sainte ; quiconque manquait à son vœu n'était plus reconnu pour un fils par l'Eglise, et les hommes d'honneur le regardaient comme lâche. Les pèlerins, entretenus par la charité publique, chantaient joyeusement la terre promise , la patrie du Sauveur, le berceau des saints Pères, le théâtre de la réconciliation avec Dieu; après la mort d'une foule de victimes, on bénissait le Seigneur que ces nouveaux témoins de sa foi fussent montés au ciel. Lorsque l'heure suprême était venue, on voulait être revêtu de la tunique que l'on avait en visitant le le saint sépulcre ; les Pisans apportèrent de la Palestine assez de terre pour remplir leur cimetière , afin d'être ensevelis en terre sainte.

Les croisades firent germer la chevalerie au sein de la féodalité et de l'importance personnelle; tout chevalier était tenu de déployer un grand courage dans les épreuves les plus difficiles, de les rechercher même, soit dans les tournois et \ës joutes , soit <1ans de lointains pays et des entreprises périlleuses , mais surtout avec la pensée de défendre le beau sexe, les prêtres et son seigneur ; on ne parlait pas encore de la patrie. La plus grande force de

(l) Innocent ni, epist. xvi : Cum constet qiiod , vocafos ad terrent régis exercitum, uxoruin non impedU contradictio; Uquet quod ad suinini régis exercitum lavUntos, et ad illum proficisci volenlcs, prxdicta non débet occasio impedire, cum per hoc matrimoniale vinculum non solvatur.

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