‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 259 sur 365 · MOEURS CHEVALERESQUES · texte numérisé non relu

MOEURS CHEVALERESQUES

précisément parce qu'il était commun , se recommandaient à ceux qui se trouvaient autour du patriarche : « Quand ils se trou- « valent près de lui sur son chemin, on les élevait en haut, et « on leur ôtait le capuce porté communément; puis, lorsqu'ils <• avaient reçu le soufflet en signe de chevalerie, on leur mettait " le capuce neuf avec la broderie d'or, on les tirait de la foule, « et ils étaient faits chevaliers (1). » Charles, lors de son couronnement à Bologne, « touchait avec son épée la tète de quicon- « que voulait être chevalier, en disant : Esto miles. Mais la foule « des solliciteurs qui se pressaient autour de lui, en criant : Sire, « sire, ad me, ad me, fut si grande que Charles, fatigué et suant, « dit à sescourtisans : Nopuedo mas. (Je n'en puis plus.) Alors, in- « clinant son épée sur tous, il ajouta : Estote milites todos, todos ! « et les assistants partirent faits chevaliers et très-contents (2) ». Excellent moyen d'avilir une institution, ce qui, d'ailleurs, convenait à ces orgueilleux étrangers, dont l'épée venait effacer les glorieux souvenirs de l'Italie, et qui substituaient aux sentiments nobles et généreux le calcul et l'ohéissance sans conditions. La chevalerie, il est vrai, avait alors fait son temps, mais non sans avoir produit d'heureux résultats. Au milieu des peuples armés, en face du droit universel de la force, on l'entendit proclamer la loyauté et la fidélité : le bras du preux fut armé pour défendre le faible et faire trembler le tyran ; la veuve et l'orphelin trouvaient des braves qui, pour soutenir leurs droits, proposaient le duel judiciaire à l'usurpateur de leurs biens ; le châtelain entendait de sa tanière retentir le cor du chevalier, qui le défiait en combat singulier pour lui prouver qu'il était un vilain traître, un tyran sanguinaire. Cette institution, très-opportune dans un temps où nul pouvoir social ne suffisait pour imposer un ordre intérieur ou protéger les'individus, convertissait l'éducation militaire en puissant instrument de sociabilité. D'autre'part, au contraire des institutions de la féodalité, elle faisait prévaloir le mérite sur la naissance , au moyen d'une noblesse différente de l'aristocratie germanique et féodale, noblesse créée par la valeur d'abord, toujours par des qualités personnelles ; à la puissance inhumaine et stationnaire des propriétaires elle en opposait une autre, généreuse et mobile, animée de sentiments élevés, de la passion delà gloire,

(1) Mathieu Villani, ad aun.

(2) Lettera inedita, etc. Bologne, 1841.

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