‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 260 sur 365 · BLASON. ORDRES CHEVALERESQUES · texte numérisé non relu

BLASON. ORDRES CHEVALERESQUES

et dirigée par une scrupuleuse loyauté; l'inviolabilité de la parole et la délicatesse du point d honneur donnaient une dignité, exagérée quelquefois, mais qui devint le caractère des temps modernes.

Cette communauté, non de symboles et de rites, autant du moins qu'on a paru le croire, mais de sentiments, associait fraternellement les hommes de nations diverses, qui cessaient de se regarder comme ennemis dès qu'ils étaient chevaliers. Une jeunesse , qui recherchait la fatigue des combats ou le repos des courtoisies, et, par devoir, consacrait son courage à la justice et à la religion, accrut l'amour des pompes, des tournois, des cours plénières, qui étaient aussi un nouveau repos au milieu du cliquetis des armes ; elle introduisit le culte de la femme, vénérée comme la protectrice de la chevalerie, et qui devenait le juge et le prix des prouesses et des combats. Le bras du fort fut soumis à l'irrésistible puissance de la faiblesse, et les nobles, qui puisaient tout leur orgueil dans la force, cherchaient à briller par la gentillesse ; grâce à leur contact avec les autres et à leur désir de se distinguer dans les cours, ils remplaçaient leur sauvagerie par ces manières qui prirent le nom de courtoisie.

Les premiers croisés dessinaient sur leur bouclier la croix, qui attestait leurs prouesses dévotes, tant qu'ils vivaient, et devenait ensuite, conservé dans la famille, un témoignage pour la postérité. A ce caractère simple s'ajoutèrent plus tard d'autres signes, qui exprimaient les hauts faits dans un langage nouveau; ces boucliers, suspendus dans les châteaux paternels, se transmettaient comme un titre de l'illustration des familles, devenaient ainsi des marques distinctives des maisons, qui n'avaient d'abord que le nom du fief, et consolidaient la société en la rattachant aux souvenirs.

Les ordres militaires sortirent aussi de la chevalerie et des croisades. Nous trouvons un ordre d'hospitaliers, dès 952, à Altopascio en Toscane, avec la tâche d'héberger les pèlerins, d'assister les voyageurs, d'entretenir les routes et les ports ((). A la magnifique tour, d'où l'on domine toute la vallée de Nievoie, une cloche sonnait le soir pour diriger au milieu de l'obsciH'ité les individus (|ui n'avaient pas encore traversé les forêts marécageuses de la Cerhaja.

Un ordre d hospitaliers, dont le prieur, Gérard de la Scala,

(1) Lami , Mem. délia Chiesa fiorenlina, tome l, p. 306.

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au temps des croisades, arma ses frères pour aider l'entreprise, était attaclié à l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, fondé par les Amalfitains, comme nous l'avons dit. Ainsi fut altéré leur caractère primitif. Néanmoins, bien qu'ils soignassent les malades et les pèlerins, ils combattaient souvent les infidèles; de là sortit cet ordre noble, fameux dans la suite sous le nom de chevaliers de Saint-Jean, de Rhodes et de Malte. Les templiers, l'ordre Teutonique et d'autres, étrangers à l'Italie, se fondèrent successivement. Il nous suffira d'indiquer les chevaliers de Saint- Lazare, qui portaient la croix verte et se consacraient à soigner les lépreux et à défendre les lieux saints ; transférés plus tard dans la France, et réunis, en 1572, avec autorisation de Grégoire XIII, à l'ordre de Saint-Maurice fondé par Amédée VllI de Savoie en 1434, ils se sont conservés jusqu'à nos jours dans le Piémont.

Un ordre particulier à l'Italie fut celui des frères Gaudents de Sainte-Marie-Gloriense, institué en 1 204 par Loderingo d'Andalo conjointement avec Gruamonte Caccianemici et Ugoliuo Capreto de la famille des Lambertini, nobles boulonais, un citoyen de Reggio, le Modénais Ranieri des Adelardi et autres, à la suggestion de frère Barthélémy Breganze, évéque de Vicence, puis canonisé; Urbain IV leur donna son approbation (l). Ces chevaliers devaient être nobles de père et de mère ; ils suivaient la règle des dominicains, sans être astreints au célibat ni à la vie commune. Ils portaient le manteau blanc, et, sur champ de même couleur, une croix vermeille surmontée de deux étoiles. Protéger les veuves, les orphelins, les pauvres, et s'entremettre dans l'intérêt de la paix, telles étaient les obligations qu'ils contractaient. La commune de Boulogne les exempta de toutes les charges réelles et personnelles, et leur accorda d'autres privilèges; les villes d'Italie leur confiaient souvent la perception des

(1) Il est traité de cet ordre, négligé par les historiens des autres, dans la préface des Lettere difrà Guitton d^Arezzo, Rome, 1745. Benvenuto d'Imôla (Comm. sur le Dante, fnf. xxni) dit : A principio nwlti, videnlesformam habitus nobilis et qualitatem vita\ qvia scilicet sine lubore vitabunt onera et gravamina publica, et splendide epuIabmMir in otio, cœpeivnt dicere ; — Qtiales fratres sunt isti ? Cette sunt fratres gondcntes. — Ex hoc obfentum est ut sic vocentur vulgo nsque in hodiermnn dicm ,qmim iamen proprio vocnbulo vocentur Milites Domimc. Federicio a écrit deux volumes sur ce sujet; Petioiiio Canal, dans un mémoire, les fait venir du Languedoc , et les montre florii^sants dans les Ét;its de Venise.

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