ORIGINE DES COMMUNES
partageait l'opinion de ses contemporains, qui regardaient les communes italiennes comme une continuation des anciennes. Romagnosi incidemment , Savigny et Pagnoncelli , avec érudition , soutinrent cette opinion; Pagnoncelli aurait beaucoup avancé la solution du problème s'il eût mieux distingué les temps. Sismondi ne toucha point à la question, qui pourtant était capitale dans une histoire des républiques. D'autres écrivains , défenseurs du système des municipes à la forme romaine, ont invoqué le témoignage de Renouard ( 1 ) ; selon cet auteur , en France, et surtout dans la partie méridionale, les anciennes municipalités auraient survécu au naufrage barbare, pour reprendre vigueur et former la commune, quand l'oppression se ralentit. Dans ce travail (comme dans celui sur la langue romaine, qui a trouvé, même parmi les Italiens, des partisans irréfléchis), a-t-il apporté
j une érudition sérieuse et soutenu de bonne foi un paradoxe?.
1 Nous n'avons pas à l'examiner ici. Qu'il nous suffise de dire que,
/ dans des questions aussi délicates , il faut prendre garde d'attribuer un sens général à un fait particulier, et d'appliquer à une nation ce qui s'est accompli dans une autre.
i Les Allemands donnent une explication toute contraire. A les
■ ^ entendre, les communes italiennes seraient dérivées de la société ' germanique ; dans chaque ville, il serait resté des hommes de la ; race conquérante , c'est-à- dire libres , bien qu'ils ne possédassent pas de fiefs , et dépendants du roi seul : ces hommes se mul- ; tiplièrent au moyen des émancipations et du commerce , si bien
j \ que leur commune exclusive devint la nouvelle commune gêné-
^ raie (2).
L'éclectisme, blâmable toutes les fois qu'il berce de vérités
(1) SvvGNY, Histoire du droit romain ; ^Pagnoncelli, DelV antica origine e continuazione dei governi municipali in Italia, 1823 ; — Renouard, Histoire du droit municipal en France, 1838.
(2) C'est l'opinion de Léo, Entivickelung der Verfassung der lombardischen Stadte bis zu Frieder. I, 1824; de Raumer, Ueber die staatsrechtlichen Verhàltnisse der italienischen Stadte; d'EicurioRN, d'EcRSTEiN, de RehlmaniN-Holweg, Vrsprung der lombardischen Stadte Freiheit, IS^tG, en réfutation de Savigny, de Hegel, etc. Parmi les Italiens, elle a été soutenue par César Balbo et par Troya.
Selon Troya, les Romains, expropriés par Autliaris, cessèrentde faire partie de la commune ; il n'y eut que les Romains qui avaient survécu dans les pays où le code de Juslinien et le droit Théodosien étaient restés en vigueur, sans qu'ils fussent toutefois assimilés aux vainqueurs. Ils n'obtinrent cet avantage qu'au temps d'Othon, quand ils enlevèrent aux Francs la supériorité; ce n'était donc pas recouvrer les anciens droits, mais acquérir ceux des vainqueurs.