LA COMMUNE SOUS LES BARBARES
mée , ils restaient les hommes d'autrui , tandis que les conquérants foj-maient la classe des hommes libres , dont la loi s'occupait exclusivement ; on ne disait plus un citoyen milanais ou bergamasque , mais un Lombard ou un Romain. Le même fait se continua sous les Francs ; mais la race vaincue se rapprocha davantage des vainqueurs , si bien qu'on établit une compensation pour la vie des Romains et les offenses qu'ils avaient reçues. Chaque peuple , il est vrai , conservait ses lois propres ; mais les capitulaires émanés des Carlovingiens étaient obligatoires pour tous ; puis le droit lombard fut accompagné de gloses et de commentaires dans le sens romain , qui l'altérèrent au point , que les tribunaux jugeaient à la romaine , bien que la loi restât lombarde.
Après le démembrement de l'empire de Charlemagne, et lorsque le système féodal eut pris de l'extension, les différences d'origine s'effacèrent ; l'homme cessa d'être Lombard , Franc ou Romain, pour se dire de tel fief ou de tel seigneur, et la variété des droits fut absorbée dans l'immunité dont jouissait chaque propriétaire. Les fiefs s'introduisirent peu à peu dans les terres gouvernées par les Grecs , surtout après les conquêtes des Normands ; la nature des propriétés changea donc dans la plus grande partie de l'Italie , et chacun devint l'homme de son domaine, dont il subit les vicissitudes.
Voilà ce qui se passait dans la campagne; quant aux villes, la plupart ne dépendaient pas d'un feudataire, mais d'un comte, magistrat royal. Les comtes se rendaient toujours plus indépendants; du reste , pouvaient-ils s'appuyer sur un empereur faible et éloigné? Ainsi l'autorité royale s'affaiblissait, tandis que la puissance féodale se fortifiait. Le corps politique se trouvait divisé en une infinité de membres pour ainsi dire indépendants , et l'unité souveraine avait subi la même décomposition ; les grands vassaux agissaient donc en maîtres absolus dans leur juridiction, qu'ils considéraient comme leur patrimoine et non comme une délégation royale. Durant les interrègnes , ils traînaient en longueur la nomination du monarque , et le désiraient faible, dans la crainte qu'il ne songeât à recouvrer le domaine cédé ou usurpé. Plus tard, lorsque les violences que nous avons décrites eurent éclaté entre l'empire et l'Église, on ne vit partout que factions et partis qui flottaient au gré de leurs chefs et des événements ; d'autre part, comme il était difficile de reconnaître le roi légitime, cette confusion devenait pour chacun un prétexte de n'obéir à