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juridiction même sur les hommes libres qui vivaient sur leurs domaines ; ils purent alors établir une juridiction particulière, dans laquelle les descendants libres des conquérants, les vilains et les censitaires, la plupart d'origine romaine, furent traités sur le pied de l'égalité : voilà un embryon de la commune.
Divers pouvoirs se trouvent donc en présence. Les rois, visant à convertir la suprématie féodale en prérogative monarchique, désirent commander directement au peuple sans l'intermédiaire des barons, et dès lors cherchent à l'affranchir de la tutelle de ses maîtres. Les barons , au contraire , après de longs efforts pour assurer leur propre indépendance et convertir le domaine politique en domaine réel et personnel , avaient fini par atteindre leur but eu rendant les fiefs viagers , puis héréditaires. Enfin les races vaincues , n'étant plus accablées sous le poids excessif d'un pouvoir central, se réveillaient pour conserver ou recouvrer leurs anciennes possessions, leur leligion attaquée, leurs lois dont elles conservaient le souvenir ; elles voulaient aussi participer aux privilèges des vainqueurs, être traitées comme eux dans la' répartition des charges et l'administration de la justice. En France , les vaincus se serrèrent autour du roi , dont la force s'accrut ainsi peu à peu; ils ne purent agir de même en Italie, où l'autorité royale était associée à la puissance impériale , qui passa des Francs aux Italiens, puis aux Allemands, toujours contre-balancée par les papes et les grands vassaux.
Si, d'un côté, les seigneurs se trouvraient consolidés par l'éloignement du prince, de l'autre, ils étaient affaiblis par l'augmentation des petits feudataires et la prépondérance du clergé, qui, comme toute chose à cette époque, avait pris l'aspect féodal, c'està-dire réuni la souveraineté à ses possessions territoriales. L'Église, dans sa constitution, avait des forces analogues à celles de la commune; elle conserva, même sous les barbares, ses assemblées, sa représentation, sa juridiction particulière; seule, elle offrait des asiles contre la violence et pouvait élever la voix contre ia tyrannie. Le peuple des vaincus , sans aucun droit légal à côté do conquérant, soumettait plus volontiers ses contestations aux prêtres qu'aux barons; il préférait les hommes qui jugeaient avec sagesse et d'après la loi écrite à ceux qui tranchaient les questions par le glaive : ainsi, l'autorité ecclésiastique avait grandi , parce qu'elle était populaire. L'élévation du clergé tournait donc au soulagement du peuple; il en fut de même sous les Francs, lors-
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qu'il devint un élément essentiel de la société civile, et que les évêques entrèrent dans les assemblées législatives , qu'ils finirent par dominer. Grâce à leur haute influence sur les événements politiques, ils obtinrent des rois l'immunité pour leurs domaines, ensuite pour les villes où ils faisaient leur résidence; de sorte que la juridiction fut transférée du comte à l'évèque. Les bourgeois libres, soumis à cette nouvelle juridiction, n'avaient aucune représentation dans la constitution ; mais la prospérité du commerce et de l'industrie accroissait leur importance.
Le premier exemple certain d'immunité en Italie est de Charles le Gros, qui donne à l'évèque de Parme licence de « juger, décider, délibérer, comme le comte du palais impérial, pour toutes les choses et familles, tant des clercs que des habitants de ladite ville ». Un de ses successeurs , en 898, en confirmant toutes ses possessions à Gamenulfe , évéque de Modène , veut que, selon la coutume des autres églises, les choses de celle de Modène soient examinées en toute justice par des personnes capables et véridiques ; défense à tout comte ou curateur de la république de s'immiscer dans les affaires des églises et des monastères, d'exiger des tributs dans les propriétés, d'y séjourner, d'emmener des otages, de prendre des hommes en gage, qu'ils soient libres ou serfs, de les conduire à l'armée ou d'en exiger des services illicites; que des clercs continuent, dans ladite ville, à rédiger les actes et les citations pour les affaires ecclésiastiques; que l'Église puisse exiger, à la place du roi, les droits dus pour les routes, les ports , les ponts, et pour tout ce qui se payait anciennement à la ville et aux curateurs de la république ; qu'on puisse creuser des fosses, construire des moulins, mettre des portes et bâtir des forts dans un rayon de deux milles, ouvrir et fermer l'eau sans opposition fjubiique.
En 904 , le roi Bérenger autorisait l'évèque de Bergame à réédifier les murailles de la ville pour s'abriter contre les Hongrois, partout où cet évêque et ses concitoyens le jugeraient nécessaire ; il lui assurait la libre juridiction sur la ville de Bergame et ses districts (I). Othou II, en 973, lui renouvelait cette concession
(1) Il expose que l'évèque lui a envoyé dire eandem urbem hostili qtiadam impugnatlone deviclam, iinde mine maxime sœvorum Ungaroriim incursioiie et ingenli comitum suorumque minislrorum oppressione tenebatur, poslnlantes ut turrcs et mûri ipsiiis civitatis rexdificentur studio et labore pru'Jati episcopi, suorumque concioium, et ibi confugientiumsub defensione ecclesix beati Alexmidri, in pristinum reaedi/l-
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( omnes districtiones et pvblicœ functiones villarmn et castellorum qusB sunt incircuitu ipshis civitatis de eodem comitatu pertinentes, usque adspathnn et extensionem, per omnes partes ejnsdem civitatis, trium milliariwn ) jusqu'à Aciano et Seriate, outre le val Seriana jusqu'à Camoniea. Henri III, en 1041 , confirmait à cet évêque tout le comté bergamasque jusqu'à la Valteline, àl'Aclda, àl'Oglio, à Casai Butano, avec pleine autorité de faire et de défaire , sans qu'il put être empêché par aucune autorité supérieure.
Othon le Grand avait tellement multiplié les concessions de cette nature qu'il en fut regadé comme l'auteur universel : il assurait à l'évêque d'Aqui la juridiction delà ville et dans un rayon de quatre milles (1) ; à celui de Lodi, l'immunité pour sept milles; à celui de Novare, pour trois ; à celui de Crémone, pour cinq. Il fit de même à l'égard de Reggio , de Bologne, de Côme, dont l'évêque eut le comté de Bellinzona; celui de Florence croyait avoit obtenu de lui la juridiction de six milles.
Othon II, eu 977, concédait et confirmait à l'évêque de Pavie les possesions et le domaine : Caatella, villse, eidem episcopo subjecta, ita suh ditione episcopi maneant, ut résidentes in eis adnullius hominis placitum eant neque distringantur : sed si guis ad eis legem poposcerit, prxsentia ejusdem episcopi vel
centiir, et deducaniur in statum. Il acquiesce à cette requête , et décrète la reconstruclion de la ville de Bergame, ubïcumque prxdictus episcopus et concives necessarium duxerint... Turres quoque et jriuri, seu porta; tirbis... sub potestate et defensione supradictse ecclesiœ et pr3enom\nati episcopi suorumque siiccessorum perpetuis consistant temporibus ; domos quoque in turribus, et supra muiosubi necesse fuerit, poteslutem hubeat sedificundi, ut vigilïee et propugnacula non minuanttir, et sint sub potestate ejnsdem ecclesix beati Alexandrie Districta vero omnia ipsius civitatis, qux ad régis pertinent potestatem, sub ejusdem ecclesix tuilione, defensione et potestate pradestinamus permanere, etc. ( Ap. LtPi, livre ii. )
Le document du 13 mai 909, publié par Odorici , bien que naïf , n'en est pas moins précieux ; le roi Bérenger y rapporte que Toile Volungo et Pam- (ilo de Lanternis, legati CommUxMtatis nostrx de Lonato comitalus Brixix, après lui avoir exposé les dommages occasionnés par les Hongrois, l'ont supplié, an nom de rarcliiprètre Lupo, du clergé, de toute la plèbe du lieu, de les autoriser , puisque la rage des barbares les menaçait encore , à construire des forteresses et des muiailles pour défendre les fidèles et lescbosos saintes. Il fil droit à leur demande.
(1) Voir MoRioNDi, Monum. Aquensia, i, 7, 9, 14, 21, 26 ; — Giluni, if, 340, 353 ; — Leo, Yicende délie costituzioni délie cilla lombarde, part. III, 2.