COMMUNES DE GÊNES, DE SIENNE ET DE PISE
que Romain cause un dommage à des Génois, ils l'obligeront à le réparer, et, s'il ne le peut, ils le répareront aux frais de la commune ; ils ne souffriront pas qu'on arme à leur préjudice des navires de course, de Capodanzo à Terracine , et de Caponaro à Corneto ; ils auront pour ennemis les Pisans, et ne les accueilleront pas sur leur territoire; ils vivront en bonne intelligence avec les bommesd'AIbenga, Portomaurizio, Diano, San Komolo, Ventimiglia, si leurs consuls jurent la paix aux Génois. De leur côté, les consuls de la commune de Gênes jurent paix aux Romains aux mêmes conditions (l). »
Sienne, ville importante jusqu'au temps des Lombards, et dans laquelle on voit l'évêque jouer longtemps le rôle de chef temporel, avait déjà une commune en 1151, lorsque le comte Paltonieri donnait en gage au syndicat, pour dix ans, le château Saint- Jean d'Asso avec son district ; en 1137, w communi colloquio , plusieurs nobles de Staggia et de Strove donnaient quelques châteaux à Ranieri, évêque et chef civil de Sienne. Puis, en 1 1 8G, Henri de Souabe, Frédéric Barberousse vivant encore, accordait et confirmait à cette commune le droit de battre monnaie , la libre élection des consuls, du recteur, du podestat, avec juridiction sur tout le comtat, sous la réserve de l'appel en dernier ressort devant les juges impériaux, et sauf à payer à la chambre impériale soixante marcs d'argent (2).
Pise, pour l'avantage des étrangers, qui étaient fort nombreux, recueillait, dès l'année 1160, les statuts précédents, jusqu'alors conservés par la mémoire, dans lesquels nous trouvons son organisation intérieure et la continuité du droit romain ; elle ajoutait des règles pour les contestations maritimes, qui furent approuvées en J07 5 parle pape Grégoire VII. En 1085, Henri IV, outre diverses exemptions, lui promettait de respecter ses coutumes maritimes, de laisser les seigneurs faire des lois et rendre justice, de ne pas envoyer en Toscane de marquis sans qu'il fût approuvé par douze hommes, choisis dans l'assemblée des citoyens de Pise, réunis au son de la cloche (3). Il s'engageait, en outre , à ne pas
(1) Monum. Hist. patriee, 998.
(2) Arch. diplom. sienese. Pergamene, n» 14 et 21.
(i) Consdfntiones quas habenl de mari sic iis observabimus , sicut illorum est consneludo. Nec inarcliionem al'iquem in Tuscia mittemus sine laudatione hominum duodecim, elecforum in colloquiofaclo so)iantibus campanis. (Aniiq. M. .t., diss. xlv)
Incipit prologus constilutiomim Pisanxcivïtatis. JSobis Pisanorum con-
détruire les maisons, à ne pas brûler la ville, à ne pas renverser ses murailles, à ne pas exiger de loiieraents : « S'il fait offense à quelqu'un, il jugera la chose avec le concours de douze sacramentaires^ sans duel , à moins qu'il ne s'agisse de la vie ou de l'honneur du roi; il n'empêchera point les voyages, et n'arrêtera pas les femmes des maris qui voyageront ; il maintiendra, sans les aggraver, les charges que trois seigneurs, pour chaque ville et
sulibus, constituta facientibns aqiiitas hortando suasit, omnibus ea scire atque intelligere volentibus, originem ipsorvm et causam atque nomen exponere, ne, ut ita dixerimus, quasi illotis manibus, nulla prxfalione facta, ex improvisu ad ipsa perveniant.
Pisana itaque civitas, a multis rétro temporibtis vivendo lege romana, retentis quibusd am de lege long o barda, sub judicio legis, propter conversât ionem diversarum gentïum per diversas mundi partes suas consuetiidines non scriptas habere meruit, super quas annuatim judices possint quos provisores appellavit, ut ex xquitate, pro sahite justitix et honore et salvamento civitatis, tam civibus quant advenis et peregrinis et omnibus univcrsaliter , in consuetudinibus providerent. Qui ex diversitate scientiee atque intellectus, per diversa tempora eadem negotia atque similia, aliter alteri, et omnino e contra quam atii judicaverint ; unde Pisani, qui fere pra- omnibus aliis civibus justiliam et eequitatem semper observare cupierunt , consuetudines suas, quas propter conversationem quam cum diversis gentibus habiiertint, et hncusque in memoria retinuerunt, in scriptis statuerunt redigendas, pro cognitione eorum ea scire volentiutn. Qua de causa et nos, et ante nos quamplurimos alios sapientes civitatis elegerunt, qui hoc sub sacramento faceremus, et corrigenda corrigeremus, atque causas et quxstiones consuetudinum a causis et queestionibus Icgum discernendo redigeremus in scriptis. Quorum staluta in scriptis redacta, stmt appellata constituta, quasi a pluribus s^tatuta , et etiam a civitate recepta et confirmala. Ex quibus hoc volumen compositum a nobis et confirmatum consulibus justitix, scilïcet, Rainerio de Parlascio et Lanfranco, pro se et suis sociis, scilicet Lamberto Crasso deSancto Cassiano, Boccio Cocco, Henrico Fridericl Bulso, olim Pétri Albithonis, et Sijsmundo quondam Henriqui Nitfionis, per publicationem obtulimus et dedimus. Anno incarnationis Domini mclxi, indictione \\, pridie kalendas januarii, régnante domino Friderico felicissimo atque invictissimo imperatore nosiro et semper augusto.
Extra quod volumen si quod aliud constitutum de usibus scriptum inveniatur, aiictoritatem non habere constituimtts, nisi super factis seciindttm sua tempora; servata et in eis constilutione hac Sicut leges et constitutiones, etc.; non tamen occasione hujtis constitutionis in factis futxtris ab hincin antea vel ex quo illud constitutum emendatum velstib latum fuerit protrahatur.
Dal Borgo, Valsecclii, Targioni Tozaetti, Savigny, etc., ont fait des] études sur ces statuts, et l'on attend que Bonaini publie des travaux plus utiles sur le môme sujet.
440 COMMUNE DE LUCfjUES.
le château, jureront avoir été imposées au temps du marquis Hugues; il permettra que les veuves et les jeunes filles se marient, sans les contraindre à recevoir un époux de sa main, et sans rien exiger ; il n'enlèvera ni ne fera labourer dans un demimille les terres qui furent des marais ou des pâturages publics, ou qui appartinrent aux églises ; la vieille muraille jusqu'à l'Arno restera libre pour l'avantage commun, sans qu'il permette d'y bâtir des maisons ; si quelque navire est arrêté entre Gaëte et Luni, que personne n'ait l'audace de le piller. »
Lucques, résidence de prédilection des marquis de Toscane, appelée, dans un document de 112 J, gloriosa civitas, muUis dignitatibus decorata, atque super universam Tuscix marchiam capul ab exordio consiituta, possède des archives très-riches, dont il serait possible de tirer son histoire communale. Entre les années 965 et 972, Othon P'' donnait à cotte église une immunité, plutôt ecclésiastique et personnelle, mais qui cédait à son clergé la faculté royale d'élire son avocat, et le dispensait de jurer dans les causes avec plusieurs sacramentaires. Othon II, eu 981, confirma et étendit ces privilèges, voulant que toutes les personnes établies sur les terres de cet évêché fussent soumises uniquement au tribunal de l'évêque, qui pouvait les citer et les juger [distringere ) avec une puissance royale : « Défense à tout duc, marquis, comte, vicomte, juge public, gastald, magistrat quelconque, d'y mettre les pieds pour juger des causes, exiger des amendes, faire du fourrage, prendre des otages; que celui qui possède injustement des biens dans l'évéché les restitue. » Viennent ensuite d'autres mesures favorables au libre exercice de l'autorité et des droits épiscopaux, imposant aux \ contrevenants raille livres d'or liij, à payer, moitié au fisc impéjrial, moitié à l'église de Lucques ejusque vicario (l). Le pape
(1) Voy. MiJKxroRi, Ant. Estensï, paît, i, ch. 17.
Nous ne rapportons que les parties essentielles de l'immunité: //; nomme sanctxet individux Trinïtatis. Otlo, gnilia De'i imperafor awjuslus, etc. Agnoscat universUas nostrorum JideHuni. . . qtialitcr nos, pro l)ei omniliotentis amore , noslrarumquc animnrum rcmedio, inclinati prccibus Huberti episcopi, dilecto Jldetique noslro, pcr hoc noshuin prxceplum donamus, concedimus alque largimur omnibus sacerdotibiis, levilis, universis sacris ordinibiis, Lticx civitati coinmoruniibus, seu elinm subm'banis, ut deinceps in anlea a nullis maquis parvisquepcrsonis ad sxculariajudicïapro qualiciimque controvevsia cxaminentur vel dislrlnganticr, nisi ab eorum pi\rsule,clut illis in domibus coriim aliquaminvasionem audeatin/ene, vel iribiUum,seucliam superimposilum iisdem sa-
Alexandre II attiibua à cette commune une bulle de plomb pour sceau (l).
Nous avons vu Anselme, évêque de Lucques, zélé partisan de Grégoire VII contre l'empereur; les citoyens se révoltèrent donc contre cet évêque, et Henri IV , de Rome, le 23 juin 1081, conférait aux Lucquois, en récompense de leur fidélité et des services qu'il en avait reçus, un privilège par lequel il défendait aux évêques, ducs, marquis, comtes et tous autres dignitaires, de démolir les
cerdolibtis, etc.. a quaqtia persona minime imponatur velrequiratur;et ne aliquïs audeat se intromittere sine legali judicio in tiniversis siippellectilibus eorum, sive in servis, etc. Insiiper concedimus, ob nosdam impei-ialem dictionemy omnibus sacerdolibus... ut eorum advocatus yion aliter nisi solus'juret, sine ulla contradidione, sicut in sancta romana ecclesia agitatur... Et ita sane prxcipientes jubemus utnullus dux sive marchio... audeat se ultro ingerere in omnibus casis et rébus jam superius prœnotatïs , vel etiam eis sxvitia aut injurias injerre... Suit la peine auri optimi libras centum contre les violateurs, à payer par moitié camerâe nostrx, et medietatem prxdictis sacerdotibus... Quodut verius credatur, diligentiusque ub omnibus observetur, manibus propriis roborantes annuli nostri impressione insigniri jussimus. — Sigmcm domini Oltonis, serenissimi imperatoris.
Voici le diplôme (l'Othon II : Ob amorem Dei, tranquillitatemquejratrum in Lucensi ecclesia famulantium, atque sub ipsius diœceseos tuitione degcutium, libenter concedere placuit, et hoc nostrx auctoritalis preeceptum immunitotis , atque tuitionis gratiam erga eandem ecclesiam fieri decrevimus, nominative de custodibus , castellis, monasteriis, plebibus, cellntis, aldionibus et aldiabus , sertis et ancillis, piscationibus, aquis, aquarumque ductibus, pratis, vineïs, campis, etc.... Preccipientes quapropter jubemus ut nullm dux, marchio, cornes, vicecomes, judex ptiblictis, aut gastaldus, vel quilibet ex judiciaria potestate, in cellulas, aut ecclesias, vel domos clericorum , curtes, seu villas , aut loca , vel agros, caslella, seu reliquas possessiones memoratus ecclesi;v... ad causas audiendas, velfreda exigenda, aut mansiones vel paratasfaciendas, aut fidejussores toU endos , aut homines ipsius ecclesix tam ingemcos quam servos distringendos, aut ultra redhibitiones... illicitasve occasiones requirendas , nostris vel futuris iemporibus ingredi audeat , vel ea quce supra memorata sunt, penitus exigere pra.'sumat ; sed liceat meinorato pncsuli, suisque successoribus, sihi subjectis, vel omnibus ad se aspicien(ibus,sub tuitionis atque immunitatis nostrx defensione, remota totius judiciarix potestatis inquietudine, possidere. Tonsos vero, quos sua parochia... et omnes homines in sua terra résidentes, aut ad cjusdem terrx castella confugicnies , ad jam dicti episcopi suorumqtte successo7-wn veniant judicium, et nulla imperii nostri magna parvaque persona habcat potestntem ad distringendum, sed liceat ci ad viccm rcgix potestatis eos distringcre, etc. (Mémoires lucquois.)
{\) Bullam plumbcampro sigillo Communitalis. (Ptol. Lixensis , /i/»». eccl., livre XIX.)
442 COMMUNE DE LUl'.QUES.
murailles delà ville et les maisons de l'iutéi'ieur ou des faubourgs, de construire des châteaux dans le rayon de six milles, et d'exiger le fodrum ou le droit riverain : il abolissait les coutumes perverses introduites par la dureté du marquis Boniface : « Qu'il n'y ait pas de palais impérial dans la ville ou les faubourgs ; que celui qui va pour affaires à Lucques, soit par le Serchio, soit par terre, ne soit ni molesté ni volé , et que personne ne lui fasse obstacle en aucune manière; les Lucquois peuvent trafiquer sur les marchés de Parme et de San Donnino à l'exclusion des Florentins; qu'ils ne soient jugés que par ceux qui ont juridiction légitime ; qu'on n'oblige pas au duel quiconque prouvera la possession de trente ans, ou fournira tout autre document; que le juge lombard n'y prononce aucun jugement, si ce n'est en présence du roi ou de son chancelier (1). >•
(1) Lncanis civibtis pro bene conservata fidelitate eorum in nos, et pro studioso servitio eorum, nostrx regiae potestatis auctoritale concedimus, eu concedendo statuïmus , ut nulla potestas , nullusque hominum murum Lucensis civitads anliquum seu novum in clrcuitu diriimpere aut destriiere prasumat; et domos qiix intra murum hune adificatx sunt vel udhuc xdijicabuntur^ aut circa in stiburbio, nullimortalium aliquo ingenio aut sine legcdijudicio iufringere liceat. Prxterea concedimus prxdiclis civibus ut nostrum regale palatium intra civitatem vel in burgo eorum non ccdificent, aut inibi vi vel potestatc fiospitia caplantur. Perdonamus etiam illis ut nemo deinceps ab iltis exigat aliquod fodrum et curaturam a Papia usque Romani, ac cum in civitate Pisa vel in ejus civitate. Statuimus etiam ut ripati si qui hoc flumine Serculo vel in Motrone cum nuvi caiisa negQt/iajuli cum Lucensibus , nullus hominum eos vel Lucenses in mari vel in suprascriptis fiuminibus eundo vel redeundo vel stando molestare, aut aliquam injuriant eis inferre, vel deprxdationem facere, aut aliquo modo hoc eis interdicere prxsumat. Prxcipimus etiam xit si qui negotiatores ventant per slratam a Luna usque Lucani, nullus homo eos venire interdicat, vetr'âTiÔ conducal, sive ad sinistram eos retorqueat, sed secure usque Lucam ventant, omnium contradictione remota. Volîutius atitem ut a prxdicta urbe infra sex milltaria castella non xdificentur, et si qtiis altqnis miinire prxsumserit , noslro imperio et auxilio destrtiantur. Et homtnes ejusdem civitalis vel subtirbii sine légitima judicaiione non judicetttur. Et si aliquts civtum prxdictorum prxdium vel aliquam Iricennalem possessionem tenuerit , si auctoretn vel datorem habtterit , per pugnam vel per duelhim non fatigclur... Longobardus judex judicium in jam dicta civitate rel in burgo aut placitum non exercent nisi nos fraatit Jilii nostri prxsente persona, vel etiam cnncellarii nostri. fn Itac vcro concessione sive largitione nostra sancimus ut nullus episcopus, dux, marcltio , cornes, nullaque nostri regni persona prxdictos cives in his concessis inquielare, molestare, disves-
Voilà une véritable charte de commune. Sans doute, elle pré- \ i sentait comme une concession des droits qui sont aujourd'hui de / justice générale, mais elle allégeait la sujétion immédiate aux marquis et aux comtes. Quant à la dépendance médiate, elle la: modérait dans l'exigence des taxes et les jugements. Enfin elle; donnait à Lucques une existence communale en face d'autresi Etats, de manière à faire respecter les habitants comme citoyens, soit individuellement, soit collectivement.
A. la cessation de la guerre des investitures, les marquis, il est vrai, reprirent leur autorité ; mais la commune deLucquesagittoujours avec indépendance. De 1088 à 1 144 , elle eut la guerre avec les Pisans, et détruisit les châteaux de Castagnori, Vaccole, Vecchiano, Ripafratta, appartenant à des comtes ruraux; à Veltro et Uguccione, vicomtes de Corvara dans laVersilie, elle acheta cette tenure etlechâteau deVorno, qu'elle rasa; elle appelaen jugement arbitral les évêques de Luni et les marquis de Malaspina (1). Il nous est donc difficile de déterminer en quoi consistait la suprématie des marquis de Toscane, qui dura néanmoins jusqu'à ce que le marquis Guelfe, de la maison de Math il de, prince de Sardaigne et duc de Spolète, en 1160 , céda au peuple lucquois tout droit, action, juridiction, qu'il pouvait revendiquer, soit à titre de marquis, soit comme héritier de la comtesse ; seulement il se réservait pendant quatre-vingt-dix-neuf ans la redevance de mille sous , bien qu'ils ne fussent pas la moitié de la somme qu'il pouvait en retirer (2). C'est ainsi que les citoyens de Lucques furent ra-
\ tireprxsumat. (Publié par Minutoli dans les Archives historiques, vol. x.
doc. 1).
l (1) On trouvera ce jugement an chapitre lxxxv
(2) Documents pour servir à l'histoire lucquoise , vol. i , page 174 : — In nomine sanctx et individux Trinitalis. Velfo, dux Spoleti , marchio Tuscix, princeps Snrdinix, dominus domus comi/issv Mathildis .•
Quia justtan et rationi consentaneum videfur imperntorem , sive ma- (jnos principes imperii , fidelium petitionibus condescendere suorum; idcirco et ego , petitionibus fidelium et dilecdssimorum suoritm Lticensium condescendere volens , Lucarne civitati totique ejus populo do, concéda atque confirmo omnem ejus actionem, jurisdictionem, et omnes res qux quoquotnodo mihi pertinent, vel ad jus marchiw pertinere videntur, vel ad jus qtiondnm comi/iss,r Mathildis, vel quondam comitis Vgolini pertinuerunt, tam infra Bechariam civitatem ejusque burgos , quam extra, infra quinque proxima milliaria pradiclx civitati, ab omni parte ejusi/ein civilatis, exceptis fodris menrum vassallornmex parle marchix vel pncdicti comitis Ugolini. Prajferea, infra prxfata quinque milliaria proxima Lucarne civitati, ab omni parte, non