‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 289 sur 365 · COMMUNES DE LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

COMMUNES DE LA CAMPAGNE

du même podestat. Si les communes bonriEreoises avaient proclamé l'abolition des fiefs, tous les campagnards auraient afflué dans les villes; mais celles-ci n'avaient jamais songé à constituer un droit nouveau en démolissant l'ancien ; aussi ne tentèrent-elles pas de briser les liens qui attachaient l'homme à la terre et au maître du sol, bien qu'elles ouvrissent avec empressement un asile aux fugitifs, et soutinssent quiconque se révoltait contre les comtes de la campagne.

Milan, en 1211, accordait aux campagnards et aux bourgeois la faculté de s'établir dans la ville, les exemptait de toute charge rurale et les assimilait aux citoyens, sous la condition de ne pas travailler la terre eux-mêmes, et d'habiter dans ses murs trente ans, excepté pendant les récoltes. Imola, en 1221, promettait la cinquième partie des emplois aux habitants de Castello Imolese qui viendraient se fixer dans la ville. Bologne, la même année, offrait des immunités aux étrangers, et le consulat, à chaque groupe de vingt familles qui formeraient un bourg sur le territoire bolonais.

Les seigneurs s'opposaient à ce que les individus placés sous ]e\}v dépendance jurassent la commune. Les habitants deLimonta et de Civenna, étant entrés dans la commune de Bellagio sur le lacdeCôme, l'abbé de Saint-Ambroise, qui s'en trouvait le feudataire, déclara ne leur avoir jamais donné cette autorisation et fit intervenir la justice ; en vertu d'une sentence, ils furent séparés de la communede Bellagio, dispensés de fournir le fodrum,, de se rendre au plaid et de soumettre leurs débats à sa juridiction (1).

Les communes firent la guerre à quelques seigneurs ; car le droit de vengeance personnelle, généralement reconnu alors, rendait légitime, de la part des villes, toute lutte contre les barons qui avaient élevé des forts jusque sous leurs murailles : c'était donc paix aux chaumières et guerre aux châteaux Les comtes d'Acquesena dominaient sur six villages populeux du val de Belbo; soutenus par les armes et le marquis de Montferrat, ils soumettaient à mille vexations leurs vassaux, dont ils exigeaient même des prémices obscènes. Les campagnards, épouvantés, souffrirent le«r tyrannie quelque temps; puis ils s'assemblèrent, et, au son de la cloche de Belmonte, ils assaillirent avec résolution les citadelles des seigneurs, tuèrent ceux-ci et démolirent

(1) Antiq. M. yE., iv, 'lO.

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celles-là- Enfin, aidés par les citoyens d'Alexandrie, ils se défendirent contre le marquis Boniface, transportèrent leurs habitations là où la Nizza débouche dans le Belbo, et y bâtirent Nizza délia Paglia (l).

D'autres fois on traitait, au lieu de recourir à la force ; ainsi les contttes Guido cédèrent à Florence leurs châteaux au prix de cinq cents florins. Des faits semblables se reproduisirent fréquemment.

Les habitants de Montegiavello, mécontents de la domination de ces comtes Guido, descendirent en foule des hauteurs, et achetèrent un pré sur le Bizencio, où ils établirent la commune, qui fut plus tard la petite ville de Prato (2).

En 1200, la cité d'Asti achetait de nombreux seigneurs le château et le territoire de Manzano, et contraignait les habitants à se transférer dans le nouveau pays de Cherasco. Gênes, en 1228, achetait des marquis de Clavesana les châteaux et les bourgs de Diano, Portomaurizio, Castellaro, Taggia, San Giorgio, Dolcedo, moyennant la rente annuelle de deux cent cinquante-deux livres génoises; en 1233, elle acquérait encore Laigueglia. En 1186, la commune de Verceil achetait en différentes portions le château de Casai volone.

Il faudrait écrire l'histoire de chaque bourgade, si l'on voulait faire connaître dans quelle mesure les ruines de la féodalité campagnarde contribuèrent à l'accroissement des villes. Quelques seigneurs embrassèrent spontanément la condition civile, soit pour jouir d'une plus grande sécurité, soit en vue de l'influence que la richesse, l'ancienne domination et les puissantes relations procurent toujours dans une communauté d'individus ; descendant alors de leurs donjons menaçants, ils juraient la commune et fidélité aux magistrats citoyens, promettant de soumettre leurs terres aux taxes, de servir la patrie de leur personne et de leurs vassaux, et de fixer leur résidence dans la ville au moins pendant une partie de l'année (3).

Les Transalpins, encore habitués à ne voir dans leurs pays que la domination des barons, s'étonnaient de ce que les

(l)GiiiLiNi, Annali ( Milan, lôfiG).

(2) Ainsi parlent Villani et Malaspina; mais les éiiidits peuvent errer. '

(3) Flaminio de Borgo, dans le RaccoUadi diplomi pisani, 1765, p. 186, cite une formule d'admission dans la commune.

Voir aussi Muratori, Antiq. M. JE., diss. xlvh, et le deuxième volume des chartes dans les Monum. hist. patrix.

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