‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 3 sur 365 · ALBOIN · texte numérisé non relu

ALBOIN

dans la Toscane et l'Ombrie, plaça un duc à Spoléte, et continua ses courses jusqu'à Rome , mais sans l'occuper ; peut-être même poussa-t-il plus loin vers le midi, et fonda-t-il le duché de Bénévent (l), qui devait survivre au royaume lombard.

Longin ne parait jamais l'avoir affronté. Alboin aurait donc pu soumettre alors l'Italie entière, s'il avait été plus habile comme général, ou plus fort comme roi; mais d'inutiles entreprises vinrent le distraire, et, tandis qu'il aurait fallu toutes les forces de la nation pour réduire tant de villes, les chefs , unis seulement par ce lien qui attachait les gasindes au seigneur, s'établissaient sur les terres à mesure qu'elles étaient conquises, ou bien allaient menacer d'autres contrées.

Alboin , après avoir tué Kunimond , avait contraint sa fille Rosemonde à devenir sa femme , et fait une coupe avec le crâne de sa victime , pour associer aux plaisirs de la table la farouche volupté de la victoire. « J'ai vu mol-même (dit Paul Diacre), « le Christ m'en est témoin , le prince Rachis tenir cette coupe « dans un jour de fête et la montrer aux convives. » Un jour qu'il solennisait à Vérone l'heureux succès de ses entreprises, il demanda cette coupe au dessert, et, après l'avoir fait circuler, il la remplit de nouveau, en disant : < Portez-la à Rosemonde, afin qu'elle boive avec son père. » Cette atroce plaisanterie blessa au cœur sa femme, qui résolut de se venger. Elle s'entendit secrètement avec la concubine du vaillant Péridée pour qu'elle lui cédât sa place dans sou lit; l'adultère accompli, elle se fit connaître à son complice involontaire, et lui déclara que la mort seule du roi pouvait le sauver. Alboin fut égorgé.

(1) La clironolosie des dix-huit premières années des Lombards est trèsconfuse; Muratori , Fumagalli et Lnpi ne l'éclaircissent pas d'une manière suffisante. Paul Diacre, l'unique historien auquel nous sommes réduits , après avoir fixé l'époque à laquelle Alboin quitta la Pannonie , n'offre plus que des dates indécises, en se servant des indiclions; car alors on avait cessé de compter les années par les consuls, etl'ère vulgaire n'était pas encore d'un usage général. Peut-être arriverait-on à concilier les contradictions apparentes, en transportant la date à laquelle les historiens commencent le règne d'Alboin, de la prise de Milau, à l'entrée des Lombards eu Italie, c'est-àdire aux premiers mois de 569.

Selon Paul Diacre, la conquête de Bénévent remonterait à l'époque du roi Autharis, et son premier duc aurait été Zotton. Mais la lettre 46, liv. ii, de Grégoire le Grand , est adressée à Aréchis ( Arigise ), successeur de Zotton ; or, comme elle est de 592, si l'on retranciie les vingt années que Zotton régna au dire de Paul, nous sommes reportés à l'époque du siège de Pavie.

8 ROSEMONDE. CLEFIS.

Rosemonde espérait, avec l'aide de ses Gépides , mettre sur le trône son amant Elmigise, vil complice de ses deux crimes; mais, repoussée par les Lombards qui regrettaient beaucoup Alboin , elle s'enfuit à Ravenue avec sa fille Alsuinde , ses deux amants, quelques amis et de grandes richesses. L'exarque Longin, qui se flattait d'affaiblir par les discordes ceux qu'il n'osait attaquer par les armes, ayant été admis en tiers dans les amours de cette femme impudique , lui persuada de se défaire d' Elmigise. Elle versa donc du poison dans sa coupe lorsqu'il était au bain ; mais, comme il avait conçu quelque défiance , il la contraignit à boire le reste du breuvage funeste , et tous deux périrent victimes de leur perversité.

Alsuinde fut envoyée avec les trésors de sa mère à Constantinople , où Péridée fit preuve d'une force prodigieuse en tuant un lion d'une taille énorme; comparé à Samson pour sa vigueur, il fut aveuglé comme lui , et, comme lui, chercha à se venger : ayant feint d'avoir à révéler des choses importantes à l'empereur, il tua les sénateurs qu'on envoya pour l'entendre.

Les chefs lombards, réunis à Pavie , mirent la lance royale dans les mains de Cléfîs, qui continua les victoires d' Alboin et l'extermination des 2Juissanis Romains. Il poussa les conquêtes jusqu'aux portes de Ravenne et de Rome , tandis que les ducs , qui s'étaient établis dans le voisinage des Alpes , se jetaient sur les terres des Francs ; mais ils durent céder au roi des Rourguignons Aoste et Suse, qui dès lors firent partie du royaume de Rourgogne. D'autres Francs dominaient sur le pays des Grisons et du Tyrol ; le duc de Trente les chassa d'Agnani du val de Non.

Les Lombards ne furent donc pas dirigés dans la conquête par une volonté prépondérante ; or, comme l'unité de vues cessait après l'invasion, chacun des chefs choisit un territoire qui formait, nonpasune division administrative, mais une seigneurie distincte, défendue, agrandie, gouvernée selon les coutumes germaniques, sauf l'indépendance de l'individu. Lorsqu'après un règne de dixhuit mois, Cléfis fut assassiné , on pouvait regarder comme accomplie l'entreprise pour laquelle les Lombards s'étaient soumis à un chef; ils jugèrent donc inutile d'élire un autre roi , et chacun des trente ducs, au lieu de songer à l'entière conquête de l'Italie, s'occupa de mettre à profit les terres qu'il occupait.

Les Sarmates , les Rulgares , les Gépides , les Suèves, les Pannoniens et les Norieiens , compagnons d'Alboin , furent établis dans des cantons distincts, où ils conservèrent leur liberté, leur

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