‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 305 sur 365 · TITRES · texte numérisé non relu

TITRES

« haut rang et d'âge fort avance (dit Varchi de Fiorentini, au « seizième siècle), ou emploie communément le tu et non le vous "■ en s'adressant à un seul individu. Ce n'est qu'aux chevaliers et « aux chanoines qu'on donne du messire ; on applique le titre « de maître au médecin, et celui de père au moine. « Plus tard les Espagnols introduisirent la manie des titres ; lorsque Charles-Quint se fit appeler inqjesté^ les altesses se multiplièrent avec leur cortège de sérénissime et de royale. Les nobles gardèrent V excellence^ jusqu'à ce que le pape Urbain VIII, en 1631, inventa pour les cardinaux la qualification d'éminence ; la vanité bourgeoise fit sa pâture des titres de chevalier, docteur, notaire, comte du saint empire romain.

L'émancipation de l'esclave, événement immense, s accomplissait au milieu des faits isolés de l'activité communale. L'Église avait toujours favorisé l'affranchissement, et beaucoup de personnes, par un motif de piété ou de salut, donnaient la liberté à leurs esclaves (l).

Les communes, à peine constituées, ouvraient un asile aux esclaves qui ne pouvaient supporter le joug de leurs maîtres , ou les achetaient à prix d'argent; puis, quand elles prenaient les armes contre les barons du voisinage, elles les poussaient à rompre leurs chaînes; par leur fuite, ils affaiblissaient donc les seigneurs, tandis qu'ils fortifiaient les villes. Les manumissions s'étendirent, et parfois on affranchit tous les habitants d'un bourg ou certaines professions. A Bologne, en 1256, le préfet Bonacursio, après avoir réuni les anciens, les consuls, les maîtres des arts et des armes, tous les membres du grand et du petit conseil, leur propose de mettre en liberté les esclaves de toute la commune. La proposition agréée, on décide que tous ceux qui en possèdent les vendront au préfet et au préteur, desquels ils recevront, aux frais du trésor, dix sous pour un esclave de quatorze ans, et huit pour ceux d'un âge infé-

(1) La comtesse Matliilde, qui avait bea>icoiip d'esclaves, en donna à diflorentes églises; la maison canoniale de Mantone reçut d'elle ceux qu'elle possédait à Volta : l'acte de 1070 (ap Fiorentini, Documentini concernenti Matliilda, p. 122) porte le nom d'un grand nombre, parmi lesquels nous remarquons jugales cum filiis et cum peculiis eorum, et autorise les chanoines qiiod faciant de jam dictis servis et ancillis, seu de peculiis quidqnid voluerint. Par son testament, elle ordonna d'affranchir beaucoup d'esclaves comme l'atteste Donnizone :

Innumerosque suos famulos jubet hœc hera cunctos Ingenuos, vitae posl ipsius fore linem.

rieur; les affranchis, dès lors, comptèreut parmi les citoyens, avec ol)ligation de donner une certaine quantité de i)lé (i). Ils furent inscrits dans un livre appelé Paradisum du mot par lequel il commençait, et dans lequel on exposait la création de l'homme, le péché, la rédemption qui affranchit les mortels : c'est pourquoi civitas Bononiœ quse semperpro libertate pugiiavit , avait racheté les esclaves à prix d'argent, statuens ne guis , adstrictus aliqua servitute, in civitate vel episcopatu Bonoinensi deinceps audeat commorari, ne massa tam naturaiis libertalis^ quœ redeuipta pretio, uUerius corrumpi possit fermenta aliquo servitutis, ctim modicum fermentum totam massam corrumpit et consortium unius mali bonos plurimos dehonestet. Un acte solennel de 1289 mentionne un statut de* la commune de Florence ainsi conçu : « Comme la liberté individuelle est de droit naturel, et que chacun ne dépend que de sa propre volonté, les villes et les peuples se garantissent contre l'oppression, défendent et développent leurs droits. » En conséquence, il était interdit à tout individu, quel que lût son rang ou sa condition, d'acheter ou d'acquérir par des moyens quelconques des colons, des serfs, des censitaires , et de mettre des entraves à la liberté des personnes (2). Deux ans après, la loi fut confirmée, en pardonnant à ceux qui l'auraient transgressée dans le passé.

(I) Chronique de Bologne, 1283 ■: Commune Bononis? fecit fumantes comitatus, et émit omnes servos et ancillas ab omnibus civitatis Bononicc, pro pretio unius stari frumenfi pro qiioiibet qui habebat boves , et nnius quartarolx pro quolibet de zappa. — C. F. Romhor, Vrsprung Besitzlosigkeit der Colonen des innerern Toskana. ( Hambourg , 1830.)

(1) Cum libertas, qua cujusque voluntas non ex alieno sed ex proprio dépendit arbitrio,jure naturalï multipliciter decoretur, qua etiam civitates et populi ab oppressionibus de/enduntur, et ipsorum jura tuentur et augcntur in melius, volentes ipsam et ejus species non sohim mamUenere sed etiam augmentare, per dominos priores artium civitatis Florentiœ... et alios sapientes et bonos viros ad hoc habitos... provisumordinatum exstitit salubriter, et firmatum, quod nullus,undecumque sit et cujnscumque condilionis, dignitatis vel status existât, possit, audeat vel prasumat per se vel per alitim tacite vel expresse emere, vel aliquo alio llfulo, jure, viodo vel causa adquirere in perpetutim vel ad tempus uUquos fidèles, colonos perpcluos vel con dit ion aies, adscriptitios vel censitos, vel aliqtios alios cujuscuuique conailioni s existant, vel aliqua alia jura, scilicet angluiria vel proanghanu, vel qux- VIS alia contra liber latem personx et condilionem persoiia: alicujus in civitate, vel comilalu, vel districtu Florentin:, etc. (Observateur florentin, tome IV.)

Mais, comme toute chose alors, ce n'étaient là que des tentatives isolées : jamais on ne prit une mes\ire générale pour abolir la servitude. Néanmoins, dans le douzième et le treizième siècle, les esclaves diminuent pour faire place aux serviteurs modernes, qui peuvent quitter leur maître à volonté. Les Églises, qui avaient rendu tant de services aux esclaves, ajournèrent leur complet affranchissement; car elles ne se croyaient pas en droit d'aliéner les biens dont le possesseur actuel est considéré seulement comme usufruitier. Il faut dire pourtant qu'elles usaient avec eux d'une si grande bienveillance que leur servitude ne semblait pas contraire à l'humanité et à la religion ; aussi trouve-t-on, même au quatorzième siècle, des serfs de la glèbe en Italie.

Dans les chartes de 1296 de Frédéric I d'Aragon pour le royaume de Sicile , il est souvent question d'esclaves, même chrétiens ; des lettres papales et des contrats de cette époque en font aussi mention. Nous en trouvons encore au quatorzième siècle parmi les Vénitiens, comme aussi dans le Frioul soumis au patriarche d'Aquilée (1). Nous avons un contrat de 1365, par lequel un esclave consent à passer d'un maître à un autre (2). Parmi les mesures qui furent prises à l'effet de soutenir

(1) Dabu, Hist. de Venise, liv. xix, § 7.

(2) « In nome de Dio amen : In mille e triscenfo e Ixv adi vxu de fe- « vrer, in la strovilea in caxa mia de mi Synion da Imola noder infiaf^cripto, « in presencia de lo savio et discreto homo m. Jacomo de li Bruni da Iinola n e de Marco Bon de Viniexia e de Zorzi Fustagner da Coron et de mi Sy- « mon noder infrascripto , lo savio et discreto iiomo ser Andrioio Bragadin, « fiolo de mis. Jacomo Bragadin de Viniezia de la contrada de sento Zumig- « nan se eno qui convegniidi insembre cum mis. Tantardido de Mezo da « Viniexia in honorando consylier de Coron, et ali vendudo nno so sclavo lo « qiiale elo aveva comprado in la Tana da uno Sarayni per cento e cinquanta « aspri de arzento cum lazo (agio), segondo la confession del dito sclavo, et « a dato infrascripto mis. Tantardido a lo sovrascripto ser Andrioio in paga- « mento per lo dito .sclavo dncati de oro vinti et nno in moneda cum lazo, « lo quale sclavo a nome Piero Roso et in presencia de li sovrascripti testi- « moni e de lo dito sclavo fo fatto lo pagamento, e sinndo pagado e con- « tento lo dito ser Andrioio dal dito mis. Tantardido, lo dito ser Andrioio « pygla per la man lo dito Piero Roso so sclavo e si lo de in man de lo soft vrascripto mis. Tantardido et de lullo qu( sfo fe contento lo dito sclavo « Piero Roso et inciinato per .sq signor lo dito mis. Tantardido. Oblcgan- " dose lo dito sclavo de averlo |»er so signor cusi conio elo a\evii lo difo ser « Andrioio, seolilegado deleiideriilo in tule le parti del mondo e in ogni zu- « dixio, et lo dito mis. 'l'antardido per lo sclavo de ogno dano et interes.se clie- 'c intervegnisse a mis. Tantardido infrascripto per lo pagamento de lo dicto

la guerre de Chioggia, se trouve une imposition de trois livres d'argent par mois pour chaque tête d'esclave ; bien plus, les liabitants de Trieste, en 1463, s'obligeaient à rendre aux Vénitiens leurs esclaves déserteurs (1).

Les Italiens purent en tirer des paj^s non chrétiens avec lesquels ils se trouvèrent en contact , ou bien apprendre à les entretenir par luxe, si bien que la servitude se prolongea sous la forme domestique. Les statuts de Lucques déclarent, même à la date de 1537, que le maitre d'une esclave peut contraindre celui qui l'aura violée à l'acheter le double de sa valeur, outre une amende de cent livres infligée au coupable. Les lois de Gênes déffendaient de transporter les esclaves en Egypte (2) ; mais, pour éluder cette prohibition, ou les conduisait à Caffa, où le sultan, profitant de la franchise de ce port, les faisait acheter pour son compte. Le code criminel de Gênes de l.")56 prononce des peines contre les voleurs d^esclaves, et considère l'esclave comme la propriété de son maître (3) ; le statut de 1588 le traite à l'égal d'une

« sclavo quando elo podesse provar che elo non fosse so sclavo, lo dito ser « Andriolo se oblega de refarli lo dilo pagamento a ducati de oro xxi de bon « pexo.

« Et io Symon fîgliolo mis. Jacomo de li Bruni da Imola per la impériale « autoritate not. pnblico e zudexe ordenario fui présente a tutto. Una cum li « sovrascripti testimonj nimss. »

Le notaire n'indique pas le lieu où il dressa l'acte, mais on peut croire que ce fut à Corone ou dans le voisinage {Série degli scritti i7i dialetto veneziano, di Bartol, Gamba, page 35. )

(1) FoNTANiNi, Diss. de masnadis.

(2) Quod sclavi super navigiis non leventur ; quod aliqua persona januensis non possit de/erre mamaluchos mares et fœniinas in Alexandriam ultra mare vel ad aliquem locum subdïtum soldano Babylontx (c'est-à dire du Caire).

(3) Livre ii, 20, 55, 93. Dans le volume ii des Maman, hist. patrix, il est souvent question de ventes et d'émancipations d'esclaves à Gênes. Voici quelques exemples ;

En 1 1 56, Guillaume Zulenio vend au prix de huit livres .son esclave Agnese non fugitivam, non furem , sed boni vioris. La même année , Simon de Mongiardino émancipe Girard, fils d'Ubald , son esclave, moyennant huit livres de Pavie, sans rien retenir du pécule qu'il a ou peut avoir.

1158, 16 août, Mosso et Marsibilia, sa femme, donnent pour 50 livres à Frederzone, leur esclave, omnimodam faadtatem Vivendi, standi, agendi etfaciendi quod velit ntpote liber homo.

1159, 12 mai, Malovriere, tum amorc Dei, ium pro solidis viginti quin- ^rî/e, affranchit Alvarda, sou esclave, et s'oblige, lui ou ses héritiers, sous peine de dix livres d'or, à respecter sa liberté.

IIGO, 23 novembre. Guillaume de Castenollo vend un esclave sarrasin 59 sous.

marchandise, et dispose, dans le cas où l'on ferait le jet des marchandises, que le dommage soit réparti perses et libram selon l'usage ancien, comprehensis pecumis, aura, argento, jocalibus, servis masciilis et feminis^ equis et aliis animalibus. Ces esclaves, probablement, étaient des infidèles, et surtout des prisonniers musulmans, d'autant plus qu'on ne connaissait pas à cette époque, même de nom, la tolérance religieuse. D'autres fois les soldats, par abus de la victoire, vendaient les vaincus comme esclaves; tel fut, en 1447, le sort réservé par les bandits de Sforza aux citoyens de Plaisance. Les excommunications condamnaient aussi à la servitude. Le nombre des esclaves était d'ailleurs fort limité ; ils figuraient comme exception dans le rôle des contributions des villes, et leur condition avait perdu le caractère servile : déjà le fameux Bartole déclarait qu'il n'existait plus d'esclaves à proprement parler.

Les communes n'eurent donc pas les avantages rapides d'une révolution subite et radicale; mais aussi elles ne subirent point les terribles responsabilités d'une insurrection avortée. Réunies pour la résistance, dont elles faisaient leur premier devoir, leur moyen et leur but, elles avaient à détruire au lieu d'organiser, et, au lieu de fonder, elles dissolvaient les anciens éléments sociaux. Dans la lutte, on peut vaincre, mais la haine survit et devient un germe de discorde. Les nobles, mal réprimés, se relèvent pour asservir les communes ; les rois grandissent en favorisant les villes, et l'épée prolonge la guerre contre l'industrie et la capacité. Ces maux ont disparu ; mais les effets de la révolution qu'elles ont opérée restent, révolution légitime et durable comme

1161, 23 février, Amico de Mirlo donne à Lanfranc sa part de propriété sur Angélique, son esclave, et sur sa fille. — 10 juin suivant, Guillaume Moraga de Narbona vend un esclave sarrasin 55 sous. — 28 juillet, Philippe Aradello affranchit pour le salut de son âme, son esclave Jean, et lui dit : Proficiscere liber in Deo; Jean, à son tour, promet de rester à son service pendant quatre ans. — 17 septembre, Ribald de Curia affranchit son esclave Pascal avec son pécule, moyennant 25 livres et pour le salut de son âme.

Melchior Gioïa (Niiovo prospetfo délie scienze economiche, part, in) affirme que ce n'est pas la religion qui a fait disparaître l'esclavage de la plus grande partie de l'Europe , mais le progrès des arts et du luxe. Guillaume Libri (Histoire des sciences mathématiques en Italie) s'efforce de prouver que l'Église n'a rien fait pour l'émancipation des esclaves ; il l'accuse même d'avoir travaillé dans un sens contraire. Ses arguments contre l'Église équivalent à celui-ci : « Il n'est pas vrai que le code Albert défende le vol, puisqu'il y a des voleurs li où il est en vigueur. »

toutes celles qui améliorent le sort des classes nombreuses. L'esclave n'est plus une chose, mais un homme, une personne, avec un nom propre et la responsabilité de ses actes; les plus grands efforts, le sang, les ruines, ne sont rien pour atteindre ce but sacré. Là où la force et l'intelligence sont le privilège du petit nombre, il est facile de guider la multitude; là où s'ouvre une vaste carrière à l'exercice des facultés intellectuelles et morales, comme il arriveau milieu des factions , les esprits sont grandement excités, et, de ces luttes, il sort une génération active, expérimentée, qui cherche et trouve mille occasions de se signaler. L'homme, sorti du cercle étroit des intérêts domestiques pour s'occuper des affaires générales , acquiert de la pratique, ennoblit les passions, voit plus Juste et plus loin, découvre et pondère les droits. Si les communes n'ont pas donné une patrie aux Italiens, elles leur ont laissé du moins la dignité d'hommes ; dans l'histoire moderne, elles offrent encore les premières de ces pages, si attrayantes, où l'on voit un peuple travailler contre ses oppresseurs, s'élever par son courage, et consolider son existence par des institutions opportunes, sinon toujours sages.

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