COMMUNES LOMBARDES EN LUTTE
Landophle de Saint-Paul et le chevalier Roger des Crivelli, envoyés par l'archevêque Anselme, discutèrent les droits des deux princes rivaux devant le peuple, qui décida le métropolitain à couronner roi Conrad. Beaucoup de villes lui prêtèrent hommage et lui firent des dons; mais Pavie, Novare, Plaisance, Brescia et Crémone se montrèrent hostiles à Milan jusqu'à déclarer excommunié l'archevêque qui avait oint l'usurpateur. La Toscane même lui fut contraire, et le pape Honorius II, qui avait reconnu l'empereur Lothaire, excommunia le nouveau roi. Conrad tenta vainement de s'emparer de Rome ; dès lors ceux-là même qui s'étaient déclarés ses partisans afin de s'en faire un appui l'abandonnèrent aussitôt qu'il devint une occasion de guerre. Conrad fit encore quelques tentatives et se réconcilia avec l'empereur; enfin, après avoir été à charge aux Milanais et aux Parmesans, il quitta l'Italie, emportant contre les communes lombardes une haine qu'il transmit à son neveu Frédéric Barberousse,
Les communes, à peine constituées, se livraient à des hostilités réciproques. Le champ de bataille était surtout cette plaine qui, des Alpes Rhétiques et Lépontines, se développe en pente douce jusqu'au Pô et à la mer, plaine où s'élevaient neuf cités indépendantes : Côme, Bergame, Brescia, Milan, Lodi, Crème, Crémone, Pavie, Novare. Les terres limitrophes, les rivalités de marché, la communauté des eaux d'irrigation, offraient de fréquentes occasions de querelles. Une fois qu'elles se furent attribué le droit de la guerre privée, que les feudataires avaient exercé jusqu'alors, les communes, qui n'étaient pas comprimées par une supériorité matérielle ni retenues par aucune force morale, s'abandonnèrent à cette rivalité de voisins à voisins qui semble l'inexorable malédiction des Italiens. A peine on venait <no. d'abattre les comtes de la campagne, que déjà Crémone faisait la guerre à Crème et à Brescia, Pavie à Tortone, Milan à Novare et à Lodi ; la force et l'ambition inspiraient aux puissants le désir et l'audace d'opprimer les faibles.
Pavie, fière d'avoir été le siège des rois goths et lombards, et Milan, enorgueillie de son antique origine, de son vaste territoire, de sa population plus nombreuse et de la supériorité politique dont elle jouissait comme métropole, se disputaient la prééminence et se contrariaient en toute chose. Dans la lutte des investitures, Pavie suivait la bannière impériale, taudis que le pape était soutenu par Milan, qui entraînait Lodi, Crémone, Plaisance;