‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 315 sur 365 · ÉTAT ROMAIN · texte numérisé non relu

ÉTAT ROMAIN

par Robert Guiscard avait laissé déserts les quartiers entre le Colisée et le palais de Latran,que la malaria acheva de dépeupler. Le territoire de la ville était compris dans un cercle étroit, au delà duquel elle se trouvait en face des communes ennemies de Tusculum et d'Albano, comme au temps de Romulus; chaque printemps, elle était obligée de les combattre et de dévaster la campagne, déjà si pauvre. L'unique richesse de Rome était l'argent des étrangers que la présence du pape attirait dans ses murs : mais, tandis que le pontife était vénéré dans le reste de l'Italie comme le chef du parti national et le tuteur de la liberté, Rome le haïssait comme prince ; souvent même il se voyait expulsé par les seigneurs, qui refusaient de reconnaître sou autorité. Mais le peuple, qui avait crié mort et à laporie, ne tardait pas à le regretter, et criait encore vive et reviens; le peuple a-t-il changé depuis, et les vociférations des rues ont-elles cessé d'être considérées comme l'expression du vœu public?

Deux factions, l'une ayant pour chef Léon des Frangipani, et l'autre, Pier de Léon, divisaient alors la ville; chacune d'elles travaillait, sans épargner les fraudes et les violences, à donner un successeur à Calixte IL Les Frangipani portaient Lambert, évêque d'Ostie, qui fut élu sous le nom d'Honorius II ; mais, à sa mort, les brigues et les tumultes se renouvellent en faveur d'un fils de Pier de Léon, et, bien que les citoyens les plus honorables élisent Grégoire, cardinal de Saint-Ange, qui s'appela Innocent II, les autres lui opposent leur créature, sous le nom d'Anaclet II (1) : de là, un schisme scandaleux. Anaclet, avec les dépouilles de la basilique du Vatican, acheta des fauteurs et des armes; Innocent, qui ne pouvait habiter que les châteaux forts des Frangipani, résolut de quitter Rome, et des navires pisans le transportèrent en France, eu Allemagne, en Angleterre, où, favorisé par l'éloquence de saint Rernard, il fut entouré d'hommages et de respect. Au concile de Pise, la cellule de l'illustre moine était remplie de prélats, jaloux de traiter avec lui des affaires du monde et de l'âme.

Tantum restât adhuc, tantum mit, ut neque pars stans Jïquari possit, diruta nec refici....

(1) Que, dans les siècles d'ignorance et de fanatisme, on fit descendre Anaclet d'une famille juive, et que saint Bernard l'appelât ;«rfflicffl soboles, il n'y a rien d'étonnant; mais Voltaire , toujours intolérant et léger, ne cesse de se moquer d'un pape juif. L'histoire, s'il avait daigné la consulter, lui aurait appris qn'il n'était pas juif, et qu'il ne fut point pape.

-iOO ÉTAT ROM.MN. INNOCENT II.

L'empereur Lothaire, pour assister Innocent contre l'anti- H53, pgpjj pt refréner les villes affranchies, descendit en Italie, mais sans être accompagné d'aucun cavalier de Souabe et de Francouiej sou porte-étendard était ce même Conrad qui avait autrefois accepté la couronne d'Italie. Mais, comme Anaclet avait gagné l'amitié d'Anselme, archevêque de Milan excommunié par Honorius II, la ville ferma les portes à Lothaire, qui ne put se faire couronner roi d'Italie. A Rome, l'antipape, qui s'était fortifié dans le Vatican , repoussa son compétiteur Innocent , qui dut se réfugier dans le palais de Latran, où il couronna Lothaire.

Les contestations au sujet de la succession de la comtesse Mathilde furent alors reprises et terminées par le traité suivant : Innocent devait investir de cet héritage Lothaire pour toute sa vie, et, après lui, le duc de Bavière, son gendre, comme aussi des fiefs de rÉglise, à laquelle on paierait chaque année cent marcs d'argent, sauf retour au saint-siége à la mort du dernier. Par cet acte, l'empereur se reconnaissait vassal et tributaire du pontife (i).

La faction d'Anaclet ne tarda point à relever la tête. Innocent rappela donc Lothaire, qui, s'étant réconcilié avec la maison de Hohenstaufen, revint à la tête de forces plus considérables^ mais sans obtenir de meilleurs résultats que la première fois; car, s'il fut secondé par Milan, il eut pour ennemies Crémone, Parme et Plaisance, qu'il dut réduire à l'obéissance par la force des armes.

L'Empire, dans les contrées méridionales, avait toujours pour adversaires les Normands, qui, après avoir enlevé aux catapans toutes les cités grecques, et occupé la nouvelle Lombardie, à l'exception de Bénévent resté aux papes, et de Naples soumise nominalement aux Grecs, aspiraient à l'indépendance, ce besoin impérieux des forts. Bien qu'ils soutinssent le pape contre les étrangers , ils lui montraient peu de condescendance sur leurs propres domaines, et ne se croyaient pas obligés de recevoir ses légats dans les pays que leurs bras avaient soustraits aux infidèles ou aux Grecs, et rendus à la véritable Eglise. 1098. Urbain II avait gagné Roger en le nommant légat de Sicile, fa-

(1) Ce fait est reproduit dans un tableau de Latran, où Lotliaire r«çoit la couronne des mains du pape, avec ces vers :

Rex venit anie fores, jurans prias urbis honores, Post homo tit papse, recipit quo dante coronam.

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