‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 316 sur 365 · ROGER DE SICILE · texte numérisé non relu

ROGER DE SICILE

veur qu'un autre roi n'avait jamais obtenue, et qui fut l'origine du tribunal de la monarchie de Sicile ; en vertu de cette concession, Roger et ses descendants devaient exercer les droits de légats héréditaires et perpétuels du saint-siége, avec faculté de porter dans les solennités la mitre, l'auneau, les sandales, la dalmatique et le bâton pastoral (l). Après la mort de Guillaume II, duc de la Fouille, le territoire en deçà du Phare ap- , ,27. partint aussi à Roger,qui posséda dès lors tout ce qui, plus tard, fut le royaume de Naples.

flonorius II vit une atteinte à sa suprématie dans une si grande acquisition faite sans son consentement; car il savait que le puissant comte qui dominait sur la Sicile, la Fouille et la Calabre, voudrait dicter la loi à Rome. Roger ayant assailli Rénévent, cité pontificale , Honorius l'excommunia et se mit en mesure de le combattre, promettant indulgence plenière à quiconque périrait dans cette guerre. Les principaux comtes secondèrent le pontife; mais Roger, venu de Sicile à la tète d'une bonne armée, s'empara des villes les plus importantes, et le pape, qui voyait ses troupes diminuer chaque jour, se contenta de l'investir de la Fouille et de la Calabre. L'antipape Anaclet ne discuta point les droits avec une grande rigueur ; comme il avait besoin de partisans, il concéda à Roger le titre de roi de Sicile, l'investiture de la Fouille, de la Calabre, de Sa- ii3o. lerne, avec la suprématie sur le duché de Naples et la principauté de Capoue. Le couronnement se fit à Falerme avec une grande magnificence , et le royaume des Deux-Siciies fut constitué ; ainsi finissaient les anciennes républiques dans le midi, tandis que les nouvelles faisaient leur apparition au nord de l'Italie.

Les barons et les comtes, jusqu'alors égaux en puissance, n'acceptèrent pas sans protestations le supérieur qu'on leur imposait, et Robert dut avoir toujours les armes à la main ; obligé d'étouffer dans le sang, les flammes et les prisons, les révoltes sans cesse renaissantes, il sema autant de ruines que les musulmans. Amalfi fut contrainte de démolir ses fortifications et de reconnaître son autorité . Robert, prince de Capoue , le

(1) C'est avec ces insi$;ne$ que sont reiirôscnlés le roi Roger dans IVglise (le Monrealc, et Gnillaiiiue dans la INIarlorana à Palernic; on a Irouvé le cadavre de Frédéric II revêtu dliabits ponlilicaiix. Jusqu'à Philippe II, les suppliques , poiu affaires ecclésiastiques, qu'on adressait au roi, portaient le titre de très-bienheureux père.

492 FIN d'amalfi.

premier des barons normands, et qui employait la formule par la grâce de Dieu^ irrité de se voir ravir l'indépendance, s'unit avec les seigneurs qui voulaient la défendre, et même avec le stratège de Naples ; mais il succomba. Après sa défaite il alla réclamer les secours des Pisans ; Roger alors, avec la flotte de Sicile et d'Amalfi, assaillit Naples, dont le stratège sut résister aux armes et à la famine.

Les empereurs d'Orient, que les Normands avaient déjà menacés plusieurs fois, Lothaire, vers lequel s'élevaient les cris des nombreuses victimes opprimées par Roger, et surtout Innocent, qui voyait l'espoir de recouvrer le siège papal s'éloigner chaque jour davantage, jetaient des regards jaloux sur la puissance excessive du roi de Sicile. Entraîné par les prières de Robert de Gapoue , et cédant aux instances de saint Bernard qui l'exhortait à faire disparaître le schisme, Lothaire marcha con- 1137. tre Roger, fit lever le siège de Naples, et rétablit Robert dans Gapoue ; Roger, après avoir perdu toutes les terres qu'il possédait en deçà du Phare, dut se. renfermer dans la Sicile.

Les Pisans, voyant l'occasion favorable de se venger de leur ancienne rivale, assaillirent Amalfi avec cent navires, triomphèrent de sa résistance et lui firent subir avec cruauté les droits de la victoire. Dès ce moment Amalfi n'eut aucune importance, bien qu'elle conservât les formes républicaines jusqu'en 1350, époque où les rois de Naples les abolirent. Ses comptoirs dans le Levant restèrent déserts, ou furent occupés par des successeurs plus heureux ; ses ports ne furent fréquentés que par les dévots, qui venaient visiter le corps de saint André, enlevé par le cardinal Capuano, en 1207, à l'église de Constantinople, et qui distillait de la manne. Le voyageur qui, aujourd'hui, allant interroger les nombreux problèmes de l'histoire d'Italie, visite la patrie de Flavio Gioïa et de Masaniello, sur le rivage délicieux où les flots de la mer se brisent entre Naples et Salerne, éprouve un serrement de cœur à la vue des rares et pâles individus qui se traînent misérables là où s'élevait l'ancienne législatrice de la Méditerranée ; s'asseyant pensif sur quelque barque de pêcheur dans le port où les richesses d'Orient affluaient, il ne voit, au lieu de la tumultueuse activité de 80,000 habitants, que l'insouciance paresseuse de quelques pêcheurs, et n'entend que la voix plaintive des mendiants.

Le moment était favorable pour anéantir la puissance des Normands, si, comme d'habitude, les intérêts contraires n'avaient

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