SUR LA BONTÉ DES LOMBARDS. M
inconciliable avec la coudition des barbares. Puis, si chaque barbare, à son arrivée, devenait possesseur, comment expropriaitil les autres à mesure que de nouvelles conquêtes avaient lieu? Et, si la mesure n'avait pas étejuste, comment l'ancien propriétaire aurait-il pu réclamer, et devant quelle autorité? Quels moyens avait-il encore pour garantir ses limites? Qu'advint-il ensuite des parts desGoths, quand les Grecs les eurent vaincus, surtout de celles des nombreuses victimes d'une guerre si meurtrière? Peuton imaginer que, dans un tel bouleversement, elles aient été restituées à leurs anciens possesseurs? On pourrait croire que le fisc s'en empara ; mais la pragmatique de Justinien ne dit pas un mot sur un objet d'une telle importance.
Les Lombards occupaient aussi un tiers des terres, mais à des conditions moins équitables; en effet, les Goths contribuaient aux dépenses de culture des champs envahis , tandis que les premiers prélevaient un tiers net des produits , moyen assuré de contraindre le plus grand nombre de propriétaires à se faire serfs, si déjà ils ne l'étaient par mesure générale.
Disons quelques mots des opinions diverses sur la bonté des Lombards. La terreur appelait torrents et déluges les invasions; la compassion exagérait les massacres , et le pape Grégoire le Grand dit que la race humaine, serrée en Italie comme un champ de blé , fut alors écrasée , exterminée , et tout le pays converti en désert, peuplé seulement de bêtes sauvages. Nous savons par l'histoire que la population romaine de la Péninsule était peu nombreuse et qu'une peste d'ailleurs l'avait désolée peu avant l'arrivée des Lombards (l). Eu outre, quelque funestes que soient
(1) Paul Diacre, liv. ii,ch. 4. Procope, dans tes Anecdotes , dit qu'il périt trois millions de personnes en Afrique, et, en proportion, dans l'Italie trois l'ois plus étendue; mais il exagère selon sa coutume, alin de prouver que le règne de Justinien fut très -malheureux. La peste sévit en ô66, surtout dans la Ligurie et à Rome, au point qu'on ne trouvait personne pour taire la moisson et la vendange. En 571 , il y eut une grande mortalité de bestiaux, et plusieurs individus périrent de la petite vérole et de la dysseuterie. Paul Diacre, presque à chaque année, rappelle des maladies, des sauterelles, des orages, des sécheresses, etc. Sous le règne d'Autharis, de grandes pluies désolèrent l'Italie; le Tibre , grossi extraordinairement, causa des ravages considérables. La Yénétie et la Ligurie souffrirent des pertes énormes . Grégoire le Grand rapporte que les eaux de l'Adige , à Vérone , arrivaient aux plus hautes fenêtres de la basilique de Saint-Zénon , sans entrer par les portes. Ce pape, pendant une peste affieuse, ordonna sept processions de clercs, de citoyens, de moines, de religieuses , d'hommes mariés, de veuves,