‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 323 sur 365 · PREMIÈRE DESCENTE DE BARBEROUSSE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE DESCENTE DE BARBEROUSSE

trée de leurs murailles était fermée aux rois ; car, durant leur séjour dans leur enceinte , ils se conduisaient en despotes , bien qu'après leur départ chacun recommençât d'agir à son gré (l).

Les mêmes circonstances accompagnèrent la descente de Barberousse, qui fut rejoint par Henri le Lion, des Guelfes d'Esté, à la tête de troupes non moins nombreuses que les siennes. L'empereur avait donné à cette famille l'investiture de la marche de Toscane , du duché de Spolète, de la principauté de Sardaigne et des biens allodiaux de la comtesse Mathilde. Henri, vaillant guerrier, en possession des duchés de Saxe et de Bavière, avait acquis Lubeck, obtenu le droit d'ériger des évêchés au delà de l'Elbe , et travaillé à la soumission des Slaves ; il se trouvait donc un des princes les plus puissants d'Allemagne, et n'était inférieur à Barberousse que parce qu'il lui manquait la couronne.

Frédéric, en menaçant de dépouiller de son fief quiconque ne viendrait pas, convoqua les barons dans la plaine de Roncaglia, où il reçut aussi les conseils des différentes villes , qui lui jurèrent fidélité. L'évêque Othon, son historiographe, bien que leur ennemi, admirait les peuples d'Italie, qui , loin d'avoir rien conservé de la grossièreté barbare des Lombards , montraient dans leur manière et leur langage la politesse et l'élégance des anciens Romains. «Jaloux de leur liberté (continue-t-il), ils ne

(I) Ductus ab antiquo priscorum tempore regum

Mo8 habet, ut quoties regnator Teulonus Alpem Transit, et Italicas invisere destinât oras, Qui répétant lisco liscalia jura lideles Par quoscumque suos prœmittere debeat urbes : At quœcumque ream se pertida fecerit ausu Sacrilego, regique suo sua jura negarit, Strata luat méritas fraudato principe pœnas : Inde lit ut fractis deformiter horrida mûris Nunc quoque per totam videas loca plurima terram. Hoc quoque per cunctas regnator Teutonus urbes, Non modo Teutonicas, sed et liic et ubique jacentes, Jus habet, utprœsens quasi maximus omniajudex Claudere jura manu, cunctasque recidere lites Debeat, atque omnis judex, omnisque polestas Atque magistratus , ipso prœsente, quiescant.

Hune etiam régi priscarum sanctio legum Longaevique vigormoris profiteturhonorem, Ut cunctos foetus, quos educat Itala tellus (His modo, quae poscit terrse cultura, retentis) Principis ad nutum fisco prsestare colonus Debeat, in regni sumplus et mililis usum.

(Gdnteri Ligurinus, lib. n.)

502 BAUBEROUSSE A ROME.

souffrent pas le gouvernement d'un seul , mais élisent des consuls parmi les trois ordres des capitaines, vavasseurs et plébéiens, de manière qu'aucune classe ne domine l'autre, et ils les changent tous les ans. Afin de peupler lesi cités ,! ils obligent les nobles et les petits seigneurs de chaque diocèse, bien que barons immédiats , à se soumettre aux villes et à y séjourner, ils admettent dans l'armée et les emplois publics jusqu'aux artisans et aux hommes de peine ; à cause des arts et métiers , ces villes surpassent en richesse et puissance toutes celles qui sont situées au delà des Alpes. De cette source dérivent leur orgueil, leur peu de respect pour les rois , leur déplaisir de les voir en Italie, et leur refus d'obéir si ce n'est contraints par la force (l). »

Barberousse commença par joindre ses troupes à celles de Guillaume, marquis de Montferrat, son cousin, l'un des rares seigneurs qui conservaient la puissance féodale malgré les villes (2), et lui prêta la main pour assaillir et détruire les communes libres d'Asti et de Chieri.

Les Milanais, informés des démarches hostiles des Pavesans, les avaient écrasés sans pitié (3); l'empereur, voyant alors que, s'il avait fait alliance avec les Milanais, ils seraient devenus assez forts pour lui refuser désormais toute obéissance, se déclara pour les habitants de Pavie, ceignit le diadème royal dans leur ville, envoya ravager le territoire des iMilanais et fit attacher à la queue des chevaux tous ceux qui tombèrent en son pouvoir. Pour satisfaire le ressentiment de Pavie, il détruisit Tortone après une vigoureuse résistance ; puis il brûla Rosate, Galliates, Trecate , Momo, dans l'espoir que ces traitements barbares frapperaient d'épouvante et préviendraient toute résistance. Sans parler de la cruauté de ces moyens , il commit une faute en portant des coups isolés au lieu de marcher sur Milan. Il ne fit donc que semer la terreur pour le moment; puis il se dirigea vers Rome (4).

(Ij DegesdsFrid., livre ii, cli. 3. Gunter appelle les Lombards Gensasiula.sagax, prudens, induslria, solers, Provida consilio, legum jurisque perita.

(2) Guilhetmus marcftio de Monte/errato, vir nobilis et magnus, qui, pêne sohis ex Italm baronibus, civitatum efjugere potuit imperium. (OïTO Frising, lib. Il, c. 13.)

(3) Ne, si Mediolanensiiim partem amplexus esset, altéra parte Longobardiiv suhjîigata, Me.diolanenses , quia forliores erant, rebelles existèrent. SiRR RWL. )

(4) La route ordinaire et la plus courte de la Lombardie à Rome était celle

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