‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 331 sur 365 · PRISE DE MILAN · texte numérisé non relu

PRISE DE MILAN

opiniâtres, ayant pris cette ville par la trahison de l'ingénieur, il l'abandonna à la brutalité des soldats et à la vengeance des Crémonais, ses ennemis.

Milan ne se laissa point effrayer par cette cruauté inouïe, et s'occupa de relever Crème. Le château de Carcano, .sur une péninsule du petit lac d'Alserio, et les collines entre Cantu et le mont Baradello furent le théâtre de ses victoires sur les Impériaux ; mais il se sentait affaibli par les continuelles dévastations de ses campagnes et la retraite de tous ses voisins, lorsque Frédéric l'assaillit en promenant les ravages avec la cavalerie. Défense était faite de lui apporter des vivres, et vingt-cinq paysans surpris en contravention à cet ordre eurent les mains coupées. Milan résista encore avec vigueur ; mais les trahisons, la famine , l'incendie de ses magasins, la supériorité des troupes féodales , auxquelles s'étaient associées les forces des châtelains et des comtes Malaspina et de Biandrate , de même que celles des communes italiennes , le contraignirent à céder aux cris de la populace et à se rendre à discrétion. Le peuple, en habits de pénitents , les croix en mains , se rendit au quartier général de Lodi, suivi du carroccio , décoré naguère de bannières triomphales , et qui maintenant inclinait le gonfalon de Saint- Ambroise devant l'empereur, au son lugubre des trompettes. Quatrevingt-quatorze étendards et le char sacré furent livrés à l'ennemi ; huit consuls des trois dernières années et trois cents chevaliers l'épée nue à la main firent acte de soumission.

L'empereur fut supplié d'user de clémence non-seulement par des Italiens et le comte de Biandrate, mais encore par des barons allemands; mais, dans l'orgueil d'une victoire qui le rendait sourd à la compassion , et poussé même par les cités jalouses qui lui donnèrent au besoin de grosses sommes d'argent (i), il ordonna aux Milanais de rentrer chez eux et d'y attendre sa décision. Les infortunés passèrent dix jours dans une attente horrible, pire que le mal lui-même; enfin Barberousse arriva, et, dans sa clémence impériale, il fit grâce de la vie, mais donna l'ordre à tous les citoyens d'évacuer la ville, qui fut livrée à la destruction. 11 chargea chacune des cités alliées de démolir un quartier, comme s'il eût voulu les souiller toutes

(1) Propter destructionem Mediolani, omnes dederunt imperaiori prxsto copiosam et immensam pecuniam. (Sire Raul, pag. 1187.)

GUKRRZS EN LOMBARDIE. 513

par un fratricide et rendre impossibles, en ravivant les haines, de nouveaux rapprochements.

Les Lombards se réjouirent de l'humiliation de leur grande ennemie, et la terreur envahit toute la Péninsule. Brescia, Plaisance et Bologne évitèrent la ruine par une prompte soumission. Gènes, d'abord si résolue à se défendre, fut épouvantée ; elle envoya des ambassadeurs chargés de félicitations et de protestations. Caffaro, son historien officiel, donnait à Frédéric les titres de toujours auguste, toujours triomphant , qui éleva l'empire au comble de la gloire. Frédéric ceignit de nouveau, à Pavie, le diadème qu'il avait juré de ne plus porter tant que Milan subsisterait , et il datait ses actes de la destruction de cette ville (1).

(l) Parmi les fauteurs de Barberousse figurait Algise, abbé du monastère (le Clivate, fondé par le roi Didier. En 1 162, Papix, post destruc tionem Mediolani, Frédéric lui donnait un ample privilège, dont voici le commencement : Cum ad promovendum ïmperii honorem et ad debellandos hosles imperit, prxcipue Mediolanenses, lialiam cum exercilii intraverimus , inler multos quidem fidèles, qui nobis in laboribus nostris fidellter adslUerunt, invenimus venerabilem Alyisum, Clivatensis ecclesiee abbatem, quem devoiissimum nobis ac fidelissimum certis argumentis experti sumus. Multis enim rctrorsum abeimtibus, prxdictus abbas fuit vir fidelis, et constans nobis finniter adhxait, et immobilis nobiscum pcrseveravit, etc. Je crois que c'est là, pour la première fois, que le Brianza est nommé.

Les victoires de Barberousse furent célébrées par un poète populaire inconnu, dont voici quelques strophes ;

Salve mundi domine, Cœsar ùoster ave, Cujus bonis omnibus Jugum est suave; Quisquis contra calcitrat, putans illud grave, Obslinali cordis est, cervicis pravce.

Princeps terrœ principum, Cœsar Friderice, Cujus tuba titubant arces inimicae, Tibi colla subdimus tigres et t'ormicœ, Et cum cedris Libani vêpres et myrica-.

Scimus per desidiam regum Romanorum Ortas in imperio spinas impiorum.

Et sumpsisse cornua multos populorum , De quibus commemoro gentem Lombardorum;

Quœ dum turres erigit more giganteo, Volens altis turribus cbviare Deo , Contumax et fulmine digna cyclopeo , Instituta principum sprevit ausu reo.

De tributo Ciesaris nemo cogitabat, Omues eraot Ca^sares, nemo ccnsum dabat; Civitas Ambrosii velut Troja slabat; Deos parum, homines minus formidabat....

Prima sua domino paruil P a p i a, Urbs bona, flos urbium, clara, potens, pia, Digna foret laudibus.et topographia,

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